La FHF persévère dans l’hospitalo-centrisme !

La FHF persévère dans l’hospitalo-centrisme !
mars 16 11:25 2012 Imprimer l'article

Lors de son récent colloque organisé sur le thème des « Inégalités, ruptures de prises en charge, perte de chance : Quelle santé garantir à nos concitoyens ? 2012 – 2017 », la FHF a présenté les résultats de son enquête sur la relation et l’image qu’ont les Français de l’hôpital public. Elle a également enfoncé le clou sur sa vision des relations qu’elle entend entretenir avec la médecine de ville.

Les Français aiment leurs hôpitaux, ils viennent de le redire à la Fédération Hospitalière de France (FHF) qui les a interrogé pour l’édition 2012 de son baromètre « les Français et l’hôpital public » (1). Ils sont ainsi « satisfaits » à 85 % des services rendus par les établissements publics d’hospitalisation, encore que seulement 16 % se déclarent « très satisfaits » sur ce point. Mais leur évolution les inquiète aussi. Pour plus de la moitié d’entre eux (52 %), le fait que l’hôpital soit accessible à tous vient loin devant le fait qu’ils aient toujours un hôpital à proximité de leur domicile (19 %) ou le fait de pouvoir choisir leur lieu d’hospitalisation (7 %). Visiblement très satisfait des services de chirurgie que leur sont offerts (91 %), tout comme de la qualité des soins qu’ils y trouvent, on regrettera cependant que la question de leur « satisfaction » sur les dépassements d’honoraires qui y sont parfois pratiqués n’ait pas été posée. Reste que seulement 8 Français sur 10 estiment que l’accueil du patient est satisfaisants, 19 % pensant le contraire. La disponibilité du personnel médical et soignant, bien qu’en hausse depuis l’an passé (+ 6 %), ne recueille pas tous les suffrages : seulement 68 % la trouvent satisfaisante (contre 31 % d’insatisfaits) et au nombre des points noirs de l’hôpital se situent, comme on peut l’imaginer, les urgences (43 % d’insatisfaits), la prise en charge des personnes âgées (43 % d’insatisfaits), ou encore les délais d’accès aux soins (45 % d’insatisfaits). Soit autant de sujets sur lesquels l’hôpital publics a encore des efforts notables à faire.

Pallier les carences de la médecine de ville

Frédéric Valletoux (photo), président de la FHF et maire de Fontainebleau (Seine-et-Marne), a lors de la présentation de ses résultats, défendu la plate-forme politique 2012 de sa Fédération comme la synthèse d’une « vision au sens large du service public hospitalier ». Pour « large » qu’elle apparaissent, la FHF s’est une nouvelle fois intéressée à la médecine de ville, un secteur sur lequel l’organisation faîtière des hôpitaux publics semble avoir des vues certaines, au nom précisément de sa vision du « service public ». Ainsi, les hôpitaux devraient se « substituer à l’offre médicale de ville lorsqu’elle est défaillante ». L’articulation de l’offre se soins entre la ville et l’hôpital, thème dominant des travaux et réflexions des agences régionales de santé (ARS), n’est pas de son propos. Les défaillances des services d’urgence hospitaliers, encombrés de cas qui relèvent de la médecine de ville et du premier recours non plus. La « conception du service public nous oblige à pallier aux carences de la médecine de ville », déclare volontiers le président de la FHF. Quelles « carences » et pourquoi de la seule médecine de ville ? Pourquoi ne pas évoquer les carences de la médecine rurale, qui peine à voir de jeunes confrères s’installer dans des zones rurales profondes, progressivement délaissées par les médecins.

Certes, la Fédération déclare « ne pas souhaiter l’abolition du principe de la liberté d’installation ». Mais elle voudrait « limiter la possibilité de s’installer en secteur 2 – à honoraires libres – dans les zones sur-denses », c’est à dire principalement urbaines. Elle ne propose pas pour autant de limiter l’usage des dépassements d’honoraires des praticiens qui exercent en secteur 2 dans ses propres murs !  Mieux encore, elle suggère de ne pas prendre en charge – par les caisses d’assurance maladie – les médecins qui choisissent délibérément une région sur-dotée. C’est à dire de brider la liberté d’installation des praticiens, ce qu’elle déclare ne pas vouloir par ailleurs. Comprenne qui pourra !

Des maisons médicales libérales sous tutelle hospitalière

Michel Chassang (photo), le président de la Confédération des syndicats médicaux français a déjà répondu dans le passé à cette analyse hospitalo-centrée de la FHF. « La CSMF, premier syndicat médical français, a pris connaissance avec consternation des propositions démagogiques de la Fédération Hospitalière de France concernant les zones sous-médicalisées », déclare ce dernier qui estime que  » l’application à la médecine de ville de la rigidité du fonctionnement hospitalier serait une catastrophe pour les soins de proximité ». Il ne manquera pas cette fois de s’intéresser au plébiscite des Français en faveur de la création des maisons médicales dont fait état la FHF. Car nos concitoyens sont 90 % à considérer ces créations intéressantes, voire 43 % à les estimer même « très intéressantes » ! Sauf que la question posée propose une « gestion de ces maisons par les hôpitaux publics afin de lutter contre les déserts médicaux ». Pourquoi ces maisons seraient-elles mieux gérées par des hôpitaux, si ce n’est que le projet sous-jacent de la FHF est de salarier ceux qui y exerceraient leur art, en partant du constat que les jeunes médecins ne veulent plus s’engager dans le secteur libéral ?

Les praticiens libéraux, qui ont, depuis des années, créé des maisons médicales pluriprofessionnelles ou ceux qui se préparent à le faire, avec le soutien de leurs élus locaux et des agences régionales de santé (ARS), apprécieront ce retour en force de l’hospitalo-centrisme du secteur public hospitalier, visant à mettre une partie du secteur libéral sous tutelle. Car ces mêmes maisons de santé, que le programme du président sortant propose d’installer en nombre sur le territoire – il fixe le cap de 1 000 créations d’ici 2017 – ont d’autres objectifs que d’être placées sous une gestion hospitalière, sauf à penser que la FHF s’accommoderait volontiers des budgets qui sont consentis aux maisons de santé libérales pour leur création (100 000 euros d’aide à l’investissement en moyenne) comme pour leur fonctionnement. La vision d’une « saine concurrence » entre la ville et l’hôpital souffre ici, une nouvelle fois, d’une vision assez dominatrice du second sur la première (2). « A ma guise », plaide une publicité bien connue dont semble s’inspirer la FHF. Nul doute qu’elle devrait rapidement susciter des réactions dans les rangs de la médecine libérale, mais également, il faut l’espérer dans ceux des candidats à la présidentielle, UMP comprise (3). Un parti auquel appartient le président de la FHF. Affaire à suivre.

Jean-Jacques Cristofari

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(1) Le sondage a été réalisé à partir d’un échantillon représentatif de 1.006 personnes du 24 au 27 février (méthode des quotas), interrogées en face à face à leur domicile

(2) Pour en savoir plus sur la plateforme de la FHF

(3) Invitée à s’exprimer au colloque de la FHF, Valérie Rosso Debord (photo), représentant Nicolas Sarkozy, a dit préférer « des mesures concrètes ». « On n’a jamais compté autant de médecins en France. Mais ils ne sont pas au bon endroit » a précisé la député UMP de Meurthe-et-Moselle. Pour y remédier, son parti entend donner la priorité aux jeunes, avec une série de mesures telles que : développer le tutorat entre générations au moment de l’installation des jeunes médecins, renforcer les stages chez un praticien en ambulatoire, rendre obligatoire un stage dans une zone sous dense ou encore créer un guichet unique à l’ARS pour les aides à l’installation.

Face au problème des déserts médicaux, elle réaffirme « le maillage des officines qui pourront assurer des soins de premiers recours » et suggère d’activer « le puissant levier d’installation » que représentent les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP). Nicolas Sarkozy candidat a fixé un objectif de 1000 MSP en 2017. Autre proposition concrète exposée par Valérie Rosso Debord, l’instauration d’un « Plan national d’urgence vitale ». « Une urgence, c’est vital, sinon ce n’est pas une urgence, dit-elle ; afin d’éviter l’engorgement, les urgences non vitales seront redirigées vers les MSP ».

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