Dans une économie à bout de souffle, la pharma veut encore espérer !

Dans une économie à bout de souffle, la pharma veut encore espérer !
novembre 14 00:50 2011 Imprimer l'article

Alors que la Commission européenne pronostique une croissance de 0,6 % l’an prochain – contre 1 % annoncé récemment par le gouvernement Fillon – et réclame de la France un tour de vis supplémentaire de 4 milliards d’euros – après les 7 milliards arrêtés par la France -, la question d’une plongée dans la récession économique est sur toutes les lèvres. D’ores et déjà les analystes font valoir que les entreprises industrielles françaises fabriquent trop peu et ne génèrent plus que 13 % de la valeur ajoutée du pays. Il faut réindustrialiser de toute urgence à défaut de voir l’Hexagone se transformer en simple comptoir de ventes. La branche pharma qui a perdu sa place de leader européen en termes de production de médicaments participe d’un mouvement général qui, s’il devait perdurer, pourrait à terme transformer la France en une plateforme de distribution de produits pharmaceutiques importés. Le futur Conseil Stratégique des Industries de santé (CSIS) appelé à se réunir en janvier prochain aura fort à faire pour redresser la barre. Mais n’est-ce pas déjà trop tard si l’on observe la stratégie poursuivie par le futur n°1 de la branche, le français Sanofi.

Notre modèle économique nous permettra-t-il, dans le proche avenir, d’affronter la récession qui s’annonce et, au-delà, de permettre de relancer une machine économique qui semble pour l’heure s’installer dans la décroissance chère à Ivan Illich et aux tenants du Club de Rome. « L’industrie ne fabrique plus que 13% de la valeur ajoutée totale du pays », explique ce mois-ci l’institut de conjoncture et de prévisions Xerfi (1), pour qui tous les signaux virent actuellement au rouge. En 2002, sa part était encore de plus de 30 %. Depuis c’est l’effondrement. « C’est trop peu, car seule l’industrie permet d’exporter suffisamment pour compenser nos besoins d’importations. » Dans le bruit et le buz qu’a récemment généré la crise de l’euro, l’institut estime qu’il est urgent de se pencher sur notre appareil productif qui n’exporte plus assez, alors que les importations explosent à un niveau jugé « intenable ». Autre caractéristique du modèle français, le poids de son administration, qui représente 23 % du PiB et que le gouvernement veut, au nom du respect des critères de Maastricht et sous la pression des agences de notation, mettre à la diète. Un secteur qui ne pourra plus tirer la croissance, impératif d’équilibre budgétaire oblige ! La rentabilité trop faible des PME et ETI françaises, leur déficit de marge ajouté au poids des prélèvements obligatoires (46 % pour les entreprises françaises, 28 % pour leurs homologues allemandes), une balance commerciale lourdement déficitaire (75 milliards d’euros cette année), un service de la dette qui est devenu le premier poste budgétaire de la France devant l’éducation nationale… mis bout à bout ces constats conduisent les analystes de Xerfi à dire que « notre modèle de croissance est à bout de souffle ».

Le salut passe par l’Asie, plus par la France

Dès lors par où viendra le salut, si l’on ne veut pas voir le chômage grossir mois après mois et dépasser la barre des 10 % qui est socialement inacceptable ? « Une conclusion s’impose, note Xerfi : la croissance ne pourra venir que des entreprises, et en particulier de celles qui produisent des biens ou des services dans le cadre de l’Hexagone. » Si la France compte à ce jour 3,4 millions d’entreprises, leur structure, nous est-il encore expliqué, n’est pas en mesure de faire croître suffisamment notre PiB. Car nos multinationales (39 françaises dans le top 500, contre 37 allemandes et 29 britanniques) ne jouent plus la carte hexagonale, mais bien celle des marchés porteurs où elles investissent sur place. Sanofi, leader du CAC 40 pour sa rentabilité annuelle et futur numéro 1 de son secteur (2), l’a bien compris, à l’instar d’autres big pharma. Désormais son avenir se joue sur les marchés émergents de l’Asie, où il consolide son implantation et multiple ses investissements en recherche. Le directeur général de Sanofi, Chris Viehbacher (photo) a fait savoir début novembre, lors d’une conférence de presse téléphonique que le chiffre d’affaires dans les pays émergents devrait enregistrer une croissance à deux chiffres cette année. Il y atteint 2,565 milliards, soit une hausse de 6,8 % (et de + 12 % en incluant Genzyme). Dans les seuls « BRIC » (Brésil, Russie, Inde et Chine) la croissance des ventes a été de 20,2% (24,2% en incluant Genzyme), note l’agence Reuters. Que peut encore compter la France dans une telle trajectoire ?

Rétablir un nouvel état d’esprit »

Au cours de la 2ème quinzaine du mois de janvier prochain devrait se réunir le 5ème Conseil Stratégique des Industries de santé (CSIS), une structure informelle qui rassemble industriels de la santé et pouvoirs publics en vue d’arrêter une série de mesures de nature à améliorer la compétitivité des acteurs de la branche (3). Le prochain sommet de la pharma française aura fort à faire pour redresser une tendance que le patron du LEEM juge, à juste titre, préoccupante. « La situation est extrêmement difficile pour l’industrie pharmaceutique dans un contexte global de l’industrialisation qui pose des problèmes au-delà même de nos métiers de production pharmaceutique », analyse Christian Lajoux en septembre dernier à Dreux, lors des « rencontres annuelles des décideurs de l’industrie pharmaceutique » organisées à l’initiative du cluster Polépharma. « On est radicalement en train de changer de modèle de recherche mais on va aussi évoluer rapidement dans le domaine de la production », poursuit le président du LEEM en déplorant que son secteur soit accablé de baisses de prix « sans commune mesures avec ce que nous avons connu ». Sans oublier les 11 taxes que subissent année après année les industriels du médicament (entre 3,5 et 4 % de leur chiffre d’affaires) et qui remettent lentement mais sûrement en question l’attractivité du territoire national vis-à-vis d’autres pays plus accueillants et moins gourmands à cet égard.  « Il y a cinq ans, j’aurais dit qu’il y a cinq ou six pays qui jouent dans l’industrie du médicament, dans les sciences du vivant, explique encore Christian Lajoux. Aujourd’hui la donne a changé. il y en a quinze pays qui comptent et quinze qui ne sont pas des moindres : ils jouent dans des continents ou dans des pays qui sont aujourd’hui en croissance. Il y a effectivement nécessité, pour améliorer la compétitivité de la production dans notre pays de rétablir un nouvel état d’esprit ». Sans attendre la tenue du prochain CSIS, son secrétaire, Thierry Tuot, conseiller d’Etat, s’est engagé à Dreux à simplifier la fiscalité des industriels de la pharma, mais surtout à « aller plus loin que ces mesures d’environnement ou conjoncturelles », en invitant les mêmes industriels à travailler ensemble à un « nouveau modèle industriel moins dépendant aux crédits publics ». Un modèle qui, pour l’heure, fait travailler quelque 250 sites de recherche, de production et de distribution de médicaments sur le territoire français, sites qui emploient plus de 100 000 personnes. Le rendez-vous de janvier devrait préciser quel réel avenir a encore ce modèle – et ce secteur qualifié de « stratégique » – dans une France qui bascule dans la récession.

Jean-Jacques Cristofari

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(1) Xerfi-Previsis n° 168, novembre 2011

(2) Selon le cabinet d’études britannique EvaluatePharma, le groupe français, qui vient de voir son bénéfice net grimper à plus de 26 % au 3ème trimestre, à 2,398 milliards de dollars, devrait voir ses ventes croître de 8 % l’an prochain pour atteindre un chiffre d’affaire de près de 52 milliards de dollars (37,8 milliards d’euros)

(3) Le 4ème CSIS, qui s’est tenu en octobre 2009 a ainsi arrêté 11 mesures, dont une relative au développement des bio-productions en France et une autre en vue de renforcer « le maintien sur le territoire européen d’établissements pharmaceutiques de sous-traitance fabriquant des spécialités pharmaceutiques »

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Jean Jacques Cristofari
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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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