Covid-19 : appel à la pharma pour un vaccin universel

Covid-19 : appel à la pharma pour un vaccin universel
octobre 07 16:29 2020 Imprimer l'article

Un millier de personnes ayant survécu à la Covid-19 dans 37 pays à travers le monde ont adressé une lettre ouverte aux patrons des big pharma pour les appeler à la mise à disposition pour toutes et tous d’un vaccin et de traitements libres de brevets.

Alors que les décès dus à la pandémie dépassent désormais le million d’individus, dont plus de 200 000 au Etats-Unis et plus de 100 000 au Brésil, et que 36 millions de personnes ont été frappées par le virus, des survivants ont adressé une lettre ouverte aux grands de la pharmacie mondiale à la veille d’une réunion organisée le 30 septembre à l’ONU à New-York. Sur le millier de signataires 242 personnes survivantes de la Covid-19 sont issues de l’Afrique du Sud, de la Finlande, de la Nouvelle-Zélande, ou encore du Brésil. 190 autres personnes réparties dans 46 pays ont vu des proches succomber au virus, et 572 autres s’estiment fragiles et plus exposées à une forme grave de la maladie si elles contractent la COVID-19.

Leur lettre, qui constitue une 1ère mondiale qui pourrait faire tâche d’huile dès que le 1er vaccin arrivera sur le marché, reproche clairement aux groupes pharmaceutiques de « n’avoir rien changé à leurs pratiques, de défendre leurs monopoles en refusant de partager leurs recherches et leur savoir-faire ». Elle appelle les grands noms du secteur à « garantir que les vaccins et les traitements de la COVID-19 atteignent celles et ceux qui en ont besoin en luttant contre les positions de monopole, en renforçant la production et en partageant les connaissances. »

Au début du mois, une analyse d’Oxfam (2) a révélé qu’un petit groupe de pays riches représentant 13 % seulement de la population mondiale avait déjà acheté plus de la moitié (51 %) des futures doses des principaux vaccins potentiels contre la COVID-19.

La lettre exige également que les grands groupes transfèrent immédiatement les droits de propriété intellectuelle et sur les technologies de vaccins au WHO COVID-19 Technology Access Pool (C-TAP). On n’avait pas vu une telle demande depuis la célèbre bataille autour des accords TRIPS/ADPIC relatifs à la mise à disposition des anti-ViH dans les pays en développement. La demande émane cette fois de la People’s Vaccine Alliance (1), une coalition mondiale d’organisations et de militant-es que rassemble un objectif commun : lutter pour un vaccin universel contre la COVID-19, qui repose sur le partage de connaissances et qui soit mis à disposition de toutes et tous.

« Lors de l’Assemblée générale de l’ONU, Bill Gates et le Premier ministre britannique Boris Johnson seront parmi les personnalités influentes à aborder le sujet de l’accès au vaccin, souligne le communiqué de presse d’ONU Sida. À l’heure actuelle, les pays riches n’exercent aucune pression sur les grands groupes pharmaceutiques pour que ces derniers partagent leurs technologies et optimisent la livraison de vaccins efficaces et de traitements dans le monde entier. »

« Les groupes pharmaceutiques doivent entendre les revendications des personnes à travers le monde qui ont connu la peur et le bouleversement liés à la COVID-19, ajoute Heidi Chow de Global Justice Now, une organisation membre de la People’s Vaccine Alliance. Ce secteur ne peut pas rester sourd à ces témoignages. Il devrait réagir immédiatement en mettant fin aux monopoles et en s’engageant à partager son savoir-faire technologique. Ces actions sont cruciales pour agrandir les stocks de vaccins afin que tous les pays aient accès à des vaccins efficaces à un prix raisonnable. »

« Le sida nous a montré qu’avec l’arrivée de traitements efficaces, les populations aisées des pays riches retrouvent la santé, tandis que des millions de personnes dans les pays en voie de développement continuent de mourir, note de son côté Winnie Byanyima, Directrice exécutive de l’ONUSIDA. Nous ne devons pas faire la même erreur lorsqu’un vaccin contre la COVID-19 sera découvert. « 

L’Alliance appelle les gouvernements à ne subventionner les efforts de recherche et développement des groupes pharmaceutiques portant sur des méthodes de diagnostic, des vaccins et des traitements de la COVID-19 que si les bénéficiaires s’engagent à partager leurs connaissances et leurs technologies libres de brevets. Lorsqu’un vaccin efficace sera disponible, l’Alliance demande à ce que les doses soient distribuées équitablement en donnant la priorité au personnel de santé et aux autres groupes à risque dans tous les pays.

J-J Cristofari

(1) People’s Vaccine Alliance est une coalition d’organisations et de militant-es autour d’un objectif commun : lutter pour un vaccin universel contre la COVID-19, qui repose sur le partage de connaissances et qui soit mis gratuitement à disposition de toutes et tous. Un bien commun au monde entier. Sa coordination est assurée par Oxfam et l’ONUSIDA. Frontline AIDS, Global Justice Now, Nizami Ganjavi International Center, STOPAIDS, Wemos ainsi que Yunus Centre comptent parmi ses membres. Plus de 140 personnalités internationales, ancien-nes chef-fes d’État et économistes appellent les gouvernements à s’unir en faveur d’un vaccin pour tou-tes contre la COVID-19.

(2) « Le coût estimé de la fourniture d’un vaccin à chaque personne sur la planète est inférieur à 1% du coût attendu de la COVID-19 sur l’économie mondiale« , note Oxfam. Les arguments économiques en faveur de l’obligation pour les sociétés pharmaceutiques de partager leurs connaissances sur les vaccins sans brevet, afin que la production puisse être augmentée le plus rapidement possible, ne peuvent être plus clairs ».

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Jean Jacques Cristofari
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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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