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Sanofi restructure sa recherche : à quand une délocalisation en Asie ?

Par   /  2 octobre 2012  /  0 Commentaires

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Le groupe français n° 4 mondial du médicament va poursuivre sa stratégie de restructuration et de délocalisation en Asie. C’est la suite logique d’un mouvement engagé avec l’arrivée de son patron, Chris Viehbacher, qui dès 2009, a fait le constat que Sanofi n’avait plus les moyens de ses ambitions en matière de recherche et de développement et qu’il fallait chercher les médicaments de demain à l’extérieur de ses murs. Sur les quatre dernières années, la big pharma a supprimé en France près de 4000 emplois et s’apprête à alléger ses effectifs de 900 postes supplémentaires sur les trois ans à venir. Le centre de recherche de Toulouse, partie prenante du pôle Cancer-Bio-Santé de la place, s’interroge sur son avenir. Les chercheurs de la ville rose, aux côtés de ceux des autres centres de R&D du groupe, s’invitent ce 3 octobre au siège de Sanofi, rue de la Boetie.

Septembre 2008, il y a tout juste quatre ans. La presse se félicite de l’arrivée de Chris Viehbacher à la tête du groupe français (officiellement le 1er décembre 2008), dont le titre gagne 7 % le jour de l’annonce, le 10 septembre. Gérard Le Fur, son éphémère prédécesseur a brutalement été évincé – victime de l’échec de l’Acomplia, la molécule anti-obésité – et les analystes s’interrogent sur les orientations stratégiques du groupe. « Le pipeline semble s’être asséché depuis quelques années, et son contenu n’est pas très précis », commente alors les Echos, qui note que mis à part le Multaq, un traitement contre l’arythmie cardiaque qui connaîtra des déboires, « Sanofi n’aurait pas en réserve de quoi compenser la baisse des ventes liée à la fin des brevets d’ici à 2013 du Lovenox et du Plavix, ses médicaments phares. » Un mois plus tard, le groupe qui se nomme encore Sanofi-Aventis décide de supprimer 927 emplois, dont 817 visiteurs médicaux sur les 2 481 qu’emploie la filiale française. Les syndicats n’apprécient pas qu’une société qui fait 7 milliards de bénéfices (en 2007) opère une telle saignée. Mais il est vrai que les VM n’ont plus la cote et que leur entreprise anticipe les pertes de brevets à venir de ses médicaments phares. La direction  explique qu’elle vise « la sauvegarde de la compétitivité de Sanofi-Aventis en France », en tenant compte des grandes évolutions du secteur pharmaceutique, dont la montée en puissance des génériques, la pression sur les procédures d’autorisation de mise sur le marché et sur les prix des médicaments. Trois facteurs qui demeurent parfaitement d’actualité à la lecture du projet de loi de financement de la Sécu pour 2013 qui vient d’être rendu public. Le mouvement est cependant enclenché et donnera lieu à un dégraissage des effectifs du groupe en Europe comme aux Etats-Unis.

Priorité aux partenariats externes

La R&D sera le terrain sur lequel la nouvelle direction est la plus attendue. En 2008, Sanofi-Aventis lui consacre encore 4,5 milliards d’euros. Mais les dépenses à venir seront orientées vers des projets extérieurs. Si la dernière présentation du pipeline sous la direction de Gérard Le Fur, en février 2008, faisait encore état des molécules en développement interne, la grand messe annuelle de Chris Viehbacher (photo) de 2009 n’en parle plus mais indique que 10 % du pipeline constituent des pistes sans lendemain. « Il faut résister à la tentation de tout faire en interne, note alors le nouveau DG. Le modèle du blockbuster n’est pas mort, mais on ne peut plus compter que sur ça. Il faut tirer profit de ce qui se fait ailleurs et nous abandonnerons sûrement encore des molécules de notre pipeline pour investir en externe. » L’heure est à la diversification : des marchés (vers les BRIC), des produits (aliments santé, OTC et génériques) et des partenariats dans la recherche. Le 11 février 2009, l’action du groupe reprend + 8 %. Le groupe a assez de cash (4 milliards) et de réserves pour préparer son redéploiement. La R&D de Sanofi-Aventis est-elle pour autant condamnée. Le nouveau DG l’infirme : « En fait, il faut toujours avoir des compétences pour évaluer les sciences des autres. Nous avons un héritage riche en termes d’innovations, et nous devons mener une réflexion pour voir comment on peut créer l’ambiance, les structures, les modes de prise de décision qui favorisent justement l’innovation et la créativité », indique Chris Viehbacher sur BMF en février 2009. Au mensuel Pharmaceutiques (1) du mois de mai 2009, il confiera qu' »à l’avenir, notre stratégie de R&D doit se focaliser sur les technologies et les maladies clés afin de mieux répondre aux besoins des patients. » Mais les pertes de brevet des molécules phares du groupe lui font aussi envisager la fin du « modèle blockbusters », de ces produits vedettes au chiffre d’affaires supérieur au milliard d’euros : « L’approche classique serait d’essayer de remplacer les molécules qui vont perdre leur brevet par d’autres molécules. Personne n’a été capable de le faire sur une longue période. C’est ce modèle qu’il faut changer. Dépenser énormément d’argent dans la R&D, en accordant une confiance absolue aux chercheurs, n’est pas la solution. » Déjà Chris Viehbacher sait qu’il lui faut préparer l’après 2013, quand 20 % du chiffre d’affaires de la big pharma disparaîtront de fait.

La Big Pharma veut être une « entreprise de santé »

La suite de cette vision se nomme le plan « Transforming » qui couple la diversification des sources de revenus à un plan d’économies de 2 milliards d’euros qui sera bouclé en 2010. La même année la recherche de Sanofi-Aventis aura vu ses effectifs allégés de 3 000, dont 1 300 personnes en France, soit 20 % du total employé. La R&D sera réorganisée en petites structures à vocation entrepreneuriale. En parallèle, Chris Viehbacher engage sa politique d’acquisition (Genzime, Merial etc.), à laquelle il consacrera 23 milliards d’euros. En 2011, il accélère la cadence et supprimera 700 postes en Europe – hors France -. L’Allemagne est également touchée avec 300 postes supprimés sur 8 700 salariés. « Objectif, souligne Aude Tonnelier dans la Tribune du mars 2011 : passer d’un laboratoire pharmaceutique à une « entreprise de santé » capable de vendre aussi bien des médicaments traditionnels que des génériques et des produits sans ordonnance. » Les « plateformes de croissance » du tout nouveau Sanofi devront représenter 80 % de ses activités d’ici 2015. C’est la condition pour créer suffisamment de valeur pour un actionnariat au deux-tiers international, que le Dg veut rassurer : « Pour 2012, alors que l’indication de résultat sera en baisse, il n’y aura pas de baisse du dividende. C’est un signe de confiance dans les perspectives de croissance de l’entreprise ».

La R&D au coeur de sa mission

Le 25 septembre dernier marque un nouveau tournant dans la restructuration du groupe. L’objectif est cette fois de « créer une nouvelle dynamique de succès pour la Recherche, nécessaire afin d’assurer la pérennité du groupe ». Le discours a déjà été entendu par les chercheurs de Sanofi qui, cette fois, ne veulent pas voir leurs structures passer à la trappe. La résistance s’installe dès le mois de juillet dans tous les centres de R&D du groupe (2), en particulier à Toulouse, où comme le chante si bien Claude Nougarou, « Même les mémés aiment la castagne » ! Après quelques passes d’armes musclées, au cours desquelles Sanofi est transformé en « Sanofric », le site toulousain qui emploie 600 personnes ne figure plus dans la liste des centres à liquider. « Installé dans la région depuis 1965, le site de R&D de Toulouse  a très largement contribué à la découverte et au développement des grands médicaments du Groupe. » Il est aussi membre actif du nouveau « oncopôle« , né des cendres d’AZF. « Aujourd’hui, le site de Toulouse conjugue expertise, innovation et ouverture », indique son site Internet. Mais le laboratoire a déjà perdu sur la place, à Colomiers, une usine de fabrication de suppositoires, employant 200 personnes et les cols blancs de la recherche ne veulent pas faire les frais d’une autre restructuration. « La recherche et le développement de nouvelles molécules sont au coeur de la mission de sanofi-aventis », précise de son côté le site web du groupe. Ce sont plus de 6 500 hommes et femmes qui mettent toute leur énergie et leur créativité pour répondre aux besoins de santé de demain. » Mais ces hommes et ces femmes ne veulent plus voir leur avenir condamné par leur maison-mère qui a fait ses comptes, estime que ses centres de recherche ne sont ni productifs, ni rentables et leur préfère une politique d’acquisition de molécules par l’entremise de partenariats extérieurs. A l’instar d’autres élus de l’Helvétie voisine, le maire de Toulouse, Pierre Cohen, s’insurge et entre à son tour en résistance, en suggérant même qu’une future loi contre les licenciements abusifs porte le nom de Sanofi.

« Une activité facile à délocaliser »

Mercredi 3 octobre les salariés de Sanofi se retrouvent devant le tout nouveau et luxueux siège du groupe à Paris, rue de la Boétie, auteur du Discours de la servitude volontaire. Ils auront en tête les propos de Christian Lajoux, président de Sanofi France et patron du LEEM, qui rappelait samedi 29 septembre sur France Inter : « Les 900 suppressions d’emplois sont tout le contraire d’un licenciement boursier. Nous sommes dans une logique industrielle de reconfiguration de nos structures ». Mais sans doute aussi ceux de l’économiste Claude Le Pen, qui, dans la même émission, ajouta : « La recherche ne sera plus le métier de l’industrie pharmaceutique. C’est une activité facile à délocaliser. » Le mouvement est déjà enclenché, dans la production comme pour la R&D et la messe semble dite. Chez Sanofi, comme dans d’autres big pharma, le salut passe désormais par l’Asie.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Pharmaceutiques, Chris Viehbacher, dg de Sanofi-Aventis : « Nous devons trouver des activités plus pérennes », mai 2009

(2) Le 25 septembre, la direction de Sanofi précise :

« Les champs d’activités des sites de Recherche et de Développement en France évolueraient au cours des 3 prochaines années, notamment pour renforcer nos réseaux scientifiques, académiques et privés :

♦ Les activités de développement seraient maintenues dans leur configuration actuelle sur les sites de Vitry/Alfortville, Chilly-Mazarin/Longjumeau et de Lyon.
♦ Le site de Montpellier évoluerait progressivement vers un centre stratégique dédié au développement.
♦ Les activités de recherche des sites de Vitry/Alfortville et de Chilly-Mazarin/Longjumeau seraient renforcées.
♦ Le site de Strasbourg maintiendrait sa dynamique de plateforme collaborative ouverte à la recherche académique et aux biotechnologies.
♦ Un centre d’excellence mondial des maladies infectieuses serait créé à Lyon.

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A propos de l'auteur

Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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