Top 10 des big pharma en 2013 : la Pharma mondiale en quête de nouvelles fusions

Top 10 des big pharma en 2013 : la Pharma mondiale en quête de nouvelles fusions
avril 27 00:31 2014 Imprimer l'article

Les 10 leaders de la pharma mondiale – dont nous présentons ci-dessous un tableau de synthèse de leurs résultats annuels 2013 respectifs, ont vu globalement leurs ventes de médicaments progresser en 2013 par rapport à 2012. En cumul, leur chiffre d’affaires pharmaceutique atteint 262 milliards d’euros en 2013, contre 246,6 milliards en 2012, soit une hausse de 6,2 %. Mais cette croissance doit toujours beaucoup aux ventes réalisées dans les pays émergents (Asie, Amérique Latine, Turquie), même si elles sont en recul d’une année sur l’autre (87,77 milliards d’euros en 2013, contre 97,82 en 2012). Un bon tiers du chiffre d’affaires pharmaceutique du Top 10 est ainsi réalisé à l’extérieur des marchés matures sur lesquels les big pharma ont longtemps assis leur développement. Désormais, plus que jamais, leur salut passe par ces pays dits émergents, aux populations jeunes, à forte croissance économique, dans lesquels se forme une nouvelle classe moyenne à fort pouvoir d’achat et se bâtit parfois un système assurantiel de prise en charge des dépenses maladie. Ainsi, le Vieux Continent n’offre plus guère d’attraits à une industrie qui, après avoir mangé son pain blanc et subi de plein fouet la perte de brevet de ses molécules phares, doit résolument se tourner vers de nouveaux marchés. Le plus souvent en faisant le dos rond dans les pays développés, où les systèmes de protection sociale sont en quête de gisements d’économies, dans la santé et en particulier dans le secteur du médicament.

En 2013, en dépit d’une baisse de son chiffre d’affaires, l’américain Pfizer conserve la première place sur le marché de la pharmacie mondiale, avec des ventes de plus de 50 milliards de dollars (38,51 milliards d’euros). Deux européens complètent le tiercé de tête : le bâlois Novartis (43,53 milliards d’euros) et le français Sanofi (33 milliards d’euros) qui voit cependant son chiffre d’affaires reculer en 2013 (- 5,7 %) ainsi que son résultat net (-17,5 %). En 4ème position, un autre bâlois, le groupe Roche, progresse l’an passé (+ 3 %) en affichant une belle croissance pour son résultat net (+ 9,19 %). En 5ème position, l’américain Merck (33 milliards d’euros) ne profite pas vraiment des conséquences de sa fusion passée avec Schering-Plough et voit son CA reculer de – 6,8 % ainsi que son résultat net (- 28,6 %).

* CA pharma: produits de prescription + OTC + génériques + vaccins.
(1) Novartis : hors Alcon, mais y compris vaccins et diagnostic (non différenciés) ;
(2) Merck & Co et GSK : hors « consumer », car OTC non différencié ;
(3) Johnson&Johnson et Bayer: OTC seulement au sein de « consume ».
[Parités moyennes 2013 : 1 euro = 1,33 USD ; 1 CHF = 1,075 USD ; 1 GBP = 1,562 USD.]

Pfizer : à la recherche de nouvelles opportunités

Pfizer reste le leader mondial de la pharmacie en 2013. Exposé aux pertes de brevets, le groupe réorganise ses activités et se recentre sur la pharmacie et le « consumer ».
En 2013, le chiffre d’affaires global de Pfizer a enregistré une baisse de 5,6 %, à 51,7 milliards de dollars (38,87 Mds €). Les économies de coûts et la mise en bourse de l’activité santé animale (qui a permis de dégager 10,3 milliards de dollars), ont entraîné une hausse de 51 % du bénéfice net, à 22 milliards de dollars (16,54 Mds€). Fort de ce résultat et d’un vaste programme de rachat d’actions mené sur l’exercice, le groupe a reversé 23 milliards (17,29 Mds€) à ses actionnaires, dont 6,6 milliards (4,96 Mds€) sous forme de dividende (+1,5 %).
En 2013, la division pharmacie, qui représente plus de 90 % des ventes totales, a enregistré une baisse de 6,5 %, à 47,9 milliards de dollars (36,01 Mds€). Plusieurs produits biologiques ont enregistré de très bons résultats, notamment l’antiépileptique Lyrica® (4,6 MdUSD, +11 %), l’anti-inflammatoire Celebrex® (2,9 MdUSD, +7 %), Inlyta® (carcinome rénal),  Xeljanz® (arthrite rhumatoïde) ou encore Xalkori® (cancer du poumon). Mais les effets de change défavorables et la fin de la collaboration avec Boehringer Ingelheim sur Spiriva® (BPCO) et avec Amgen sur l’anti-inflammatoire Enbrel® aux Etats-Unis ont eu un impact négatif sur l’exercice. Les pertes de brevet ont aussi fortement affecté les ventes : Lipitor® (2,3 MdUSD) a chuté de 41 %, tandis que Viagra® (dysfonctionnement érectile), Revatio® (hypertension) et Xalatan®/Xalacom® (glaucome) accusaient un recul pour les mêmes raisons. Et Pfizer n’en a pas terminé avec les pertes d’exclusivité : Zyvox® (anti-infectieux), Celebrex®, Lyrica® et Enbrel® seront confrontés aux génériques d’ici 2015, aux USA et/ou en Europe.
3 autorisations en 2013
En 2013, Pfizer a consacré 6,5 milliards de dollars (4,88 Mds€) à sa recherche-développement (-5,8 %), soit un peu moins de 13 % de ses ventes. Le groupe a poursuivi la réorganisation de sa R&D autour de 5 axes prioritaires : immunologie et inflammation, oncologie, cardiovasculaire, neurosciences et douleur, vaccins, auxquels s’ajoutent les maladies rares et les biosimilaires. En 2013, trois produits ont été autorisés : Xalkori®, dans le cancer du poumon non à petites cellules ALK-positif, Duavee® (œstrogène/bazedoxifène) dans l’ostéoporose et Bosulif® (bosutinib) dans la leucémie myéloïde chronique. Le dossier pour l’extension d’Eliquis® (apixaban) dans la thrombose veineuse et l’embolie pulmonaire a été soumis.
Gazyva®, un autre anticorps monoclonal lancé aux Etats-Unis dans la leucémie lymphoïde chronique, a également bien démarré, de même que Zelboraf®, dans le mélanome. Le géant suisse estime que ses nouveaux produits devraient compenser les pertes estimées à 1 milliard de francs suisses liées à l’arrivée de génériques de Xeloda® et Valcyte®, en 2014.
Le groupe dispose de 20 projets en phase III, dont plusieurs ont démarré en 2013 : bococizumab (inhibiteur de PCSK9) dans le cholestérol, un blockbuster potentiel, et ertugliflozin (inhibiteur de SGLT2) dans le diabète de type 2, développé avec Merck & Co. Un partenariat a aussi été conclu avec Eli Lilly sur tanezumab (arthrite), désormais développé sur une population restreinte après les problèmes d’innocuité rencontrés en 2010. En 2014, Pfizer attend des résultats sur le prometteur palbociclib, dans le cancer du sein, et Xeljanz®, dans le psoriasis.
Recentrage des activités  
Après avoir cédé sa nutrition à Nestlé pour 11,8 milliards de dollars (8,87 Mds€) en 2012, Pfizer a continué à recentrer ses activités au cours de l’exercice en cédant sa santé animale, Zoetis (9300 collaborateurs) ; le groupe se dit à la recherche de nouvelles opportunités pour se renforcer sur la pharmacie et le « consumer ». Pfizer a aussi revu son organisation commerciale, désormais divisée en 3 nouvelles unités : médicaments innovants (produits protégés au-delà de 2015), vaccins/oncologie/« consumer », produits établis (comprenant les médicaments ayant perdu leur brevet ou susceptibles de le perdre d’ici 2015, les produits injectables et les biosimilaires).
Les marchés émergents (10,2 Mds$, + 6 % en 2013)  restent un axe stratégique et sont intégrés dans chaque unité. Cette réorganisation et les mesures de réduction de coûts et de rationalisation des activités de production devraient permettre d’économiser quelque 2,9 milliards de dollars (2,18 Mds€) d’ici fin 2016.
En dépit de la confiance affichée dans son pipeline, Pfizer prévoit une nouvelle baisse de son chiffre d’affaires en 2014, qui devrait être compris entre 49,2 et 51,2 milliards de dollars (37 et 39 Mds€). L’impact des pertes de brevets, estimé à 3 milliards, pourrait être supérieur du fait du risque de voir arriver des génériques de Celebrex® aux Etats-Unis dès mai 2014 (au lieu de décembre 2015), entraînant une perte d’un milliard de dollars supplémentaires.

Novartis : revue stratégique en cours

En dépit de la croissance de ses produits récents, le géant suisse est impacté par les pertes de brevets. Une revue de ses activités est en cours et 2014 sera une année de transition.
En 2013, le chiffre d’affaires de Novartis a atteint 57,9 milliards de dollars (43,53 Mds€), en hausse de 2 %. Son résultat net s’est replié de 1 %, à 9,3 milliards de dollars (6,99 Mds€), mais croît de 7 % à taux de change constants. Pour la 17ème année consécutive, le géant suisse a proposé un dividende en hausse, à 2,45 francs suisses (1,98 €).
Si Novartis reste un groupe diversifié, sa division « Pharmaceuticals » représente 80 % du résultat opérationnel et 56 % des ventes globales, avec un chiffre d’affaires (stable) de 32,2 milliards = non de 47,50 de dollars (35,71 Mds€). En 2013, certains médicaments ont enregistré de fortes progressions, notamment Gylenia®, dans la sclérose en plaques, Afinitor®/Votubia®, dans le cancer du sein, Galvus® dans le diabète, ou Tasigna®, dans la leucémie myéloïde chronique. Les produits lancés depuis 2008, dits produits de croissance, représentent désormais 31 % des ventes totales (18 % en 2012) et le groupe estime que 14 de ses médicaments seront des blockbusters d’ici 2018, contre 9 en 2013.
Des génériques de Diovan® en 2014
Sur l’année 2013, l’impact des génériques est estimé à 2,2 milliards de dollars (1,65 Mds€) : Zometa® (cancer) a notamment perdu son brevet l’an passé. L’antihypertenseur vedette Diovan® (3,5 MdUSD), qui a perdu son exclusivité aux Etats-Unis fin 2012 mais a été épargné par la concurrence du fait de problèmes rencontrés par Ranbaxy, sera confronté aux génériques en 2014 : l’impact est estimé à 3 milliards de dollars. Les prochaines pertes d’exclusivité concerneront Exjade® (2014) et Gleevec® (2015) : ce dernier est le produit leader du groupe, avec des ventes de 4,7 milliards…
En 2013, les autres divisions du groupe ont plutôt bien performé. Alcon (ophtalmologie) a été tiré par l’activité chirurgie, tandis que Sandoz bénéficiait de volumes en hausse en Europe, au Japon et dans les marchés émergents. Les ventes de la division « consumer » ont été soutenues par les activités OTC et santé animale, et celles de « vaccins et diagnostic » ont profité de la progression de Menveo® (vaccin anti-méningocoque) et des vaccins contre la grippe.
Une vingtaine de molécules en phase III
En 2013, Novartis a consacré 9,9 milliards de dollars (7,44 Mds€) à sa recherche-développement, dont 7,2 milliards (5,41 Mds€) pour la seule pharma, soit plus de 22 % des ventes de la division. Canakinumab a été autorisé dans l’arthrite idiopathique systémique, de même que Zortress®/Certican® dans le rejet de greffe. Plusieurs dossiers ont en outre été déposés, dont secukinumab dans le psoriasis (futur concurrent d’Enbrel®), Signifor LAR8® (pasiréotide) dans l’acromégalie, ceritinib dans le cancer du poumon ALK positif non à petites cellules. Une vingtaine de molécules se trouvent désormais en phase III, souvent développées dans plusieurs indications, et des résultats encourageants ont été obtenus sur CTL019 (leucémie), Jakavi® (ruxolitinib) dans la myélofibrose, ou encore panobinostat dans le myélome multiple, ces deux derniers étant considérés comme étant des produits à fort potentiel. Le pipeline de Sandoz contient des biosimilaires en phase avancée : rituximab (Rituxan® de Roche), etanercept (Enbrel® de Pfizer/Amgen), adalimumab (Humira® d’Abbvie).
Poursuite des restructurations
En 2013, Novartis a poursuivi ses efforts pour améliorer sa productivité et les gains dégagés ont atteint près de 5 % du chiffre d’affaires. Amorcée en 2010, la rationalisation des usines de production s’est soldée par deux nouvelles fermetures, portant à 20 le nombre de sites restructurés ou cédés depuis le début du programme… Quatre sites de recherche vont aussi être fermés.
Afin de recentrer ses activités, l’activité de diagnostic sanguin a été cédée début 2014 à l’espagnol Grifols pour 1,7 milliard de dollars. La finalisation de la revue stratégique est attendue d’ici la fin de l’été, décidant du sort des unités opérationnelles. En février 2014, Joseph Jimenez, directeur général, a en effet déclaré être à la recherche de « structures potentiellement uniques » pour ses unités OTC, vaccins et santé animale : des joint-ventures ou des partenariats pourraient être envisagés. Fin 2013, Novartis a par ailleurs annoncé un programme de rachats d’actions de 5 milliards de dollars sur deux ans. Pour 2014, Novartis attend une croissance inférieure à 5 % de son chiffre d’affaires.

Sanofi : retour à la croissance en 2014

Les ventes de Sanofi se sont redressées au dernier trimestre 2013. Le groupe se dit confiant dans son pipeline et recherche de nouvelles acquisitions ciblées.

En 2013, Sanofi a affiché un chiffre d’affaires de 32,9 milliards d’euros, en baisse de 5,5 % par rapport à 2012, du fait d’impacts de change défavorables (-5 points). Le résultat opérationnel (9,3 Mds€) a chuté de plus de 18 %, impacté par la perte de brevet de l’anti-thrombotique Plavix® aux Etats-Unis, qui a entraîné un recul des « autres revenus » du groupe. Le résultat net a accusé un repli de 17,5 %, à 6,7 milliards d’euros. Le dividende proposé au titre de 2013 reste cependant en légère hausse, pour la 20ème année consécutive, à 2,80 euros (+1,1 %).
En 2013, les ventes de l’activité pharmaceutique ont atteint 27,2 milliards d’euros, en baisse de 5,6 % en monnaies locales. La perte liée à la concurrence des génériques a été de 1,25 milliard d’euros et a concerné Eloxatine® et Lovenox® aux Etats-Unis, Aprovel® et Plavix® en Europe. Eloxatine® est ainsi passé de 718 MUSD en 2012 à… 19 MUSD en 2013, aux Etats-Unis.
Plateformes de croissance : 72,5 % du CA
En 2013, les sept plateformes de croissance (Diabète, Vaccins, Genzyme, Santé grand public, Santé animale, Autres produits innovants, Marchés émergents) ont représenté 72,5 % du chiffre d’affaires total (43 % en 2008), avec des ventes de 23,9 milliards d’euros. C’est Genzyme qui a enregistré la plus belle progression (+20 %), tirée par les maladies rares (1,97 Md€, +17 %) et par Aubagio®, traitement récent de la sclérose en plaques. Le diabète reste cependant la plateforme majeure, à 8,6 milliards d’euros (+13,6 %), tirée par Lantus® (5,7 Md€). Les marchés émergents ont progressé de 4,4 % à taux de change constants, à 10,96 Mds€, soutenues par la Chine (1,5 Md€, +18,6 %). Les performances des 4 autres plateformes sont plus mitigées, les génériques affichant ainsi une régression de 11,9 % du fait de difficultés de distribution au Brésil.
Lors de la présentation des résultats, Chris Viehbacher, directeur général, a souligné le retour de la croissance au 4ème trimestre, lié à la fin de l’impact de la perte de brevet en 2012 de Plavix®. Après la période noire 2008/2012 au cours de laquelle huit produits ont perdu leur exclusivité, entraînant la disparition d’un tiers du chiffre d’affaires et de 50 % des bénéfices, Sanofi fait désormais parti des groupes les moins exposés aux pertes de brevets : seul Renagel®/Renvela® (hyperphosphorémie, 664 millions de dollars) se trouve dans cette situation en 2014. En janvier dernier, Sanofi a intenté une action en contrefaçon contre Eli Lilly – qui a enregistré un biosimilaire de Lantus® aux Etats-Unis – pour la violation supposée de quatre brevets.
9 lancements dans les 3 à 4 ans
En 2013, les dépenses de R&D du groupe se sont élevées à 4,8 milliards d’euros (-2,8 %), soit 14,5 % des ventes globales. 4,1 milliards d’euros concernent la pharmacie. L’enjeu en matière d’innovation est important, car les ventes des médicaments lancés depuis 2009, à 705 millions d’euros, sont jugées insuffisantes. En 2013, 7 produits ont été approuvés, dont Aubagio® (teriflunomide) et Lemtrada® (alemtuzumab) dans la sclérose en plaques, Lyxumia® (lixisénatide) dans le diabète, Zaltrap® dans le cancer colorectal, Kynamro® (mipomersen) dans l’hypercholestérolémie. 15 projets sont en phase III d’essais cliniques (dont 5 nouvelles molécules) et Sanofi prévoit de lancer 9 nouveaux médicaments dans les 3 à 4 ans, dont 5 « premiers de classe ». En outre, 9 projets en développement avancé devraient être soumis d’ici 2018, notamment la nouvelle insuline U300 dans le diabète, alirocumab (hypercholestérolémie, blockbuster potentiel), sarilumab (polyarthrite rhumatoïde).
Sanofi poursuit sa stratégie mise en œuvre depuis 2008, visant à assurer des revenus moins dépendants des blockbusters à travers la diversification des activités, la réorganisation de la R&D, les investissements dans les plateformes de croissance. Le groupe envisage 1 à 2 milliards d’euros d’acquisitions dans les pays émergents (non BRIC) dans l’OTC, les vaccins, la santé animale. Les partenariats devraient aussi se poursuivre, comme le montre celui conclu en mars 2014 avec UCB, dans les maladies auto-immunes. Sanofi affiche sa confiance pour 2014 et prévoit un BNPA en hausse de 4 à 7 %, à taux de change constants.

Roche : la croissance au rendez-vous

Le groupe suisse poursuit sa progression, soutenue par ses produits récents. Il sera confronté aux biosimilaires à court terme.

En 2013, les ventes totales de Roche ont progressé de 3 % (+ 6 % à taux de change constants), à 46,8 milliards de francs suisses. Son résultat net a atteint 11,4 MdCHF (+18 %), légèrement inférieur aux attentes du marché du fait de l’appréciation du franc suisse par rapport au dollar et au yen. Pour la 27ème année consécutive, le conseil d’administration a proposé un dividende en hausse, à 7,80 francs suisses (+6 %).
Progression des anticancéreux
La hausse des ventes, en 2013, s’explique en particulier par la bonne tenue de la division pharmaceutique (36,3 MdsCHF ou 29,34 Mds€ + 3 %), qui a progressé de 7 % à taux de change constants, soutenue par les Etats-Unis (42 % des ventes) et les marchés émergents, segment stratégique en hausse de 12 % : Avastin® et Herceptin® ont respectivement  progressé de 62 % et 40 % en Chine. Au cours de l’exercice, si Actemra®/RoActemra® dans la polyarthrite rhumatoïde (1,04 MdCHF, +30 %) et Lucentis®, dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge (1,7 MdCHF, +15 %), ont enregistré de belles performances, les traitements contre le cancer restent néanmoins dominants : les ventes combinées d’Avastin®, MabThera®/Rituxan® et Herceptin® ont atteint près de 20 MdCHF… Roche reste le leader mondial sur le segment des produits biologiques, avec 14 produits commercialisés, dont sept parmi ses dix médicaments les plus vendus.
La division diagnostics a de son côté crû de 2 % à 10,5 MdCHF (8,48 Mds€), tirée par le segment « Professional diagnostics » (+8 %), en particulier les tests immunologiques (+14 %) et l’hématologie (+9 %), et par les ventes soutenues en Asie-Pacifique (+14 %) et en Amérique latine (+13 %). Le segment du « diabetes care » accuse en revanche un recul de 3 % du fait de baisses de remboursement en Amérique du Nord et d’une pression sur les prix dans d’autres marchés clés.
Bon démarrage des nouveaux produits
Severin Schwan, CEO du groupe, a souligné l’accueil favorable réservé aux médicaments récents, notamment Perjeta® et Kadcyla®, nouvelle génération de traitements du cancer du sein HER2 positif, homologués en 2013 et considérés comme de futurs blockbusters. Gazyva®, un autre anticorps monoclonal lancé aux Etats-Unis dans la leucémie lymphoïde chronique, a également bien démarré, de même que Zelboraf®, dans le mélanome. Le géant suisse estime que ses nouveaux produits devraient compenser les pertes estimées à 1 milliard de francs suisses liées à l’arrivée de génériques de Xeloda® et Valcyte®, en 2014.
Et puis le pipeline du groupe est bien fourni. Roche, avec des dépenses de 9,3 MdCHF (7,51 Mds€), a consacré 20 % de son chiffre d’affaires à la R&D (22 % pour la seule pharma), un des taux parmi les plus élevés du secteur. 66 nouvelles molécules étaient en développement en 2013, dont 15 en phase avancée. 8 autres molécules ont été sélectionnées pour entrer en phase III, dont six en oncologie. Les neurosciences restent un axe important, avec 12 molécules en phase clinique, dont gantenerumab contre la maladie d’Alzheimer et ocrelizumab dans la sclérose en plaques. Suite au revers sur aleglitazar, dans le diabète, Roche recherche des partenariats pour ses molécules en phase précoce dans les domaines cardiovasculaire et métabolique.
Stratégie inchangée
Le géant suisse poursuit une stratégie amorcée il y a plusieurs années, reposant sur la lancée de nouvelles molécules, en particulier biologiques, accompagnées de tests compagnons : pour cela, il possède une longueur d’avance sur ses concurrents du fait à la fois de l’acquisition de Genentech (56 % acquis dès 1990, 100 % en 2009) et de son positionnement sur le segment du diagnostic. Roche continue en outre à nouer des partenariats (160 à ce jour), en particulier dans le cancer et les anti-infectieux, et à rechercher des acquisitions stratégiques : en avril 2014, il a ainsi racheté IQuum, spécialisé dans le diagnostic moléculaire, pour plus de 400 millions de dollars.
Le laboratoire a jusqu’à présent été peu touché par les génériques. La situation pourrait changer d’ici 2020, avec les pertes d’exclusivité d’anticorps monoclonaux (Herceptin® perd son brevet en Europe en 2015 et aux Etats-Unis en 2019, Mabthera® en 2016 et Avastin® en 2017 aux Etats-Unis) et l’arrivée de biosimilaires. Pour 2014, Roche table sur une croissance à un chiffre de ses ventes, entre 1 et 5 % à taux de change constants, et une progression plus forte de son résultat net.

Merck & Co : recentrage sur la pharma 

Merck & Co a vu son chiffre d’affaires impacté par la concurrence des génériques en 2013, une situation qui devrait se poursuivre en 2014. Restructurations et recentrage sont à l’ordre du jour.

En 2013, les ventes de Merck & Co ont atteint 44 milliards de dollars (33,08 Mds€), en baisse de 6,8 %, du fait de pertes de brevets et d’effets de change défavorables. Cette diminution, couplée à d’importants coûts de restructurations, ont fait chuter le résultat net de 28,6 %, à 4,4 milliards de dollars (3,3 Mds€), soit 1,47 dollar par action (versus 2 USD en 2012). Un vaste programme de rachat d’actions de 15 milliards de dollars a été approuvé en 2013, permettant de reverser 11,7 milliards aux actionnaires, dont un dividende de 1,72 dollar (+2,4 %) par action.
Importantes pertes de brevets
Le chiffre d’affaires du géant américain repose largement sur la pharmacie dont les ventes ont atteint 37,4 milliards de dollars (28,12 Mds€) en 2013, en baisse de 7,8 %. Le reste se répartit entre la santé animale, à 3,4 milliards de dollars (-1,1 %) et le « consumer », à 1,9 MdUSD (-3 %). Au sein de la pharma, certains des 10 blockbusters du groupe ont enregistré de belles progressions en 2013 : c’est le cas de la franchise diabète Januvia®/Janumet®, du vaccin contre le papillomavirus Gardasil®, des anti-inflammatoires Remicade® et Simponi® ou du traitement contre le sida Isentress®. Dans le cholestérol, les ventes combinées de Zetia®/Vytorin® sont demeurées stables, à 4,3 milliards de dollars. Les ventes dans les pays émergents, à 7,8 milliards de dollars, ont enregistré une progression de 3 %, tirée par les vaccins, notamment Gardasil®, et la franchise diabète.
En dépit de ces succès, la situation reste difficile pour le laboratoire, confronté à une chute de 69 % de l’antiasthmatique Singulair®, du fait de sa perte d’exclusivité aux Etats-Unis en Europe. L’antimigraineux Maxalt® et l’anticancéreux Temodar® baissent aussi, sous l’assaut des génériques aux Etats-Unis. Et Merck n’en a pas fini avec les pertes de brevet : Nasonex® (allergie) va perdre son exclusivité en 2014 en Europe, Emend® (cancer) en 2015 aux Etats-Unis, Zetia® en 2017 aux Etats-Unis. Un biosimilaire de Remicade® a en outre été autorisé en Europe en 2013…
Dépenses de R&D en baisse et restructurations
En 2013, Merck a investi 7,5 milliards de dollars (5,63 Mds€) dans sa recherche-développement, soit 17 % de son chiffre d’affaires. La baisse de 8,1 % des investissements, qui devrait se poursuivre en 2014, témoigne de la volonté de réduire les coûts de développement clinique et d’allouer les ressources à des domaines et programmes jugés clés. 7 dossiers ont été soumis à la FDA en 2013 et 12 produits se trouvent en phase III, dont certains devraient être soumis en 2014. Plusieurs projets sont en cours d’enregistrement, dont vorapaxar (antiplaquettaire), grastek et ragwitek (antiallergiques), V503 (vaccin contre le papillomavirus), vintafolide (cancer de l’ovaire). Début 2014, Noxafil® (posaconazole) a été approuvé par la FDA dans les infections fongiques et des autorisations sont attendues pour odanacatib (ostéoporose) et suvorexant (insomnie). Plusieurs dossiers devraient en outre être soumis cette année, notamment vaniprevir, dans l’hépatite C.
Comme nombre de ses concurrents confrontés aux pertes de brevets, Merck a pris des mesures pour réduire ses coûts. En octobre dernier, un nouveau programme de restructuration a été annoncé, qui devrait déboucher sur la suppression de 8500 postes dans les fonctions commerciales, administratives, R&D. Des actifs immobiliers vont être cédés et le réseau de production et approvisionnement amélioré. Les coûts de restructuration se sont élevés à 1,8 milliard de dollars en 2013, contre 664 millions un an plus tôt. Les économies attendues sont de l’ordre de 2,5 milliards de dollars d’ici la fin 2015. Merck poursuit par ailleurs son recentrage et s’est séparé en 2013 d’une partie de son activité américaine en ophtalmologie. D’autres cessions sont attendues. Le groupe réfléchit aussi à l’avenir de ses activités en santé animale et « consumer » : Sanofi, Novartis ou Bayer seraient intéressés par ses produits OTC. Pour 2014, Merck prévoit une nouvelle baisse de son chiffre d’affaires global, qui devrait être compris entre 42,4 et 43,2 milliards de dollars.

GlaxoSmithKline : les pertes de brevets impactent la croissance

GlaxoSmithKline reste confronté à la concurrence des génériques sur ses produits matures mais se dit confiant dans ses médicaments récents et son pipeline.

En 2013, GlaxoSmithKline (GSK) a affiché un chiffre d’affaires de 26,5 milliards de livres sterling, (31,12 Mds€) stable par rapport à 2012 (+ 1 % à taux de change constants). Son résultat net a progressé de 20,3 %, à 5,6 milliards de livres. GSK est resté généreux avec ses actionnaires, à travers la poursuite des rachats d’actions, pour 1,5 milliard de livres (2,5 milliards en 2012), et l’annonce d’un dividende en hausse de 5 %, à 78 pence.
Baisse des produits matures
Les ventes de la pharmacie, qui représentent plus des deux tiers du chiffre d’affaires global du groupe, ont atteint 17,9 milliards de livres (21,57 Mds€), quasi stables par rapport à 2012. Les vaccins ont progressé de près de 3 %, à 3,4 milliards de livres (4 Mds€), de même que le « consumer », à 5,2 Md£ (6,2 Mds€) en croissance de +2 %.
Au sein de la pharma, les produits respiratoires ont conservé une place de choix avec des ventes de 7,5 milliards de livres (+3 %) : si l’antiasthmatique Seretide®/Advair® reste le produit leader, à 5,3 milliards de livres (+7 %), les autres domaines phares accusent cependant un repli, du fait notamment de la concurrence des génériques. GSK reste d’ailleurs confronté aux pertes de brevet : d’ici 2016, plusieurs produits vont perdre leur exclusivité aux Etats-Unis, en particulier Advair® (une copie, développée par Sandoz, a été autorisée en Europe en décembre 2013), Avodart® (hyperplasie bénigne de la prostate), Coreg® (hypertension), Epzicome®/Kivexa® (sida). Autre point noir, les pays de la zone EMAP (marchés émergents d’Asie Pacifique) ont marqué le pas en 2013, avec un chiffre d’affaires de 6,7 milliards de livres, en légère baisse, après une hausse de 12 % en 2012. En Chine, où le groupe est confronté à des accusations de corruption, les ventes ont chuté de 18 % ; en 2012, elles étaient de 759 millions de livres, en progression de 17 %…
En 2013, les bonnes nouvelles étaient plutôt à chercher dans des classes plus modestes en chiffres d’affaires, notamment l’oncologie qui a progressé de 21 %, à 969 millions de livres, grâce aux performances de Votrient®, Promacta® et Arzerra®. Plus généralement, les produits lancés depuis 2009 ont enregistré des ventes de 1,4 milliard de livres en 2013, en hausse de plus de 30 % : ils représentent désormais 8 % du chiffre d’affaires pharma.
10 nouvelles phases III d’ici 2015
En 2013, les dépenses de R&D se sont élevées à 3,9 milliards de livres (4,7 Mds€), soit 14,7 % du CA total. 40 nouvelles molécules sont en phase II ou III et GSK se montre très optimiste sur son pipeline. Cinq produits ont été approuvés aux Etats-Unis, soit près de 20 % des 27 autorisations accordées par la FDA : Tafinlar® (dabrafenib) et Mekinist® (trametinib) dans le mélanome, Tivicay® (dolutegravir) dans le sida, Breo® (blockbuster potentiel) et Anoro® (développé avec Theravance), dans la BPCO. Une décision est attendue pour l’antidiabétique Eperzan® (albiglutide) qui a reçu une opinion favorable du CHMP européen, en janvier 2014.
Des résultats de phase III sur six nouveaux médicaments et vaccins sont également prévus, notamment mepolizumab dans l’asthme, Arzerra® (ofatumumab) dans la leucémie lymphocytaire chronique (développé avec Genmab), daraplatib (maladies coronariennes), sirikumab dans l’arthrite rhumatoïde. 10 phases III devraient démarrer sur la période 2014/2015, essentiellement en oncologie, immuno-inflammation et respiratoire ; dans ce dernier domaine, GSK entend maintenir son leadership grâce à ses lancements récents et à sept autres molécules en développement.
Optimisation du portefeuille
La stratégie de GSK repose sur une croissance géographique diversifiée, avec notamment des investissements en Inde, et l’optimisation de son portefeuille : en 2013, la cession des produits non stratégiques s’est poursuivie avec la vente des boissons Lucozade and Ribena, pour 1,35 milliard de livres, et des anticoagulants Arixtra® et Fraxiparine®. Le groupe a également continué à réorganiser sa R&D, et les restructurations et mesures de simplification de son business model, démarrées en 2007, se sont renforcées, afin d’améliorer l’efficience du modèle commercial et la rationalisation sur les fonctions informatique et achats. Ces mesures ont permis de réaliser des économies de 3 milliards de livres en 2013. Pour 2014, le groupe prévoit une croissance de son BPA de + 4 à +8 % et un chiffre d’affaires en progression de 2 %, à taux de change constants, reflétant le lancement de produits mais aussi l’arrivée de nouveaux génériques.

Johnson & Johnson : la plus forte croissance du top 10

Le géant américain affiche une belle progression de son activité, grâce à ses produits récents. Le groupe se recentre sur ses activités rentables.

Johnson & Johnson (J&J) a enregistré un chiffre d’affaires global de 71,3 milliards de dollars en 2013, (53,6 Mds€) en progression de 6,1 % (+7,7 % à taux de change constants), tirée par les bons résultats de la pharmacie et du « consumer ». Le résultat net a affiché une hausse de 27,4 %, à 13,8 milliards de dollars (10,37 Mds€). Autre bonne nouvelle pour les actionnaires : le dividende de 2,59 dollars (2,40 USD en 2012) a augmenté pour la 51ème année consécutive.
En 2013, le chiffre d’affaires de la pharmacie de J&J a augmenté de 10,9 %, une hausse à deux chiffres rare dans le secteur, pour atteindre 28,1 milliards de dollars (21,12 Mds€), soit près de 40 % des ventes totales. La progression a été enregistrée aux Etats-Unis (+12,3 %) et sur les autres marchés (+9,6 %). Si les ventes ont été négativement impactées par la concurrence des génériques sur d’anciens blockbusters tels Aciphex®/Pariet® (désordres gastro-intestinaux), Concerta® (troubles de l’attention) ou Risperdal® (schizophrénie), la performance de certains segments a plus que compensé les pertes : les ventes en immunologie ont ainsi atteint 9,2 milliards (+16,7 %), grâce aux anti-inflammatoires Remicade® et Simponi®, et au traitement contre le psoriasis Stelara®. D’autres produits ont aussi enregistré de fortes progressions, notamment Invega Sustenna®/Xeplion®, dans la schizophrénie, en hausse de 56,8 % à 1,2 milliard de dollars, et le segment du cancer (3,8 MdUSD, +43,5 %).  Remicade® (6,7 MdUSD) perdra toutefois son brevet en Europe en 2015 et aux Etats-Unis en 2018.
Forte croissance des produits récents
Les médicaments lancés depuis 5 ans ont aussi contribué à la croissance : ils représentent 25 % du chiffre d’affaires. Parmi eux, Zytiga®, dans le cancer de la prostate, a augmenté de 76,7 % pour atteindre 1,7 milliard de dollars ; de même, l’anticoagulant Xarelto® a affiché des ventes de 864 millions de dollars pour sa 1ère année sur le marché.
La croissance était aussi au rendez-vous du côté des autres activités. Au sein de la division  « diagnostic et matériel médical », qui a atteint 28,5 milliards de dollars (21,42 Mds€) (+3,9 %), l’intégration de la société de techniques médicales Synthes, acquise en 2012, a permis une forte progression des produits orthopédiques, compensant la régression des segments diabète, diagnostic ou matériel chirurgical… Quant au « consumer », il a progressé de  1,7 %, à 14,7 milliards de dollars, grâce à la bonne tenue des analgésiques Tylenol et Motrin (OTC) et des produits de soins pour la peau Neutrogena et Aveeno.
Pipeline fourni et recentrage
En 2013, J&J a consacré 11,5 % de son chiffre d’affaires à la R&D, soit 8,2 milliards de dollars -6,16 Mds€), en hausse de 6,8 % par rapport à 2012. Plusieurs nouvelles molécules prometteuses ont été autorisées au cours de l’exercice par la FDA, notamment Olysio® (simeprevir) dans l’hépatite C, Invokana® dans le diabète de type 2 (aussi autorisé par l’EMA) et le prometteur Imbruvica® (ibrutinib) dans le lymphome et la leucémie myéloïde chronique. Darunavir, en combinaison fixe avec cobicistat (développé par Gilead) dans le sida, est en cours d’examen. D’ici 2017, le groupe prévoit d’enregistrer une dizaine de nouvelles molécules.
La stratégie diversifiée de J&J reste globalement inchangée, comme le montrent les acquisitions effectuées en 2013, pour 835 millions de dollars (627,8 Mds€), dans le matériel médical (Flexible Stenting Solutions), l’OTC (Shanghai Elsker Mother & baby) ou la pharmacie (Aragon Pharmaceuticals, spécialisé dans les traitements destinés aux cancers hormonaux). Pour autant, le groupe n’en cède pas moins certains pans d’activités en perte de vitesse, comme Ortho-Clinical Diagnostics, sa franchise diagnostics (1,9 MdUSD en 2013, -8,9 %) spécialisée dans les tests de détection du groupe sanguin ou de virus comme le VIH ou l’hépatite C, cédé au fonds Carlyle en mars 2014, pour 4 milliards de dollars. Le groupe cherchait à s’en séparer depuis plus d’un an. Certains analystes estiment que l’activité « Diabetes Care » (2,3 MdUSD, -11,7 %), qui inclut notamment les lecteurs de glycémie LifeScan et les pompes Animas, pourrait aussi être cédée à terme. Pour 2014, J&J prévoit un BPA en hausse, compris entre 5,75 et 5,85 USD, hors éléments exceptionnels.

AstraZeneca : un exercice impacté par les génériques

L’activité d’AstraZeneca reste fortement impactée par la concurrence des génériques sur ses anciens produits phare. Les restructurations et les acquisitions se poursuivent.

En 2013, le chiffre d’affaires d’AstraZeneca (AZ) s’est élevé à 25,7 milliards de dollars (19,32 Mds€), en baisse de 8 % (- 6 % à taux de change constants). Le résultat net est également en forte diminution (-24 %), à 2,6 MdUSD (1,95 Mds€). Le dividende proposé, à 2,80 USD, est stable par rapport à l’année passée.
Forte concurrence des génériques
La concurrence des générique a entraîné une baisse de 2,2 milliards du chiffre d’affaires en 2013 et a touché des produits comme les antihypertenseurs Atacand® (611 MUSD) et Seloken®/Toprol XL® (750 MUSD), qui ont vu leurs ventes diminuer respectivement de 39 % et 18 %, à taux de change constants. Les ventes de l’antiulcéreux Nexium® (3,9 MdUSD) ont baissé de 12 % en Europe du fait de la concurrence des génériques, qui sont attendus en 2014 aux Etats-Unis. Mêmes constats en oncologie, avec la chute de 30 % d’Arimidex®, et dans le système nerveux central, avec celle de 39 % de Seroquel®. Et ce n’est pas fini : l’hypocholestérolémiant Crestor® (5,6 MdUSD), qui a perdu son brevet au Canada et qui a aussi vu ses ventes impacter par l’arrivée des copies de Lipitor® de Pfizer, perdra son brevet en 2016 aux Etats-Unis.
Les  plateformes de croissance, à savoir l’antiagrégant plaquettaire Brilinta® (+216 % à 283 MUSD), la franchise diabète, les produits respiratoire et le Japon n’ont pas pu compenser ces pertes : à 12,5 MdUSD, elles ont contribué à hauteur de 1,2 milliard à la croissance. Les pays émergents progressent toutefois de 6 % à 5,4 MdUSD, grâce notamment à la Chine qui croît de 22 %, à 1,8 MdUSD.
11 produits en phase III
En 2013, le groupe a consacré 18,7 % de son chiffre d’affaires, soit 4,8 milliards de dollars (3,6 Mds€) (+1 %), à sa recherche-développement. L’objectif affiché est clair : reconstruire le pipeline d’ici 2016. Trois domaines sont stratégiques : respiratoire, maladies auto-immunes et inflammatoires, cardiovasculaire et métabolisme, et plus de 80 produits sont en développement, dont la moitié sont biologiques. 11 nouvelles molécules sont en phase III ou en cours d’enregistrement, soit près de deux fois plus qu’en 2012 et 19 molécules ont été identifiées comme étant susceptibles de passer en phase III d’ici 2015.
En 2013, 2 produits développés avec BMS ont été autorisés dans le diabète de type 2 : Farxiga® (dapagliflozin) aux Etats-Unis (approuvé en Europe en 2012) et Xigduo® (dapagliflozin et metformin) en Europe. Fluenz Tetra®, vaccin antigrippal nasal, a aussi été autorisé en Europe. Parmi les autres avancées, quatre molécules sont entrées en phase III : benralizumab dans l’asthme, selumetinib (cancer du poumon non à petites cellules), olaparib (tumeurs solides) et moxetumomab pasudotox (leucémie). Le groupe table fortement sur le potentiel de son pipeline en oncologie : aux trois molécules déjà citées vient s’ajouter MEDI4736, développé par MedImmune dans les tumeurs solides.
Restructurations et acquisitions
En 2013, AstraZeneca a poursuivi ses restructurations et annoncé de nouvelles mesures, notamment une réorganisation de ses services informatiques, l’arrêt des activités de R&D à Bangalore (Inde) et l’abandon de la commercialisation de génériques de marque dans certains pays émergents. Combinées aux précédentes mesures, elles représentent la phase 4 du programme de restructuration, qui se traduit par la suppression de 5600 postes sur la période 2013/2016. D’ici fin 2016, les économies attendues sont estimées à 1,1 milliard de dollars par an. AstraZeneca poursuit par ailleurs ses acquisitions et a racheté la participation de Bristol-Myers Squibb dans leur joint-venture commune spécialisée dans le diabète, pour un montant de 4,3 milliards de dollars. Amplimmune (biotech spécialisée en oncologie), Pearl Therapeutics (spécialisée dans les maladies respiratoires), Spirogen (spécialisée en oncologie) et AlphaCore Pharma (spécialisé dans les maladies cardiovasculaires et métaboliques) ont aussi rejoint le giron du laboratoire, de même qu’Omthera Pharmaceuticals, qui développe Epanova®, successeur potentiel de Crestor®.
Pour 2014, AZ table sur une nouvelle baisse à 1 chiffre de son chiffre d’affaires, à taux de change constants, du fait de l’impact des pertes de brevets. Le BPA devrait également être en baisse. Pascal Soriot, CEO du groupe, estime que la croissance sera de retour à partir de 2017.

Eli Lilly : encore des incertitudes

Le laboratoire américain reste impacté par les pertes de brevets. Son pipeline peine encore à convaincre.

En 2013, les ventes d’Eli Lilly ont atteint 23,1 milliards de dollars (17,36 Mds€), en progression de 2,3 %, tirée par des hausses de prix aux Etats-Unis (56 % du chiffre d’affaires), mais impactée négativement par des effets de change défavorables. Le résultat net, à 4,7 milliards de dollars (3,53 Mds€), affiche une progression à deux chiffres (+14,6 %). Les rachats d’actions ont permis de reverser 3,8 milliards de dollars (2,85 Mds€) aux actionnaires, notamment sous la forme d’un dividende de 1,96 dollar par action, stable par rapport à 2012. Si les deux divisions de Lilly ont progressé en 2013, la pharmacie (20,96 milliards de dollars ou 15,75 Mds€) affiche une hausse (+1,9 %) plus limitée que celle de la santé animale (+5,6 %), qui ne représente cependant que 10 % du chiffre d’affaires total.
Encore des pertes de brevets
Alors que des blockbusters comme l’anticancéreux Alimta® (2,7 MdUSD), l’insuline Humalog® (2,6 MdUSD) ou le médicament contre le dysfonctionnement érectile Cialis® (2,2 MdUSD) ont progressé en 2013, les ventes ont  toutefois été affectées par la poursuite de l’érosion du médicament contre la schizophrénie Zyprexa® (1,2 MdUSD, -29,7 %), qui a perdu son brevet en 2011. Et le groupe va encore subir d’autres pertes de brevet : son plus gros produit, l’antidépresseur Cymbalta® (5,1 MdUSD), a perdu sa protection en décembre aux Etats-Unis : ses ventes devraient s’effondrer sur ce marché en 2014, avant de chuter en 2015 en Europe pour les mêmes raisons… Quant au brevet d’Evista®, dans l’ostéoporose, il est tombé en mars 2014 aux Etats-Unis.
Pour la suite, après des années 2015 et 2016 plus calmes, Cialis®, Effient® (thrombose) et Strattera® (hyperactivité) tomberont à leur tour dans l’escarcelle des génériqueurs, en 2017 : à eux trois, ils ont représenté près de 2 milliards de dollars de ventes aux Etats-Unis en 2013. Une bonne nouvelle toutefois dans ce paysage morose : début 2014, le brevet d’Alimta® a été prolongé jusqu’en 2022 aux Etats-Unis. De même, si Humalog® a perdu son exclusivité en 2013, aucun biosimilaire n’a encore été autorisé.
Une année 2014 encore difficile
En 2013, les dépenses de R&D de Lilly ont atteint 5,5 milliards de dollars (4,13Mds€) (+5 %). Elles représentent 23,9 % du chiffre d’affaires, un niveau très élevé, mais elles devraient baisser en 2014. Le pipeline comprend une soixantaine de produits en phase d’essais cliniques, dont plus de la moitié sont biologiques. Parmi les projets en phase avancée, plusieurs ont été soumis en 2013, dont ramucirumab (cancer gastrique) et dulaglutide (analogue du GLP-1) dans le diabète de type 2, considéré comme un blockbuster potentiel, même si des molécules équivalentes existent déjà ; un autre antidiabétique, empagliflozin (inhibiteur de SGLT2), développé avec Boehringer Ingelheim, a été refusé en mars 2014 aux Etats-Unis, une mauvaise nouvelle pour les deux partenaires, qui ont toutefois enregistré auprès de la FDA leur insuline basale concurrente de Lantus®, de Sanofi, qui a porté plainte…
Huit produits se trouvent par ailleurs en phase III, dont baricitinib (développé avec Incyte dans l’arthrite rhumatoïde), evacetrapib (maladies cardiovasculaires), solanezumab (Alzheimer), ixekizumab (psoriasis). En 2013, Lilly a signé un accord avec Pfizer sur tanezumab, en phase III dans la douleur de l’arthrite et du cancer, et a acquis les droits d’un antimigraineux d’Arteus Therapeutics. Les analystes se montrent assez réservés sur le pipeline, certaines molécules n’arrivant sur le marché qu’après des concurrents plus avancés…
Du côté des coûts, Lilly a réduit ses dépenses de marketing-ventes et administratives de 5 % l’an passé, en prévision des prochaines pertes de brevet ; les effectifs commerciaux ont en particulier été réduits aux Etats-Unis. Les rachats d’actions se sont poursuivis dans le cadre du programme annoncé en 2012 et un nouveau programme a été annoncé en octobre 2013, pour 5 milliards de dollars. John C. Lechleiter, CEO de Lilly, prévoit une année 2014 difficile : la progression des ventes en Chine, la croissance de certains médicaments de prescription et de la santé animale ne suffiront pas à compenser les baisses liées aux pertes de brevets. Résultat, les prévisions de chiffre d’affaires ont été revues à la baisse, entre 19,2 et 19,8 milliards de dollars. Le retour de la croissance est attendu en 2015, tirée par le lancement de plusieurs molécules en 2014.

Bayer : un laboratoire transformé par son pipeline   

Bayer a vu son chiffre d’affaires progresser en 2013, tiré par les ventes de ses produits pharmaceutiques récents. Le laboratoire allemand mise tout sur son pipeline.

Contrairement à ses concurrents du top 10 de la pharmacie mondiale, Bayer est diversifié dans l’agrochimie et les « matériaux de haute performance ». En 2013, son chiffre d’affaires global a atteint 40,2 milliards d’euros, en progression de 1 %, et son résultat net a bondi de 32,7 %, à 3,2 milliards. La division santé (Bayer Healthcare) représente 47,1 % des ventes totales, à 18,9 milliards d’euros, en hausse de 1,7 %. De leur côté, Bayer CropScience et Bayer MaterialScience ont enregistré des chiffres d’affaires respectifs de 8,8 milliards d’euros (+5,2 %) et 11,2 milliards d’euros (-2,2 %).
Belle performance des produits récents
Au sein de la division santé, le segment pharmaceutique a affiché un chiffre d’affaires de 11,2 milliards d’euros, en hausse de 9,4 %. Si Kogenate® (hémophilie) reste le produit leader, à 1,2 milliard d’euros (+1,7 %), la réussite vient en fait des produits récemment lancés, notamment l’anticoagulant Xarelto® dont les ventes ont atteint 949 millions d’euros (+194,7 %) et le traitement contre la dégénérescence maculaire Eylea® (développé avec Regeneron), qui a atteint 333 MEUR pour sa 1ère année sur le marché. Les anticancéreux Stivarga® et Xofigo® sont également prometteurs et les ventes combinées de ces quatre produits ont atteint 1,5 milliard d’euros, versus 368 MEUR en 2012. Bayer a en outre lancé Adempas® aux Etats-Unis en 2013, dans l’hypertension pulmonaire. Fort de ces succès, le groupe de Leverkusen a revu à la hausse ses objectifs sur ces cinq médicaments et table désormais sur un chiffre d’affaires annuel pouvant atteindre à terme 7,5 milliards d’euros… Cette belle performance des produits récents a permis de compenser les pertes liées aux génériques enregistrées sur des produits anciens, comme les pilules YAZ®/Yasmin®/Yasminelle®.
La partie « consumer », qui comprend des produits OTC (50 % du CA), du matériel médical et de la santé animale, avec des ventes de 7,7 milliards d’euros, a aussi enregistré une hausse (+3,2 %), grâce à  Bepanthen/Bepanthol (traitement dermatologique) et Supradyn (complément  alimentaire).
Hausse des dépenses de R&D et acquisitions ciblées
En 2013, Bayer a consacré 3,2 milliards d’euros à sa R&D, en hausse de 5,9 % par rapport à 2012. Dans la seule pharma, les investissements ont atteint 1,6 MdEUR, soit 14,8 % des ventes (hors « consumer »). Quatre domaines thérapeutiques sont jugés prioritaires : cardiologie, oncologie, gynécologie, hématologie, auxquels viennent s’ajouter l’ophtalmologie et l’inflammation. Le pipeline comprend une trentaine de produits en phase II et III, extensions d’indications comprises, dont tedizolid (pneumonie et infections cutanées), copanlisib (lymphome non hodgkinien résistant), finerenone (insuffisance cardiaque), molidustat  (anémie), refametinib (cancers). En 2014, Bayer estime que ses dépenses de R&D atteindront 3,5 milliards d’euros.
Le laboratoire allemand met l’accent sur les partenariats, tant académiques qu’industriels, et les acquisitions ciblées. En 2013, il a ainsi racheté l’américain Conceptus (spécialisé dans la santé féminine), et le norvégien Algeta, acquérant ainsi les droits complets sur l’anticancéreux Xofigo®. Dans le domaine du « consumer », ­Steigerwald Arznei­mittelwerk, spécialisé dans la médecine par les plantes, a rejoint le giron du groupe. Enfin, la division Agrochimie s’est également élargie en 2013, avec le rachat de Prophyta, spécialisé dans les produits de protection des cultures. Le groupe souhaite par ailleurs renforcer son positionnement dans les pays émergents, qui représentent 38 % de ses ventes totales (33 % en santé). En Chine, où Bayer occupe une place de choix avec des ventes de 3,7 milliards d’euros en 2013, un investissement de 100 millions d’euros a été annoncé début 2014 pour développer le site de production situé à Pékin.
Marijn Dekkers, le Président de Bayer, se dit confiant pour 2014 et table sur un chiffre d’affaires compris entre 41 et 42 milliards d’euros, en progression d’environ 5 % par rapport à 2013. Le BPA devrait croître dans les mêmes proportions. Les ventes de la division santé sont attendues entre 19,5 et 20 milliards d’euros (+3 à +6 %), grâce à la pharmacie et plus particulièrement aux produits récemment lancés qui pourraient atteindre 2,8 milliards d’euros.

Valérie Moulle

[Source : les rapports d’activité du top 10 de la pharma mondiale]

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