Suisse : avis de tempête sur les prix des médicaments remboursés

Suisse : avis de tempête sur les prix des médicaments remboursés
juillet 27 12:31 2011 Imprimer l'article

Le 1er novembre prochain, 555 médicaments vendus en Suisse vont connaître une baisse de prix de de 8 % en moyenne. A l’avenir, les 8000 produits remboursés par les assureurs maladies helvètes verront leurs prix changer tous les trois ans et chaque année, un tiers d’entre eux sera révisé par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Les mesures qui viennent d’être adoptées par Bern font suite à 7000 réductions de prix déjà enregistrées par les industriels du médicament entre 2006 et 2010.

L’hiver s’annonce plutôt rigoureux pour l’industrie helvète du médicament. Pas moins de 555 spécialités pharmaceutiques vont bientôt voir leur prix baisser, au grand dam des représentants de la branche. En recul de 1,9 % l’an passé, le marché suisse du médicament (4,82 milliards de FS, soit 4,16 milliards d’euros) pourrait vivre un réel plongeon du fait d’un nouveau système de fixation des prix des 8 000 produits remboursés par l’assurance de base qui adapterait ces derniers au taux de change d’ici 2015. Ainsi, les prix des spécialités remboursées jusqu’alors sont basés sur un taux de change compris entre 1,45 et 1,5 franc pour un euro. En cours d’examen auprès de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), le nouveau taux pris en compte est de 1,3 FS pour 1 euros. Affectée depuis des années par un taux de change défavorable, notamment à l’exportation, l’industrie pharmaceutique s’inquiète de ces nouvelles adaptations. Dans un bilan présenté au début de l’année par Interpharma, elle faisait valoir que la liste de référence pour l’assurance obligatoire a fait l’objet de 7000 réductions de prix entre 2006 et 2010. Des baisses qui ont représenté des économies de 1,9 milliard de FS (1,63 milliards d’euros). « Le 1er mars 2010, le prix de 2000 médicaments a fait l’objet d’une vérification et d’une adaptation. Il y a eu une baisse de prix de plusieurs centaines de médicaments sur la base du nouveau panier des pays de comparaison », note l’organisation faîtière de la pharma suisse (1). Un protocole d’accord convenu en septembre 2005 entre l’Office fédéral de la santé publique et l’industrie pharmaceutique a permis de faire baisser le prix des médicaments pour des économies de l’ordre de 250 millions de francs suisses qui ont été non seulement réalisées, mais dépassées à 370 millions, ajoute le syndicat professionnel. Se sont ajoutées par la suite deux autres vagues extraordinaires de réduction des prix : en mars 2008, date à laquelle le prix fabricant de 316 médicaments remboursés par les caisses-maladie ont baissé de 15,5 %, pour des économies de 93 millions de FS, puis en janvier 2009.

Evolution négative pour l’avenir

Cet ensemble de mesures sur les prix a eu pour effet de faire reculer le marché de 1,9 % en 2010, après les années fastes de 2009 (+ 3,4%), de 2008 (+ 5,3%) et de 2007 (+ 6,5%). Selon Thomas Binder, directeur de l’Association des entreprises pharmaceutiques (vips), 1 000 pertes d’emplois seraient à mettre sur le compte de ce manque à gagner, chiffré pour la période de 2011 à 2016 à 650 millions de FS (560 millions d’euros), produits princeps et génériques confondus. « Le marché suisse va sans doute connaître une évolution négative pour la seconde année de suite. Si rien ne change, il pourrait chuter jusqu’à 10 % en 2013 », note dans le « Matin Dimanche » le CEO de Novartis Joe Jimenez (photo). « Cela aurait des conséquences négatives sur l’ensemble de l’économie suisse qui seraient bien plus préjudiciables que le bénéfice escompté des sommes épargnées dans le secteur de la santé », ajoute ce dernier qui demande que les autorités suisses renoncent à adapter les prix jusqu’à une stabilisation de la situation sur le front monétaire.

Si les industriels demandent un moratoire, Stephan Meierhans (photo) « Monsieur Prix » en Suisse, ne veut rien en entendre, considérant que les consommateurs Helvètes payent depuis longtemps les médicaments beaucoup trop cher en comparaison européenne. Ce dernier relève dans « Le Temps » avoir reçu depuis janvier dernier deux fois plus de plaintes sur les prix des produits importés que durant la même période de l’an dernier. Elles concernent tout type de produit: vêtements, chaussures, logiciels, voitures, essence, vélos ou médicaments. «La Confédération pourrait économiser jusqu’à un milliard de francs par année si elle suivait mes recommandations», martèle ce dernier dans «Sonntags Zeitung». «La comparaison des prix avec d’autres pays montre que l’on peut gagner 550 millions de francs par an sur les médicaments originaux, si la fixation des tarifs avait lieu annuellement et non pas tous les trois ans.» Reste que pour l’heure, c’est bien le franc suisse fort, face à un euro affaibli, qui pose des problèmes nouveaux aux industriels de la pharma : « Il augmente les coûts de la recherche et de la place économique Suisse et nuit aux recettes tirées des exportations», explique Thomas Cueni, secrétaire général d’Interpharma, pour qui « il est urgent de vérifier les modalités de la comparaison avec les prix pratiqués à l’étranger si l’on veut pas affaiblir la place économique suisse». Affaire à suivre.

Jean-Jacques Cristofari

(1) CF Interpharma, « les prix des médicaments »

NB : Mi-août le gouvernement suisse a apporté un soutien de 2 milliards de FS ( 1,74 milliard d’euros) aux entreprises touchées par la cherté du franc suisse, afin de « sauvegarder les emplois », selon un communiqué officiel. Le soutien aux entreprises sera financé sur l’excédent budgétaire attendu en 2011, soit 2,5 milliards de francs suisses.

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Le marché suisse des médicaments en bref :

Marché total : 4,82 milliards de FS (4,156 milliards d’euros)

Marché des génériques : 467,9 millions de FS (403,4 millions d’euros)

Marché des produits remboursés : 3,87 milliards de FS (3,33 milliards d’euros)

(Source IMS Health)

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