Le GEMME réclame une relance des génériques

Le GEMME réclame une relance des génériques
février 15 21:06 2012 Imprimer l'article

L’organisation professionnelle représentative des laboratoires de génériques opérant en France, le GEMME, présidé par Pascal Brière, président de Biogaran, a récemment fait part de son regret des trop faibles mesures d’incitations en faveur des génériques soutenues en France par les pouvoirs publics.Le bilan que le GEMME dresse en février de la progression du générique dénote une baisse de 3% du nombre de boites vendues entre 2010 et 2011. « Un fléchissement du marché qui accentue notre retard par rapport aux autres marchés européens », commente ce dernier. Catherine Bourrienne-Bautista (photo), délégué générale du GEMME, dresse l’état des lieux.

Craignez-vous pour l’avenir des baisses de prix des génériques en France, comme elles ont pu se faire en Allemagne sous pression des autorités sanitaires et des caisses d’assurance-maladie ?

Catherine Bourrienne-Bautista : Oui, nous avons analysé cet élément comme un risque potentiel, suite notamment aux propositions d’offres qui ont été faites dans le cadre du dernier PLFSS. Ceci nous soucie beaucoup, d’autant que nos prix sont déjà en dessous de la moyenne européenne. Nous  faire baisser les prix des génériques va conduire à des difficultés pour certains laboratoires, certainement avec un risque de restriction de l’offre, par le nombre de fabricants et par le nombre de produits. Si des produits sur lesquels nos prix ne sont pas élevés doivent faire l’objet d’une baisse de prix, les laboratoires seront conduits à ne plus les proposer. Par ailleurs, nous avons une inquiétude industrielle : jusqu’à présent, 55 % des spécialités pharmaceutiques génériques distribuées en France sont encore fabriquées en France et le sont dans des usines qui ont été surnuméraires de l’industrie pharmaceutique classique. Les rachats, les concentrations ont entraîné des baisses de volumes pour l’industrie pharma, qui s’est retrouvée avec des moyens de production sous-utilisés, voire qui n’étaient plus utilisés. Elle les a cédé à des façonniers, qui ont retrouvé des relais d’activités grâce aux génériques.

Qu’en a-t-il été de l’accord passé entre les façonniers et les fabricants de princeps à la perte de brevet de ces derniers produits ?
L’accord CSIS (1) est en vigueur depuis deux ans. Il a été long à mettre en place car les génériqueurs réfléchissent un an avant de lancer un produit. Nous avons vu, fin 2011, les premiers résultats de cette mesure, avec notamment l’olanzapine (2), une molécule à échéance de brevet importante. C’est une bonne mesure pour l’industrie du façonnage.

Qu’attendez vous encore en faveur des génériques ? Le modèle Allemand vous inquiète-t-il ?
Il faut conforter le générique en France, même si les entreprises de façonnage françaises sont tout à fait compétitives. S’il y avait une pression sur les prix comme en Allemagne, cela réduirait à pas grand-chose la production pharmaceutique. Les sites industriels ont quitté l’Allemagne. Des usines ont été fermées. C’est, dans le contexte économique actuel, un élément qu’il faut avoir en tête, quand on parle de « consommer français ».
Le modèle allemand des appels d’offre a fonctionné, parce que le modèle du générique était mature en Allemagne, ce qui n’est pas du tout le cas en France. Nous en sommes à 13 % en valeur, à peine 24 % en volume, quand la moyenne européenne est à 50 %. Le marché est loin d’être mature. Les gens n’ont pas encore accepté les génériques.

Le moteur a été la substitution. La convention négociée par l’UNCAM et les syndicats porte l’idée de mettre en place un honoraire de dispensation pharmaceutique, avec pour contrepartie une augmentation de la substitution de 72 à 80 %. Qu’attendez-vous de cette négociation ?
Même 85 % ! Cet objectif de substitution est intéressant. En 2009, nous étions arrivés à 82 %. Même si l’objectif est ambitieux, il peut être atteint. Par contre, il nous semble qu’il faut accompagner cet objectif d’une campagne de communication sur le générique, qui facilitera le travail des pharmaciens, qui fera mieux accepter et comprendre le générique aux patients et aux médecins.
Il y a encore un gros obstacle du côté des médecins, qui n’ont pas été inclus dans le modèle générique. Ils devraient l’être plus avec le nouveau paiement à la performance (3). Mais les CAPI (4) mis en place il y a deux ans n’ont pas eu un effet fulgurant. Il y a eu quelque résultat sur les 5 classes ciblées, mais en contrepartie on a eu du « NS » [non substituable]. L’un et l’autre se sont atténués. Le paiement à la performance n’est plus un contrat individuel, mais collectif. Il dépend de la convention signée entre l’Uncam et les médecins, il s’applique de fait à tous les médecins qui le veulent, ils n’ont plus besoin de faire une démarche individuelle sur le sujet. Mais il reste toujours limité à 5 classes thérapeutiques. Même si elles présentent de gros volumes, ce n’est pas énorme. Les médecins français ont plutôt tendance à oublier qu’une spécialité est génériquée, et ils la remplacent par une substance sous brevet. Voilà pourquoi nous sommes en retard sur nos voisins.

Les pertes de brevet se poursuivent pour les grandes molécules. Allez-vous en bénéficier dans vos rangs pour le proche avenir ?
Sur 2012, ces pertes de brevets sont estimées à 1,5 milliard d’euros en prix princeps. Le prix du générique est 60 % de celui du princeps, et nous prenons sur un an 60 % du marché de la molécules initiale. Il y a de belles perspectives pour le marché et pour les officinaux, surtout s’ils ont de nouvelles incitations. Face à ces perspectives, ce serait dommage de « louper le coche » si la prescription repassait sur d’autres produits.

Pensez vous avoir de réelles perspectives de relance de votre marché avec l’UNCAM ?
Oui. Notamment à travers l’objectif de la révision de la rémunération officinale, dans laquelle il y a un volet générique. Rien n’est encore sorti. La négociation entre syndicats d’officines et assurance maladie doit aboutir pour le 29 mars. Nous n’intervenons pas à ce niveau. Bien sûr, nous avons des relations avec la CNAM. Mais pour nous, l’axe mentionné à l’assurance maladie lors de nos derniers échanges concernait le développement du non-substituable. Un « NS » qui nous inquiétait particulièrement, en plus de notre demande régulière d’inciter les médecins à prescrire dans le répertoire. On en a vu les prémisses dans le CAPI et le paiement à la performance. Pour nous, c’est un début prometteur. C’était notre demande depuis fort longtemps. Plus récemment, nous nous sommes inquiétés du développement du NS dans les prescriptions des médecins. Cela traduit une position qui n’est pas encourageante, et qui va à l’opposé de ce que tout le monde fait.

Votre secteur va-t-il poursuivre sa consolidation. Y aura-t-il de nouveaux entrants sur le marché français ?
Nous avons récemment connu La fusion Théva/Ratiopharm. Pfizer est présent sur le marché, avec l’échéance majeure de l’atorvarstatine (Tahor) qui arrivera en mai en France. Elle sera bien sûr génériquée. Peu de molécules échappent aux génériqueurs…Sinon, il n’y a pas eu d’entrant majeur sur le marché français cette année.

Propos recueillis par Jean-Jacques Cristofari

(1) Conseil stratégique des Industries de Santé. La dernière tenue du conseil a conforté une mesure déjà adoptée lors de sa réunion précédente et prévoyant de « poursuivre les mesures décidées en 2009 en faveur du maintien sur le territoire européen d’établissements pharmaceutiques de sous-traitance fabriquant des spécialités pharmaceutiques, notamment génériques »

(2) Un médicament utilisée dans le traitement de certaines formes de schizophrénies et des troubles bipolaires. Cf. l’avis de la Haute Autorité de Santé

(3) Le paiement à la performance a été inscrit dans la Convention médicale signée entre l’assurance maladie et les syndicats de médecins.

(4) Contrat d’amélioration des pratiques individuelles

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Le GEMME en bref :

L’association le GEMME réunit 11 professionnels du médicament générique présents en France : ALTER, ARROW, BIOGARAN, CRISTERS, EG LABO, RATIOPHARM, RANBAXY, SANDOZ, TEVA, ZYDUS, WINTHROP

Le marché des génériques en 2011, selon le GERS

Avec 614 millions de boites vendues, le médicament générique a représenté en 2011 près de 24% du marché pharmaceutique remboursable.

· Unité : 614 M de boites – Part du marché pharmaceutique remboursable : 23,85%
· Valeur : 2,647 Md d’€ – Part du marché pharmaceutique remboursable : 13,56%

source : Gers, édité par le GEMME

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Jean Jacques Cristofari
Jean Jacques Cristofari

Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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1 commentaire

  1. Havet
    mars 12, 17:06 #1 Havet

    Encore une institution avec Servier a sa tête. Après le scandale du Médiator, j’aurais vraiment aimé que Servier prenne un peu de recul.

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