Sanofi se détache d’Aventis

Sanofi se détache d’Aventis
mai 13 23:01 2011 Imprimer l'article

Le numéro 4 de la pharma mondiale tourne une page de son histoire. Désormais sanofi-aventis (SA pour les intimes du secteur) ne s’appellera plus que « Sanofi ». Un retour aux sources qui devrait plaire aux co-fondateurs du 1er groupe portant le même nom dès 1973. Le champion français de la pharmacie, né de la fusion, en août 2004, de Sanofi-Synthelabo avec le tout jeune groupe Aventis n’affichera désormais plus qu’une seule raison sociale sous un unique logo (ci joint). Retour sur une belle page de l’histoire de la pharma mondiale qui illustre la folle époque des méga fusions. Celle des deux décennies écoulées.

Hoechst, groupe chimique et pharmaceutique d’origine allemande, basé à proximité de Francfort (photo) tire son nom de la ville —Höchst — où la société a été créée en 1863 par trois chimistes allemands : Carl Friedrich Wilhelm Meister, Eugen Lucius et Ludwig August Müller. Le groupe qui emploie dans les années 90 près de 25 000 personnes sur la région où siège aujourd’hui la Banque Européenne symbolise la toute puissance de la chimie allemande. En décembre 1964, le groupe fusionne avec l’entreprise Chemische Werke Albert à Mainz-Amöneburg, puis en décembre 1999 avec l’entreprise française Rhône-Poulenc pour donner naissance au groupe Aventis.

Groupe chimique et pharmaceutique d’origine française, Rhône-Poulenc (RP) est créé en 1928 par le rapprochement de la Société chimique des usines du Rhône (créée en 1895) et des établissements Poulenc Frères (créés en 1900 par le père du compositeur Francis Poulenc). Nationalisé en 1981 sous le gouvernement Mauroy, le groupe sera à nouveau privatisé le 16 novembre 1993. Ses effectifs s’élèvent alors à 80 000 salariés, répartis principalement en France, Allemagne, Suisse, Grande-Bretagne, USA, Brésil, Maroc et Chine et son chiffre d’ affaires est de l’ordre de 80 milliards de francs (12 milliards d’euros actuels). Dans les années 1990, le groupe figure au rang des leaders mondiaux de la pharmacie et de la chimie. En 1991, Rhône-Poulenc rachète l’américain Rorer. Le nouvel ensemble regroupe toutes les activités pharmaceutiques et prend le nom de Rhône-Poulenc Rorer (RPR). La chimie est regroupée au sein de RP Chimie , RP Agrochimie et RP Fibres et Polymeres. L’entreprise se lance dans des opérations de croissance externe en 1995 et acquière le Groupe Mérieux et le britannique Fisons.

Aventis va naître en décembre 1999 de la fusion de la branche pharmaceutique de Rhône-Poulenc Rorer avec Hoechst Marion Roussel, groupe qui est le fruit de l’union de l’allemand Hoechst, de l’américain Marion Merrell Dow, et du français Roussel-Uclaf.

Le dernier président de Rhône-Poulenc a été Jean-René Fourtou (photo de gauche) qui s’affirma comme le maître d’œuvre de la fusion avec Hoechst après avoir fortement réorienté le groupe vers la pharmacie au détriment de la chimie. En une quinzaine d’années, Igor Laudau (photo de droite), cantalou, HEC d’un 1,90 mètre, pilote avec Jean-René Fourtou, la mutation complète d’un groupe chimique en un laboratoire pharmaceutique clairement « lisible » par les marchés financiers, un pure player de la pharma. Aventis dispose de trois blockbusters en portefeuille, soit autant de garanties de croissance interne : l’anticancéreux Taxotère (1 milliard d’euros) ; le Lovenox, médicament cardio-vasculaire (1,4 milliard) ; et l’Allegra, un antiallergique (1,8 milliard). Et la fusion franco-allemande opérée par Jürgen Dormann et Horst Waesche (décédé) pour Hoechst, par le tandem Fourtou et Landau pour Rhône-Poulenc, sera citée comme exemple dans le management industriel.

Sanofi, la filiale Hygiène et Santé du groupe Elf nait en 1973. Jean-François Dehecq, issu de la Société nationale des pétroles d’Aquitaine, s’associe à René Sautier pour fonder le nouveau groupe pharmaceutique. Il en est le directeur général et deviendra rapidement le vice-président directeur général en 1982. A coup d’acquisitions (plus de 300 en 30 ans), Sanofi devient un pôle important du groupe Elf Aquitaine. En 1988, avec le départ de Sautier, Dehecq (photo ci-contre) devient Pdg de Sanofi et en même temps directeur Hygiène Santé du Groupe Elf Aquitaine.


Sanofi-Synthélabo naîtra en 1999 de la fusion de Sanofi (toujours filiale du pétrolier Elf) et de Synthélabo (à l’époque filiale du groupe de cosmétiques L’Oréal). En janvier 2004, Sanofi-Synthélabo, deuxième groupe pharmaceutique en France, lance une offre publique d’achat (OPA) sur son principal concurrent Aventis. Igor Landau, patron du groupe franco-allemand deux fois plus gros que Sanofi, ne veut pas de ce rapprochement. Jean-François Dehecq manœuvre et réussit l’OPA.

La nouvelle société Sanofi-Aventis ainsi constituée est devenue le 4ème groupe pharmaceutique mondial après l’américain Pfizer, le suisse Novartis et l’américain Merck&Co. En 2010, le groupe pèse quelque 40 milliards de dollars (30,39 milliards d’euros, en hausse de 3,7 %) pour un résultat net de 12,2 milliards de dollars (9,24 milliards d’euros). La pharmacie représente 87,5 % de son CA mondial, les vaccins 12,5 % et la santé animale 2,6 milliards d’euros (1).

Fin 2008, Chris Viehbacher, directeur général (photo ci contre), prend les commandes de sanofi-aventis. Il remplace Gérard Le Fur qui jouissait de la bénédiction de l’ex-PDG et bâtisseur de Sanofi-Aventis, Jean-François Dehecq, mais qui échoue à lancer son médicament vedette, l’Acomplia, une arme anti-obésité que la FDA américaine interdira sur son marché. A la même époque, Total et L’Oréal, les actionnaires historiques du groupe, possèdent à eux deux 33,2 % des droits de vote. Un ultime rempart contre une prise de contrôle. Un an plus tard, au 31 décembre 2009, ils n’en totalisent plus que 27,7 %. Sanofi-aventis peut devenir une proie. De plus, le pipeline de futurs produits semble s’être asséché depuis quelques années, et son contenu n’est pas très précis. Présenté à la presse lors des résultats annuel du groupe en février 2009 par Marc Cluzel, patron de la R&D (remplacé depuis par Le Dr Elias Zerhouni), le pipeline disparaît des écrans un an plus tard. En un an, près du tiers des projets (18 sur 65) qui constituaient le pipeline de recherche de l’entreprise a été stoppé et quatre centres de recherche sont en cours de fermeture dans l’Hexagone. Début 2011, le portefeuille de R&D de sanofi-aventis comprend 55 projets en développement clinique dont 13 en phase III ou faisant l’objet de demandes de mise sur le marché auprès des autorités de santé. Priorité est désormais donnée aux partenariats extérieurs. Sans compter que des médicaments phares perdent leur brevets. D’ici à 2013, plus du quart de son chiffre d’affaires du groupe disparaîtra avec l’arrivée à expiration des brevets de ses principaux blockbusters (6,89 milliards de dollars pour le Plavix en 2010, 2,12 milliards pour le Taxotere, 2,05 milliards pour l’Aprovel et 2,8 milliards de dollars pour le Lovenox). Autant de raisons pour lesquelles le nouveau directeur se lance dans une course effrénée aux acquisitions (Chattem aux USA pour 1,3 milliards d’euros, la biotech US TargeGen pour 434 millions d’euros et plus récemment Genzime pour 20 milliards d’euros, sans compter Nepentes en Pologne pour 105 millions). Chris, le « smilling killer », qui veut réduire ses coûts de 2 milliards d’euros d’ici 2013 – et y parviendra avec deux ans d’avance ! -, va s’appuyer sur l’expertise des grands du consulting (dont le Boston Consulting Group et Mc Kinsey, pour lesquels il dépensera plusieurs dizaines de millions d’euros en vue de reconfiguer la nouvelle feuille de route du groupe au plan mondial. Mais il n’obtiendra pas le poste convoité de pdg. En mai 2010, c’est l’ancien patron de PPR et d’Accor, Serge Weinberg, qui est nommé au poste de président non exécutif du conseil d’administration du laboratoire. J-F. Dehecq passe définitivement la main, atteint par la limite d’âge. Sanofi-aventis va changer d’époque.

Le groupe pharmaceutique a finalisé début avril 2011, après des mois de négociations et de tractations, le rachat de l’américain Genzyme pour 20,1 milliards de dollars et comble ainsi son retard dans les biotech. « Genzyme deviendra une nouvelle plate-forme importante dans la stratégie de croissance durable de sanofi-aventis et étendra la présence du groupe dans les biotechnologies », fait savoir le groupe lors de la conclusion du rachat. Un secteur auquel ne croyait pas Jean-François Dehecq, qui rate l’acquisition du suisse Serono, racheté par l’allemand Merck. Chris Viehbacher fait savoir que le laboratoire va désormais ralentir le rythme de ses acquisitions. Leur nombre s’est élevé à 37 en 2010 et à 33 en 2009, sur fond de diversification dans la santé. Mais il pourrait cependant en réaliser de nouvelles dans les pays émergents, une de ses principales plateformes de croissance au nombre desquelles figure la Chine (les pharmamergings représentent 30 % du CA de Sanofi). A peine arrivé, il confirme vouloir doubler ses ventes dans les pays émergents d’ici 2013, une tendance qui aura « des conséquences profondes » sur l’organisation de sa production. Les ventes devraient y atteindre 13 milliards en 2013 et devrait permettre à la 4ème big pharma mondiale de tenir, le temps que les acquisitions dans les biotechs portent leurs fruits. Le champion français, précise récemment le dg « va continuer à faire des acquisitions dans les pays émergents (…). Mais on a beaucoup de choses à faire pour assurer la bonne intégration, donc on va un peu ralentir les acquisitions », ajoutera-t-il. Pour l’heure, la priorité de Sanofi reste de rembourser sa dette et d’intégrer la biotech américaine. En France, le groupe vient de licencier plusieurs centaines de visiteurs médicaux et se prépare à s’installer dans son nouveau siège, rue de la Boétie. A deux pas de l’Elysée.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Pharmaceutiques, n° 185, mars 2011

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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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