Quelle santé pour après 2012 ?

Quelle santé pour après 2012 ?
janvier 12 20:23 2012 Imprimer l'article

Le dossier de la santé et, plus largement, celui de la protection sociale devraient figurer en bonne place, avec celui sur l’emploi, dans la future bataille pour les présidentielles. Un à un les acteurs du système de santé préparent leurs revendications et fourbissent leurs arguments pour convaincre les présidentiables du bien fondé de « leur réforme ». Le président de la République, en ouvrant, en début d’année, le chantier du financement de la protection sociale, a donné le signal du départ. Les associations de patients, déçus par une année 2011 qui devait être celle de leurs droits, sont parmi les premiers à ouvrir le bal. Réunis au sein d’un Collectif, le CISS, présidé par Christian Saout, la quarantaine d’associations représentatives de nombreuses pathologies lancent un cri d’alarme : « Longtemps le système de santé français a été cité en exemple. Aujourd’hui, il est en danger ! »

« L’accès aux soins, absent de la présidentielle en 2007, doit être à l’ordre du jour en 2012 ! » L’avertissement émane du CISS (1) dont les membres n’entendent pas faire les frais de la dégradation renouvelée des comptes de la Sécu par une nouvelle nième réforme qui plomberait un peu plus encore les restes à charge des assurés sociaux. Dépassements d’honoraires exorbitants, difficulté grandissante à trouver un médecin à proximité de son domicile ou de son lieu de travail, refus de soins toujours opposés à certaines catégories de personnes, renoncements de plus en plus fréquents de certains de nos concitoyens qui n’ont plus les moyens de financer leurs soins, absence de coordination des soins pour des patients qui en ont pourtant grand besoin, trop faible attention aux malades de la part de notre société… la liste des maux dont souffre, selon le Collectif, notre système de santé n’est pas exhaustive. Car du côté de son financement les choses ne vont pas mieux, l’assurance-maladie obligatoire ayant progressivement transmis une bonne part des remboursements de soins courants aux mutuelles qui ne veulent désormais plus être les payeurs aveugles des envolées d’honoraires des praticiens du secteur 2. « Franchises et forfaits pesant sur le citoyen sont devenus monnaie courante. Malgré cela, l’endettement de l’assurance maladie est considérable », note encore le CISS.

Il est vrai que la dette dite sociale atteint désormais des sommets : avec, à la CADES, une ardoise qui atteint 136,2 milliards en 2010 et qui devrait, ACOSS (2) comprise, passer à 218 milliards d’euros en 2018. Soit 12 % de la richesse nationale (PiB), selon l’institut d’étude Xerfi. Dire que les caisses sont « vides » est un doux euphémisme, face à ce « trou » de la Sécu devenu abyssal et que notre pays fera payer aux générations futures en le remplissant avec l’argent d’emprunts réalisés sur les marchés financiers internationaux dont on sait que la philanthropie n’est pas la qualité première. Et si pour l’heure, la CADES, placée sous la tutelle de l’Etat et chargée de gérer et d’amortir la dette sociale de la France, peut encore emprunter sur les marchés financiers, on peut s’interroger sur cette dernière capacité dans le proche avenir. « Nous ne faisons que peu d’efforts pour trouver de nouvelles ressources », note encore le CISS qui déplore la « politique de sélection tarifaire » des mutuelles. « Autant de raisons qui militent pour remettre l’accès aux soins au coeur des présidentielles de 2012 !

Trois enjeux de santé essentiels

Pour sensibiliser le public et interpeller les candidats, les associations de malades proposent ainsi « de retrouver, partager et commenter des éclairages associatifs et des avis d’experts par rapport à 3 enjeux de santé essentiels ». En premier lieu figure celui de l’accès aux soins et en particulier la question des dépassements d’honoraires jugés « non légitimes » par 66 % des Français, selon un récent sondage réalisé par Viavoice pour le CISS. Ainsi 55% des mêmes Français considèrent que la lutte contre les dépassements d’honoraires constituerait un argument de campagne auquel ils seront sensibles. Deuxième enjeu pointé par le Collectif, les obstacles géographiques à l’accès aux soins, 87 % des Français considérant que les médecins sont mal répartis sur le territoire, « ce qui fait de la lutte contre les déserts médicaux un thème de campagne auquel seront sensibles 72 % des personnes en âge de voter ». Enfin, troisième enjeu, le défi de l’équilibre budgétaire de l’assurance-maladie, « en conservant comme priorité absolue le maintien du financement solidaire de nos dépenses de santé ».

Face à ces trois enjeux majeurs aux yeux du cercle qui représente les malades, les candidats sont invités à faire part de leurs propositions, qui seront ensuite rendues publiques sur un site (3) créé à cet effet et ainsi exposées au débat jusqu’au moment des élections. « Car ce dont a besoin notre système de santé pour permettre son indispensable évolution, tant en ce qui concerne son organisation que son financement, c’est d’un réel débat public que nous réclamons depuis plusieurs années », lancent le CISS et ses membres (4). Nul doute que les candidats auront fort à faire pour satisfaire les nombreuses demandes qui émergeront de tous les bords et il n’est pas sûr que celles des prestataires de soins, médecins libéraux ou hospitaliers, fabricants de médicaments ou de dispositifs médicaux, se situent sur le même registre que celui des malades et assurés sociaux. Comme à son habitude, les prochaines présidentielles seront aussi le festival de tous les corporatismes qui ne manqueront pas de plaider les vertus de leur pratique respective au nom de l’intérêt général. A suivre.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Collectif interassociatif sur la santé, qui ressemble les organisations suivantes : ADMD – AFD – AFH – AFM – AFPric – AFVS – AIDES – Allegro Fortissimo – Alliance du Coeur – Alliance Maladies Rares – ANDAR – APF – AVIAM – CSF – Epilepsie France – Familles Rurales – FFAAIR – FNAIR – FNAPSY – FNAR – FNATH – France Alzheimer – France Parkinson – Le LIEN – Les Aînés Ruraux – Ligue Contre le Cancer – Médecins du Monde – ORGECO – SOS Hépatites – Transhépate – UAFLMV – UNAF – UNAFAM – UNAFTC – UNAPEI – UNRPA – Vaincre la Mucoviscidose.

(2) L’ACOSS ou Agence centrale des organismes de Sécurité sociale, établissement public national à caractère administratif, est la Caisse nationale des Urssaf. Cet organisme assure la gestion de la trésorerie du régime général de la sécurité sociale.

(3) www.quellesanteapres2012.org

(4) la synthèse de leur réflexion

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L’impact des mesures de rigueur sur les perceptions concernant l’accès aux soins. Résultats du sondage réalisé par Viavoice pour le CISS. Décembre 2011.

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A propos de l'auteur

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Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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