Nouvelle vague de manœuvres dans la Pharma mondiale

Nouvelle vague de manœuvres dans la Pharma mondiale
avril 27 09:48 2014 Imprimer l'article

En 1996, la fusion des deux suisses, Ciba-Geigy et Sandoz, avait donné naissance à Novartis et a ouvert le bal d’un mouvement de fusions et d’acquisitions, à l’origine d’une reconfiguration majeure de l’industrie pharmaceutique menacée par les pertes de brevets de ses molécules phares. Les récentes opérations annoncées dans les rangs de la pharma mondiale préfigurent de nouvelles grandes manoeuvres qui s’inscrivent dans la quête de nouveaux modèles de développement engagée par les big pharma.

Le groupe Novartis, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est la résultante du rachat en 2005 des américains Hexal dans le domaine du générique et Chiron dans le domaine des vaccins, suivi de celui de l’américain Alcon en ophtalmologie en 2007 et de son compatriote Speedel en 2008. Chez son voisin bâlois Roche, les absorptions successives du groupe allemand Boehringer-Mannhein en 1997, puis des américains Ventana et de l’intégralité de Genentech en 2008, ont contribué à construire un groupe spécialiste à la fois dans le secteur biopharmaceutique et dans le diagnostic.

Toujours en Europe, Sanofi est la résultante de plus de 300 fusions. Au cours des vingt dernières années, le groupe, né de la fusion de Hoechst Roussel et de Marion Merrel Dow en 1995, a été racheté par Rhône-Poulec en 1998, année où Sanofi absorbe Synthélabo. En 2004, c’est au tour de Sanofi-Synthélabo de se porter acquéreur de Rhône-Poulenc, devenu entre temps Aventis, et de former le groupe Sanofi.

En 2008, le nouveau Sanofi, piloté par Chris Viebacher (photo) intègre un spécialiste britannique des vaccins Acambis et, en 2011, se porte acquéreur d’un fleuron de la biotech mondiale, Genzyme pour 14 milliards de dollars. Au rang des méga-fusions, Pfizer est, de son côté, le résultat du rachat de Warner Lambert en 2000, puis de Pharmacia en 2002, qui avait lui-même acquis Monsanto en 2000. L’acquisition de Wyeth, en 2009, signe le dernier épisode de la saga des acquisitions du leader mondial de la Pharma. En attendant la suivante, selon les dernières rumeurs de la semaine écoulée ?

Nouvelle vague

Alors que ces mouvements massifs ont conduit à la construction de méga-groupes, simultanément actifs dans plusieurs aires thérapeutiques, plusieurs opérations récentes laissent augurer d’une nouvelle vague de réorganisation du paysage pharmaceutique mondial. Les rumeurs indiquant l’intérêt de Pfizer, présidé 

Kenneth C. Frazier (photo), pour groupe AstraZeneca, né de la fusion du suédois Astra et du britannique Zeneca en 1998, mettent à nouveau en lumière les difficultés que vit ce dernier, présidé par Pascal Soriot (photo à d.) . Manifestement en mal de modèle, le britannique qui a finalisé en février dernier le rachat pour plus de quatre milliards de dollars de la branche diabète de BMS, peine toujours à retrouver le chemin de la croissance depuis la perte du brevet de son médicament vedette, Mopral®, en 2004. Outre-Atlantique, le canadien Valeant se dit prêt à racheter l’américain Allergan. Du côté du Japon, Daiichi Sankyo donne, quant à lui, clairement l’impression de faire machine arrière. Six ans après avoir acquis le groupe indien de génériques Ranbaxy, le groupe nippon cède maintenant ce dernier pour quatre milliards de dollars à un autre producteur indien de génériques, en l’occurrence le principal rival de Ranbaxy en Inde, le groupe Sun Pharma. Le secteur des génériques n’échappe donc pas aux grandes manoeuvres en cours dans la pharma.

Recentrage bâlois

Dans ce contexte mouvant et remuant, Novartis, qui avait créé la sensation en 1996 en fusionnant Ciba-Geygi et Sandoz, fera-t-il à nouveau aujourd’hui office de précurseur ? Le groupe bâlois, présidé par Joseph Jimenez (photo)

qui veut se recentrer sur trois pôles d’activité (pharmaceutique avec l’oncologie et les médicaments innovants, génériques et ophtalmologie), vient d’annoncer une série d’accords avec GSK et Eli Lilly. L’accord avec l’américain reste très classique. La santé animale ne figurant pas parmi les priorités de Novartis, la division en charge de cette activité est cédée pour 5,4 milliards de dollars à  Eli Lilly qui l’intègrera dans sa division Elanco. Les accords passés par Novartis avec GSK ont, en revanche, le mérite d’être innovants et quasiment inédits au regard des mécanismes mis en jeu. Le groupe britannique qui, depuis l’absorption de SmithKline Beecham par GlaxoWellcome en 2000, qui donnera naissance à GSK, était resté hors des grands mouvements de rachat. Il se retrouve ici au cœur d’une opération dont la structure et la gestion pourraient s’avérer fort complexes, avec, à la clé, des transferts de portefeuilles et des réorganisations de grande ampleur. Outre la santé animale, Novartis choisit également d’abandonner le secteur des vaccins, dans lequel il était entré en 2005 avec le rachat de Chiron. Alors que les ventes totales de vaccins ont rapporté 1,4 milliard de dollars à Novartis en 2013, l’ensemble de cette activité, à l’exception des vaccins contre la grippe, est cédé à GSK pour 7,1 milliards de dollars. Pour GSK, présidé par Andrew Witty (photo) l’opération devrait conduire à un renforcement de son potentiel dans le domaine des vaccins pédiatriques et des vaccins contre la méningite, avec notamment l’apport de Bexsero®. Autorisé en Europe depuis janvier 2013, ce vaccin vient tout juste d’obtenir le statut de « breakthrough therapy » aux Etats-Unis. Les vaccins contre la grippe seront quant à eux vendus à part.

L’oncologie, une priorité à Bâle

Dans le domaine de l’oncologie, qui reste au nombre des priorités de Novartis, c’est l’intégralité du portefeuille de GSK qui va rejoindre celui de Novartis pour 14,5 milliards de dollars. Ce montant pourrait augmenter 1,5 milliard de dollars supplémentaire en fonction des résultats des molécules encore en cours de développement chez le Britannique. Le groupe suisse intègre ainsi dans son portefeuille une série de thérapies ciblées à l’instar de Tafinlar® et Mekinist® autorisés au début de l’année dans le traitement du mélanome, Tykerb® dans le cancer du sein et Votrient® dans le cancer des ovaires ainsi que l’anticorps monoclonal développé avec le danois Genmab, Arzerra®, déjà autorisé dans deux indications et en cours de phase III dans le lymphome folliculaire et dans la leucémie lymphocytaire chronique. Par ailleurs, Novartis, dont le portefeuille en oncologie compte déjà 25 nouvelles molécules (NEM) en cours de développement (inhibiteurs de kinase, inhibiteurs d’histone déacétylase, inhibiteurs RAF, inhibiteurs MEK, inhibiteurs hedgehog,  immunothérapies cellulaires…), disposera d’options sur les thérapies anticancéreuses encore en cours de développement chez GSK. Enfin, l’activité OTC du groupe suisse, qui a généré des ventes de 2,9 milliards de dollars en 2013, sera intégrée au sein d’une joint-venture détenue majoritairement par GSK (63,5%).

L’ensemble de ces mouvements de restructurations et de cessions de portefeuilles de produits, opéré par transferts de pans d’activités d’un groupe à l’autre, annonce de nouvelles grandes manœuvres dans les rangs des big pharma. Dans un secteur soumis plus que jamais aux impératifs de la Bourse et à la nécessité de créer de la valeur, les groupes pharmaceutiques mondiaux viennent de démontrer qu’ils savent à nouveau rebondir. Tous semblent prendre date pour 2016, date qui signera vraiment la fin du modèle « blockbusters » des années passées. Avant d’en voir surgir un autre ?

Anne-Lise Berthier

* CA pharma: produits de prescription + OTC + génériques + vaccins.
(1) Novartis : hors Alcon, mais y compris vaccins et diagnostic (non différenciés) ;
(2) Merck & Co et GSK : hors « consumer », car OTC non différencié ;
(3) Johnson&Johnson et Bayer: OTC seulement au sein de « consume ».
[Parités moyennes 2013 : 1 euro = 1,33 USD ; 1 CHF = 1,075 USD ; 1 GBP = 1,562 USD.]

Voir sur Pharmanalyses, l’analyse complète du Top 10 de la pharma mondiale en 2013

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A propos de l'auteur

Jean Jacques Cristofari
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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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