Industrie pharmaceutique : emplois à la baisse, comme son marché

décembre 15 18:57 2010 Imprimer l'article

Après dix ans de croissance ininterrompue de l’emploi, le secteur de la pharma enregistre, pour la deuxième année consécutive, un tassement de ses effectifs. La branche prend acte de la baisse des ventes de médicaments sur tous les grands marchés matures et faute de nouveaux blockbusters réajuste progressivement ses effectifs à la baisse. Car les restructurations se poursuivent à un rythme soutenu dans les rangs de la pharma. La Vieille Europe devrait perdre des usines et des emplois au bénéfice des marchés émergents où la demande est plus soutenue. A terme, le leadership européen de la France en matière de production de spécialités pharma (médicament et vaccins) pourrait être battu en brèche.

Après un premier recul constaté en 2008, les effectifs de la branche pharmaceutique baissent à nouveau en 2009, selon les derniers résultats du Baromètre Emploi du Leem, réalisé par BPI. De 108 407 à la fin 2008, ils chutent à 106 564 personnes fin 2009 (façonniers inclus), soit une baisse de 1,7 % correspondant à une perte de 1 843 emplois. Le recul affecte principalement les fonctions support des industriels du médicament et leurs effectifs de la visite médicale qui voient un à un leurs blockbusters être génériqués et n’ont plus de grandes molécules à présenter aux médecins traitants. Dernier en date à avoir sérieusement taillé dans ses effectifs de VM, le champion national sanofi-aventis vient d’annoncer de nouvelles suppressions d’emplois de quelque 575 postes dans sa branche commerciale, et signe ainsi son troisième plan de ce type en quatre ans. 497 postes VM seront supprimés d’ici au printemps prochain, et 78 autres dans la filiale commerciale du groupe en France. Les VM du groupe français, au nombre de 2500 en octobre 2008 ne devraient plus être qu’environ 1300 au terme de ce nouveau « plan de sauvegarde de l’emploi » (voir ci-dessous le Top 10 des « job killers » de la pharma en 2010)

« Ces chiffres traduisent les réorganisations mises en oeuvre par les entreprises du secteur pour sauvegarder leur compétitivité, dans un contexte de profonde mutation internationale, mais aussi pour préserver l’emploi, en anticipant sur les nouvelles compétences attendues », souligne de LEEM dans son analyse sur les évolutions en cours. De nouvelles restructurations devraient avoir lieu dans les deux prochaines années sur le territoire national, mais il n’est pas sûr que cette fois les sous-traitants de la branche, réunis au sein du Spis (1), soient en mesure d’absorber les usines en surnombre, faute de garantie suffisante sur les débouchés des produits confiés aux façonniers. Sauf à voir ces derniers s’emparer de la manne des productions de génériques entraînée par la perte de brevets des grandes molécules. Mais ici les laboratoires princeps, pour alimenter leurs propres unités de production et conserver des savoir-faire, pourraient contrarier la tendance et décider de fabriquer leurs propres génériques. Ce qui est déjà le cas dans les rangs de certaines big pharma, Pfizer en tête.

Paradoxe partagé par d’autres secteurs en ces temps de crise, la pharma peine à recruter dans certains métiers, en R&D – qui emploie près de 24 000 personnes – comme en production (maintenance industrielle, assurance qualité…), comme pour certains profils, par ailleurs très demandés (pharmaciens et médecins). Sans compter que la pharma n’échappe pas non plus au phénomène du vieillissement qui affecte l’ensemble de la société. « D’ici 2018, le secteur du médicament connaîtra près de 18 000 départs à la retraite (soit 17,5 % des effectifs) auxquels s’ajouteront plus de 23 000 départs (22 %) liés au turn-over naturel », commente encore le Leem. Ce mouvement devrait ainsi permettre à la branche d’alléger ses effectifs sans impact social notable.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Syndicat Professionnel des Industriels Sous-traitants de la Santé

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Classement des « job killers » de la pharma mondiale en 2010

Sur l’ensemble des dix groupes pharmaceutiques passés au crible par Pharmactua, l’année 2010 verra la suppression de 50 000 postes (contre 58.500 en 2009).

En tête AstraZeneca, avec 8 550 suppression de postes cette année, après des réductions d’effectifs de 7400 en 2009.

N° 2 du classement, Pfizer, avec 8480 suppressions d’emplois (19 500 en 2009 suite à la fusion avec Wyeth), surtout liées à la fermeture d’usines. La perte de brevet du Lipitor/Tahor devrait entraîner d’autres licenciements, notamment dans les rangs des VM.

N° 3, le britanique GSK qui a licencié 5200 personnes, principalement en Europe (dont la France, à Evreux) et aux Etats-Unis.

N°4, le Suisse Roche qui a éliminé 4800 postes, dont 2650 aux USA dans les forces de ventes et le marketing, et transféré 700 emplois chez des sous-traitants.

N°5, l’Allemand Bayer, avec 4500 emplois supprimés, dont 1700 en Allemagne même. Le groupe annonce en parallèle la création de 2500 emplois dans les pays émergents.

N°6, Abbott, avec 3000 suppressions de postes sur les deux prochaines années, suite au rachat du belge Solvay en février dernier.

Le champion français Sanofi-aventis est classé au 7ème rang, avec 2500 suppressions en 2010, dont 1700 aux USA.

N°8 du classement, le japonais Takeda, avec 2010 emplois supprimé en 2010, réponse anticipée à la perte du brevet de l’antidiabétique Actos aux USA.

N°9, un autre suisse, Novartis qui ne perd que 1400 emplois

Enfin, l’américain BMS a annoncé 840 suppressions d’emplois, après avoir diminué ses effectifs de 7000 en 2009. Explication : la perte de brevet de Plavix en 2012 aux USA.

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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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