Danemark : l’Etat Providence revu à la baisse

Danemark : l’Etat Providence revu à la baisse
juillet 19 11:25 2011 Imprimer l'article

Le gouvernement danois propose depuis quelques mois de réduire l’accès aux prestations sociales et à la santé aux étrangers qui viennent dans le pays. Le projet porté par le très libéral premier ministre Danois, en fonction depuis avril 2009, ne fait pas l’unanimité dans les rangs du gouvernement. Pour autant, des voix se sont élevées ici et là du côté de l’association nationale des gouvernements locaux du pays, pour aller plus loin encore dans la remise en cause de l’Etat Providence et restreindre l’accès à certaines prestations délivrées aux malades chroniques dits « favorisés ». Le moins disant sanitaire et social s’emparerait-il du Nord de l’Europe ?

« Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume du Danemark » ! L’encouragement lancé par Marcellus à Hamlet de ne pas céder aux sirènes d’un spectre sera-t-il suivi des mêmes effets sur le terrain plus contemporain de la protection sociale et du sort que le gouvernement danois entend faire aux étrangers présents sur son pays ? Des étrangers qui, aux yeux des libéraux en place, bénéficieraient des trop grandes largesses de son Etat Providence ! Le débat ouvert par le premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, a rebondi au printemps dernier, sans qu’une réponse définitive ne lui soit encore apporté.

Depuis cet été, le gouvernement danois a réintroduit les contrôles sur les personnes à ses frontières. La mesure entrée en vigueur le 5 juillet a irrité le ministre allemand de la Justice du Land de Hesse, Jürg-Uwe Hahn, au point d’en appeler ses compatriotes à changer leurs plans de vacances et se rendre en Pologne ou en Autriche plutôt qu’au Danemark. De son côté la Confédération danoise de l’industrie hôtelière et du tourisme, qui a enregistré de nombreuses annulations de réservations estivales, s’est opposée à ce plan de contrôle aux frontières du gouvernement libéral, a vu Karsten Dybvad, son directeur général estimer que « le Danemark ne peut pas avoir une base industrielle de dimension mondiale lorsque le pays envoie des signaux aussi terribles à l’extérieur. » « Le signal que le Danemark se ferme sur lui-même est dommageable pour les entreprises et leurs préoccupations doivent être prises au sérieux», explique Morten Østergaard, porte parole des sociaux libéraux. Ces mesures, saluées en France par le seul Front National, traduisent le nouveau climat social délétère qui se développe dans certains pays de l’Union Européenne, dont le Danemark, peuplé de 5,5 millions d’habitants, fait partie depuis 1973.

Conditions plus restrictives à l’Etat Providence

Ainsi, la monarchie constitutionnelle, pilotée au plan gouvernemental par Lars Løkke Rasmussen du parti Venstre (libéral), voudrait également barrer la route des soins aux nouveaux étrangers qui choisiraient de s’installer sur l’une des 400 îles que compte la péninsule, dont 82 sont réellement habitables. Le projet, en discussion au Parlement depuis l’hiver dernier, imposerait aux nouveaux immigrants de payer leurs soins pendant les quatre premières années de leur résidence au Danemark. « Les étrangers déménageant au Danemark devront ainsi gagner le droit aux services de protection sociale du pays », a fait savoir le gouvernement en place. Les modifications qui seront apportées aux prestations sont pilotées par le ministre de l’emploi, Inger Støjberg, qui a précisé en mars dernier dans la presse danoise : « Le temps est venu pour nous d’introduire des conditions plus restrictives dans l’admissibilité à notre protection sociale », ajoutant encore : «Il est important que les gens gagnent leurs avantages. Notre système actuel est vulnérable parce qu’il est trop facile de tirer profit du système.  » Les changements proposés entraîneront également pour les étrangers demeurant au Danemark une obligation de résidence de 40 à 45 ans avant de pouvoir être qualifiés pour une pension de base complète dans le cadre d’une retraite bien méritée. Le système des retraites est également dans la ligne de mire gouvernementale, qui dans le cadre du programme de réforme de la protection sociale pour 2020, propose d’éliminer progressivement la retraite anticipée et d’élever l’âge de la retraite générale à 67 ans. Ce alors même qu’en mai dernier, une majorité écrasante au Parlement a voté en faveur du maintien de son propre système spécial de pension pour les députés : ces derniers pourront toujours prendre leur retraite à 60 ans, même après une seule année d’activité au Parlement, tandis que les ministres peuvent de leur côté prendre leur retraite, avec une pension généreuse, dès l’âge de 62 ans.

Un rapport très controversé

Ainsi pas moins de 28 propositions présentées au Parlement danois visent à alléger le fardeau de la protection sociale. Mais elles ont toutes une cible privilégiée : les étrangers vivant au Danemark ! Une raison pour laquelle, le rapport initial a été largement maintenu secret. Le “Copenhagen Post” rapporte à son sujet que le gouvernement demeure divisé sur ses propositions, des articles de la presse politique danoise avançant que les projets peuvent être de nature à effrayer une main d’œuvre étrangère très instruite. La version danoise de cette « émigration choisie » pourrait ainsi ne pas tenir longtemps la route. Le Premier ministre Lars Løkke Rasmussen défend cependant ces propositions, malgré les déchirements que connaît son gouvernement. «Nous avons un très haut niveau de prospérité au Danemark que je tiens à garder, commente ce dernier. Mais nous serions mis au défi de le maintenir si les gens peuvent mettre un pied dans la porte et recevoir des prestations sans avoir d’abord contribué.»

Les 28 propositions du rapport gouvernemental mentionnent ainsi pèle mêle : l’assurance obligatoire de santé privés pour les étrangers durant leurs quatre premières années dans le pays; l’obligation pour les étrangers de payer les consultations des médecins durant leurs deux premières années d’installation; l’obligation de résidence requise pour les étrangers au Danemark de 40 à 45 ans pour avoir droit à une pension de base complète; un séjour au minimum depuis deux ans dans le pays pour bénéficier des subventions au logement; la réduction des prestations de garde d’enfants dans les deux premières années; le resserrement des règles concernant les bourses d’études pour les étrangers etc.

Soit, rapporte la presse danoise, un mouvement graduel d’abandon du modèle traditionnel de l’Etat Providence scandinave fondé sur l’impôt, pour le modèle « continental européen », dans lequel le paiement de prestations sociales est déterminé par l’appartenance du citoyen au marché du travail et au règlement de cotisations sociales. Si le principal allié du gouvernement, le Parti populaire danois (DF), a souhaité que la législation soit en place avant la pause estivale du Parlement, des réticences se manifestent cependant face à un plan d’économies qui n’en seront pas réellement. Car le simple fait de restreindre l’accès aux consultations médicales ou d’urgence à l’hôpital pour les seuls étrangers, n’entraînera au mieux que quelque 2,5 millions d’euros d’économies, soulignent les auteurs du rapport gouvernemental. Sans compter que des refus de paiement par les étrangers – et donc de traitements médicaux – pourraient conduire à des situations totalement inédites dans un pays où le niveau de protection sociale est à ce jour encore assez élevé. Enfin, la mesure de restrictions des allocations sociales de garde d’enfants pour les nouveaux étrangers durant leurs deux premières années d’installation ne ramènerait dans les caisses de l’Etat que 4 millions d’euros par an. Mais elle pourrait aussi entraîner des parents à ne pas travailler et aurait par là même un effet contre-productif dans le projet des immigrants de s’intégrer pleinement dans la société. Pour l’économiste Gunnar Viby Mogensen, un tel système aurait une incidence sur la capacité d’attirer au Danemark des travailleurs « bien éduqués », estimant par ailleurs que les mesures fiscales prises à l’encontre des professionnels étrangers ne constituent que « des solutions temporaires. »

« Faites ce que vous voulez, c’est votre pays, vos lois », commente à cet égard un étranger au journal The Copenhagen Post. Si vous voulez être le pays le plus homogène du monde, allez-y ! Nous, les étrangers, nous irons simplement chercher ailleurs. Mais s’il vous plaît ne comptez par sur le monde pour vous attendre. Les décisions politiques peuvent soulever ou condamner les générations futures. A vous de décider ! » La petite sirène de Copenhagen va devoir changer d’emploi !

Jean-Jacques Cristofari

Source : The Copenhagen Post

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