Claude Leicher quitte la présidence de MG France

Claude Leicher quitte la présidence de MG France
novembre 30 10:45 2017 Imprimer l'article

Après un quart de siècle passé dans les rangs du syndicat des généralistes, Claude Leicher quitte la présidence de MG France qu’il a assurée huit années durant. Il aura marqué cette dernière de son empreinte en fédérant une équipe structurée, en la dotant d’une vraie stratégie et de propositions pour la profession comme pour le système de santé, et surtout en négociant pour les médecins généralistes une convention qui leur assure de meilleures rémunérations et perspectives. Il laisse surtout à son successeur un dossier auquel il est très attaché : celui d’une structuration des soins primaires sur des territoires qui requièrent de nouvelles formes d’organisation des professionnels de santé.

Il aura 64 ans en décembre prochain. Le 2 du même mois, Claude Leicher ne renouvellera pas sa candidature au bureau de MG France qui tiendra à cette date son assemblée générale annuelle. Le généraliste drômois, installé à Etoile sur Rhône, près de Valence depuis 1984, passera la main à un membre de son équipe, préparé pour la circonstance à devenir le 5è président d’un syndicat porté sur ses fonds baptismaux en 1986, il y a 31 ans. Un temps seul dans un cabinet médical, qu’il aura construit de ses propres mains en déblayant 30 tonnes de terres en contrebas de sa maison familiale pour y installer des locaux professionnels de 60 m², il rejoindra par la suite les hauteurs de son village pour ouvrir en mai 2003 une maison de santé, aux côtés de trois médecins généralistes. Le groupe médical comprendra par la suite cinq médecins et quelques professionnels de santé, infirmier, dentiste, kiné, orthophoniste, podologue et diététicienne, qui s’engageront tous dans une démarche de maison de santé pluriprofessionnelle.

Claude Leicher sera des combats de la première heure de son syndicat, en s’intéressant en 1985 au Mouvement d’Action des Généralistes (MAG), lancé depuis Rodez par sa consoeur Nicole Renaud, qui portera l’année suivante la future Fédération française des médecins généralistes (FFMG) sur ses fonds baptismaux. Il investira la formation médicale continue aux côtés de son voisin Pierre Costes – qui deviendra président de MG France en 2000, à la suite de Richard Bouton – et lancera ses premières actions syndicales autour de la question du tiers payant. Rapidement il participe à la création de MG 26, antenne départementale du syndicat, qui bataillera un temps autour du thème des gardes et urgences et de la participation des médecins libéraux à la régulation de ces dernières. Déjà à l’époque, Claude Leicher a le souci d’améliorer le sort de ses confrères et au terme de 5 années de rencontres, rapports et discussions sur le sujet, il obtiendra avec MG Urgence une rémunération de garde avec un forfait d’astreinte.

Claude Leicher entre par la suite, en 1998, au bureau de MG France, sous la présidence de Richard Bouton, après avoir été élu au comité directeur du syndicat. Il y travaillera sur les dossiers des urgences, de l’option référent et de la nomenclature. Homme des chiffres, il investira la délégation syndicale qui participe aux négociations conventionnelles et sera le fournisseur en données statistiques du syndicat. Un positionnement qui convient au caractère de celui que le milieu politique n’intéresse guère à l’époque. Il rejoindra par la suite l’équipe de Pierre Costes avec lequel il travaillera six années durant. « Ce sera une période difficile », confie Claude Leicher. Car en 2004, le syndicat va perdre un de ses acquis les plus précieux, l’option médecin référent, dont les plus libéraux des praticiens, conduits par la CSMF, la FMF et le SML, ne veulent pas.

Cap sur les soins primaires

En décembre 2009,  l’assemblée générale du syndicat ne reconduit pas son président, Martial Olivier Koehret, en place depuis 2006, à la tête de MG France. La Fédération est alors au bord de l’implosion et vit depuis des mois une crise interne qui se soldera par un changement de gouvernance. Claude Leicher, opposant à Olivier Koehret, prend la suite, bien qu’il confie alors ne pas être attiré par le poste, qui génère de fortes responsabilités et qui l’éloigne surtout de son cabinet médical comme de sa famille. La décision sera donc prise avec son épouse, Françoise, médecin de PMI, qui va l’encourager à se lancer dans ce nouveau challenge. La suite se déclinera au fil des 8 années que Claude Leicher va passer à la tête du syndicat des généralistes. « MG France est le bras armé d’un positionnement de syndicat représentatif », souligne d’emblée celui qui veut privilégier une relation d’égal à égal avec les autres structures syndicales de médecins libéraux et qui réussira pleinement l’exercice. Après les temps d’une opposition frontale – l’ère de Richard Bouton – suivi de ceux de la cogestion avec l’assurance-maladie – l’ère de Pierre Costes – puis de la co construction législative – l’ère de Martial Olivier Koehret -, Claude Leicher veut inaugurer l’ère d’une nouvelle organisation des soins primaires, structurés dans les territoires et mieux rémunérés.  

Il veut surtout que les médecins généralistes aient leur vraie place dans un système de santé à bout de souffle. La chute drastique du numérus clausus au motif que la France compterait assez de médecins, a entraîné des failles dans le maillage de la couverture sanitaire du pays en soins primaires. Il faut donc à la fois redorer le blason de la médecine générale et redresser le différentiel, pour ne pas dire le fossé, existant entre les rémunérations des différentes spécialités. La médecine générale se paupérise avec les années et c’est la désertion des jeunes internes dans leur choix professionnel en faveur de la médecine générale. Les gouvernements qui se succèdent au fil des présidences plaident pour ce « pivot » du système de santé qu’est le généraliste. Mais le pivot restera le moins bien loti face à ses confrères des autres spécialités. Il faut donc redresser la barre et rapidement. Car les déserts médicaux se développent à grande allure. Claude Leicher engagera donc son syndicat pour la bataille de la rémunération et de la revalorisation des actes de médecine générale. « Nos revendications doivent être structurées et s’inscrire dans une stratégie globale fondamentalement immuable et clairement affichée », expliquera le président à ses troupes. 

A cet effet, il présentera à la ministre socialiste Marisol Touraine un manifeste sur les soins primaires, rédigé avec les membres de son bureau, en vue de la préparation de la stratégie Nationale de Santé et de la future loi de modernisation du système de santé que va porter cette dernière. Mais il souhaitera surtout clarifier la « marque » MG France, afin d’en permettre la meilleure identification possible dans le paysage médiatique. Ce qu’il réussira pleinement au fil des années avec des interventions démultipliées dans tous les supports de la presse contemporaine. Sous sa gouvernance, MG France organisera des colloques sur des thématiques fortes (inégalités sociales de santé, santé des femmes, santé de l’enfant, soins primaires), mobilisera les médecins généralistes dans des grèves et des manifestations, activera même un « front généraliste« , convaincu que la première bataille pour la reconnaissance du rôle et de la place des généralistes dans notre système de santé doit être celle de la communication. Il fera ainsi rénover son site Internet, publiera une lettre d’information bimensuelle et des journaux pour les élections aux Unions régionales des professions de santé (URPS) où son syndicat sortira en tête pour le collège des généralistes. Il aura également soutenu en permanence le dossier de la médecine générale à l’université en prônant l’augmentation des nominations d’enseignants de médecine générale titulaires ou associés.

Rétablir l’équité

Mais ce que veut surtout le président de MG France, c’est remettre les rémunérations des généralistes à niveau. « Il y a rupture dans l’égalité des rémunérations entre spécialités », plaidera inlassablement Claude Leicher. Il réclamera un tarif de la consultation de base du généraliste à 25 euros, à égalité avec celui de toutes les autres spécialités. « Une mesure de simple équité« , martèlera le syndicaliste en dénonçant ceux qui ont barré la route à celle-ci dans les négociations passées. Mais il réclamera surtout un nouveau modèle économique pour les généralistes en avançant la nécessité d’un « plan Marshall » pour la médecine générale, doté d’un investissement à la hauteur des enjeux de l’heure. La convention médicale que son syndicat signera en 2016 sera la première marche vers ce plan, que le gouvernement Hollande ne mettra pas en oeuvre dans sa loi de modernisation de la santé et qui attend désormais de l’être sous l’ère Macron. A un an de son départ, Claude Leicher aura permis à la médecine générale de rafler la mise, c’est à dire d’obtenir les trois quart de l’enveloppe supplémentaire de l’Assurance-maladie ( d’1,3 milliards d’euros) pour revaloriser les actes des médecins libéraux. Du jamais vu dans la longue histoire de la convention médicale où les syndicats pluricatégoriels de spécialistes ont toujours relégué les généralistes au 2è rang en se servant les premiers. La négociation conventionnelle aboutit ainsi en octobre 2016 à octroyer quelque 16 000 euros de plus par an à chaque généraliste à travers des hausses de tarifs des actes médicaux, dont divers forfaits.

Claude Leicher aura rempli la besace des généralistes avec succès et fait son job de syndicaliste en renflouant les caisses de la médecine générale. Mais celui que le Monde qualifie de « stratège d’une médecine pour tous » sait qu’il ne s’agit là que d’une étape de « rattrapage » et que les enjeux réels se situent dans la réorganisation du système de santé dans les territoires, où l’acteur central des soins primaires qu’est le généraliste a un rôle moteur à jouer. Il se rapprochera à cet effet des autres professionnels de santé pour créer avec ces derniers la Fédération des soins primaires.

Boite à idées

Le président de MG France rendra son mandat en ce mois de décembre avec la satisfaction du travail accompli. Il laissera à son successeur une maison en ordre de marche, un bureau national mobilisé et rajeuni – avec une parité hommes/femmes encore à construire – et surtout avec un corpus de projets et d’analyses bien fourni. « Nous avons apporté des solutions aux politiques », confiait-il il y a quelques mois. « MG France est une boite à idées. Tous les grands sujets qui concernent la médecine ambulatoire ont été portés par MG France ». Celui qui a, sous sa gouvernance, prôné avec succès « un syndicalisme de propositions et de recherche de consensus », aura creusé de nouveaux sillons pour son syndicat comme pour le système de santé en général.

En 2011, soit six ans avant l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence, Claude Leicher suggérait déjà un changement radical dans le mode de financement de la Sécu. « Depuis 25 ans en France, les différents gouvernements font de façon délibérée ce que j’appelle une gestion par le déficit qui sert de justification au refus d’investir, y compris dans des domaines reconnus comme utiles, les soins primaires. Mais le problème du déficit de l’assurance maladie est un symptôme; ce n’est pas la vraie maladie de notre système de santé. Car il pourrait être réglé en augmentant le taux de la Contribution sociale généralisée. » C’est chose faite depuis peu. Désormais le président sortant pourra continuer à alimenter de l’extérieur ses réflexions de « stratège ».

Jean-Jacques Cristofari 

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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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