Claude Leicher (MG France) : « Le gouvernement doit se donner les moyens de sa stratégie de santé »

Claude Leicher (MG France) : « Le gouvernement doit se donner les moyens de sa stratégie de santé »
novembre 19 13:59 2013 Imprimer l'article

Claude Leicher, généraliste dans la Drôme, préside le syndicat des généralistes MG France, qui tient cette semaine son congrès à Marseille. La manifestation, pour laquelle la ministre de la Santé devrait faire le déplacement, constitue un des temps forts d’un syndicat qui attend beaucoup de la Stratégie nationale de Santé présentée par le gouvernement en septembre dernier. 300 généralistes sont attendus à Marseille.

Vous organisez les 22 et 23 novembre à Marseille le 6ème congrès des médecins généralistes. Quel est votre objectif à travers cette manifestation ?

Mg France organise des congrès tous les quatre ans. Le dernier congrès était à Lille. Il s’agit à Marseille d’un congrès où nous invitons, au  delà des adhérents de MG France, l’ensemble des médecins généralistes, à venir parler de leur métier, de leurs problèmes, de la modernisation de cet exercice qui est aujourd’hui de toute évidence nécessaire, et qui, de plus, est demandée par le gouvernement.

Quels sont les principaux axes choisis ?

Nous avons choisi de débattre de la modernisation du métier, des nouveaux outils disponibles à cet effet, et des conditions d’évolution de notre exercice, notamment l’exercice pluri professionnel, que nous faisons déjà, mais qui n’est pas formalisé et surtout qui n’est pas rémunéré. Un autre thème sera débattu : le modèle économique dans lequel peut s’inscrire l’exercice de la médecine générale. Nous sommes des médecins libéraux. Nous revendiquons ce libéralisme. Notre rémunération est basée sur les actes. Mais nous faisons monter progressivement d’autres types de rémunération, notamment au forfait, parce que 25 % du temps de travail des médecins généralistes n’est pas rémunéré. Cela nous met en grande difficulté. Nous souhaitons également  que cette modernisation s’accompagne d’un recentrage sur notre cœur de métier, qui est, non seulement de soigner les malades, mais aussi d’assurer une prise en charge préventive des patients, de proposer l’éducation à la santé et du dépistage. Soit autant de tâches qui doivent revenir au centre de notre métier et qui sont des enjeux de santé publique très importants.

Votre mot d’ordre est : « Les MG revendiquent d’organiser les soins primaires ». Qu’entendez-vous par là ?

La terminologie internationale parle de « soins de santé primaires ». Il s’agit d’un premier niveau d’accès aux soins pour la population, mais aussi du dépistage, de la prévention, de l’éducation à la santé. Le terme de « premier recours » qui est dans la loi française est de plus en plus galvaudé parce que nombre de professionnels de santé réclament d’être reconnus comme des professionnels du premier recours. Nous préférons parler des « soins de santé primaires » parce que dans tous les pays se développe un recentrage des soins sur la proximité, sur l’ambulatoire, autour du médecin généraliste, qui en France a la fonction de médecin traitant. Les soins de santé primaires, c’est le travail en équipe autour du médecin généraliste.

Quelle est la place du généraliste traitant aujourd’hui en France ?

Il occupe une place centrale. La loi de 2004 prévoit que chaque français choisit un médecin traitant. Les Français ont massivement choisi un médecin généraliste comme médecin traitant. Il organise le parcours de soin du patient, le conseille sur les examens à faire, sur les avis à recueillir, pour bien utiliser les moyens importants et coûteux que met à disposition notre système de soin. Les bons intervenants au bon moment pour le bon patient, c’est le gage de la bonne utilisation des ressources collectives que nous offre l’assurance maladie, qui est solidaire, qui mutualise le risque maladie.

Peut-on se comparer à nos pays voisins européens en termes d’organisation ?

Nous sommes en retard par rapport aux pays nordiques, qui ont de meilleurs résultats de santé que les Français, et qui disposent de systèmes de santé qui coûtent moins cher. Nous ne sommes pas en retard par rapport à d’autres pays moins aisés que la France, comme les pays du Sud. La France est dans une position intermédiaire, elle se caractérise par une mauvaise utilisation de ses ressources. Notre système de santé coûte beaucoup plus cher que celui des pays nordiques, par exemple. Nous devons rattraper ce retard. La stratégie nationale de santé que nous propose Marisol Touraine nous permettrait de corriger ce retard. Cependant nous ne voyons pas dans le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2013 se dessiner les moyens financiers nécessaires à cette réorganisation. Nous disons clairement au gouvernement qu’il doit se donner les moyens de réussir à mettre en place la stratégie nationale de santé. Avec cette dernière, la France se décide à faire ce que font les autres pays depuis longtemps : donner la priorité aux soins en ambulatoire, en proximité, avec des objectifs de santé publique qui, petit à petit, vont devenir des objectifs pour notre profession.

Avec quels moyens ?

Il faut donner aux généralistes la capacité de répondre aux demandes de soins et de santé de la population. Ils sont parasités par des tâches qui ne sont pas les leurs. Nous devons nous recentrer sur notre cœur de métier. Nous avons également besoin que les tâches que nous réalisons ne soient pas cantonnées au bénévolat. Nous avons besoin de dire aux jeunes que ce métier est intéressant, mais qu’il sera rémunéré pour la totalité des fonctions qui lui sont demandées. Dans le PLFSS devrait apparaître un plan d’investissement pour la médecine générale, comme les gouvernements successifs le font régulièrement pour les hôpitaux. Il faut formaliser une visibilité pluriannuelle sur la réorientation des soins de santé.

Qui avez-vous invité à participer aux travaux de votre congrès ?

Pour ce congrès nous avons interrogé le gouvernement, qui sera présent, avec Marisol Touraine qui sera là vendredi après midi. Il y aura aussi l’ensemble des responsables des institutions de santé, avec M. Van Roekeghem, directeur de l’Union nationale des caisses d’assurance-maladie, Le Pr Jean-Luc Harousseau, président de la Haute-Autorité de Santé, Mme Bernadette Devictor , présidente de la conférence nationale de santé, qui est également membres du CISS, la Mutualité avec Jean Martin Cohen Solal, le nouveau président du conseil de l’Ordre des Médecins, le Dr Dr  Patrick Bouet, qui est médecin généraliste, et comme grand témoin, le Pr. Emmanuel Hirsch, responsable du pôle santé publique et éthique à l’APHP à Paris, qui conclura le congrès. De nombreux responsables des mondes associatif, hospitalier ou syndical sont également invités à notre congrès

Pouvez-vous me citer une action particulière que vous allez présenter lors de ce congrès ?

Je peux citer une nouveauté qui n’en est pas tout à fait une parce que nous y travaillons depuis quelques années : le travail en équipe. Il doit permettre de se recentrer sur les décisions à prendre sur un parcours de soin. La collaboration médecin généraliste infirmière pour la prise en charge des maladies chroniques (le réseau Azalée) est une valorisation importante du travail de l’infirmière qui devient une infirmière clinicienne et permet au médecin généraliste de se recentrer sur l’analyse des dossiers, sur la stratégie de prise en charge. Cette réalisation a montré qu’elle entraîne, par exemple, moins d’hospitalisations, moins de complications chez les patients diabétiques ; donc une meilleure utilisation des ressources de l’assurance maladie, un meilleur bénéfice pour les patients qui sont mieux soignés, et une espérance de vie sans handicap qui est nettement améliorée. Avec le recul d’une dizaine d’années, l’évaluation faite a été favorable. Il s’agit d’une valorisation de la coopération entre professionnels. Ce « prototype » doit être mis à disposition des médecins et infirmières qui souhaiteraient travailler de cette façon.

Nous sommes dans un congrès de la modernisation de la médecine générale, à la fois du contenu et de la forme de l’exercice ainsi que des éléments de sa rémunération. Pour MG France, l’élément économique est l’élément central, parce que nous somme des médecins libéraux. Il est temps que les pouvoirs publics comprennent que le socle d’un système de santé, ce n’est pas l’hôpital. Le socle c’est la médecine générale, ce sont les soins primaires, et si on veut faire un bon usage de l’hôpital comme le répète Marisol Touraine, on ne peut pas l’envisager sans une très bonne organisation de l’ambulatoire, de la proximité. On sait depuis la fin des années 1990 que la performance d’un système de santé dépend d’abord et avant tout de l’organisation des soins primaires. C’est notre culture depuis toujours à MG France. Les moyens qu’il faut donner à la médecine générale, constituent le sujet central. Derrière tout cela, MG France a fait de très nombreuses propositions, dont travail en équipes organisées. Cette vision de l’avenir permet aux jeunes de se retrouver autour de MG France parce qu’ils perçoivent bien que la modernisation de l’exercice qu’ils souhaitent est portée par notre syndicat.

Propos recueillis par Jean-Jacques Cristofari

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Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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