2011, une année pour les patients

octobre 05 22:23 2010 Imprimer l'article

Les patients et leurs associations seront en 2011 au centre de toutes les attentions gouvernementales. Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, l’avait promis à Marseille à Christian Saout, président du Collectif Interassociatif pour la Santé (CISS) lors de ses 1ères Assises. C’est fait depuis cette semaine ! 2011 sera bien « l’année des patients et de leurs droits ».

Il y avait urgence à revenir sur la voie ouverte sinon partiellement tracée par la précédente loi de 2002, dite Kouchner (le ministre des Affaires étrangères était alors en charge de la Santé), relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Ce d’autant que les malades n’ont pas toujours effectivement réussi à imposer les droits que leur confère la loi de 2002 et qu’ils sont loin de pouvoir siéger dans toutes les instances sanitaires qui devaient pourtant leur être ouvertes. La délicate entrée en application de l’Education thérapeutique du patient (ETP), qui dispose avec la récente loi Hôpitaux, patients, santé, territoire (HPST) d’un réel support légal, sans être toutefois dotée de vrais leviers financiers, pourrait être facilitée par ce signe de reconnaissance donné aux malades et à leurs représentants associatifs. Encore faudra-t-il que le très influent président du CISS, par ailleurs président de la Conférence nationale de Santé publique – dont on attend toujours de connaître l’état d’avancement des travaux -, sache engager à ses côtés des associations de patients de plus en plus irritées par le désengagement de la Sécurité sociale, dont la conséquence la plus palpable est l’accroissement continu des restes à charges des assurés sociaux.

Pour l’immédiat, la ministre de la Santé, qui vient d’entrer dans la période très agitée de préparation de la loi de financement de la Sécu pour 2011, sait aussi qu’elle devra éteindre sinon contenir le brûlot de la contestation et du mécontentement dans les rangs des malades qui sont aussi des assurés sociaux. Les débats sur la retraite ont pour l’instant déplacé les projecteurs du côté du ministère du Travail, où l’ancien ministre du Budget, Eric Woerth, a fort à faire pour tenter d’apaiser la grogne syndicale et sociale montante. Mais une convergence des revendications associées à l’épineuse question des retraites avec celles qui découlent de la « privatisation rampante » de l’assurance-maladie – au bénéfice des mutuelles – pourrait rapidement remettre l’ensemble du dossier de la Sécu au centre de l’actualité sociale.

Trois axes de réflexion

Reste que pour le moment, Roselyne Bachelot entend bien « défendre les droits des patients, leur garantir une prise en charge respectueuse de leur singularité, et mieux prendre en considération les nouvelles attentes des citoyens vis-à-vis de leur santé ». Trois axes de travail et de réflexion seront privilégiés pour cette future année des patients et de leurs droits : « Faire vivre les droits des patients » ; « La bientraitance à l’hôpital » ; « Les nouvelles attentes du citoyen, acteur de santé ».

Laure Albertini, responsable du pôle démocratie sanitaire à l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France et Alain-Michel Ceretti, conseiller santé du médiateur de la République, et ancien président du LIEN, auront pour charge d’animer la première plateforme de travail, plus particulièrement centrée sur la question de l’information du patient, la prise en considération des personnes les plus vulnérables dans la connaissance et l’accès au droit et enfin sur les moyens mis à disposition des usagers et de leurs représentants. Michelle Bressand, conseillère générale des établissements de santé, Martine Chriqui-Reinecke, psychosociologue et Michel Schmitt, médecin radiologue, auront à travailler sur les facteurs de bientraitance à l’hôpital (notamment lors des moments clés de l’hospitalisation : l’accueil du patient et de ses proches, l’assistance dans certains besoins fondamentaux tels que la toilette ou repas, l’annonce d’une mauvaise nouvelle, le soin invasif etc.). Leur mission devra établir des propositions qui seront soumises à discussion lors de six débats en région, partout en France, au premier semestre 2011. Car l’hôpital, objet d’une reconfiguration de vaste ampleur qui découle de la loi HPST, risque surtout de faire les frais d’une rigueur budgétaire accrue qui ne sera pas sans effet sur la qualité des soins prodigués aux malades.

Patients, acteurs

Enfin, la mission sur les « nouvelles attentes du citoyen, acteur de santé », sera confiée à Joëlle Kivits, sociologue, Emmanuel Hirsch, directeur de l’Espace éthique de l’AP-HP et Nicolas Brun, chargé de mission à l’Union nationale des associations familiales (UNAF) et président d’honneur du CISS. Car le patient, invité à être « acteur de sa santé » a des exigences nouvelles, se nourrit d’informations puisées dans tous les canaux possibles de la communication contemporaine, à commencer par Internet, vit les coopérations nouvelles entre professionnels de santé, est invité à s’engager sur les voies vertueuses de l’éducation thérapeutique. En un mot, objet de soins hier, il entend être un sujet très actif de son propre parcours de soins. Une responsabilisation qui n’est pas que financière, mais qui l’engage dans une trajectoire de santé qui ne doit pas nécessairement l’enfermer dans l’impasse de la maladie chronique. Car l’horizon de la Sécu est sérieusement borné à celui des 20 millions de malades chroniques dont le poids pèsera jusqu’à 70 % des dépenses de santé dans un proche avenir. Aussi redonner une vraie place aux patients, valoriser leurs droits pour mieux les responsabiliser, et pas seulement les ponctionner, peut sembler être la seule issue possible dans un système de santé de plus en plus contraint du point de vue budgétaire. Christian Saout, président du collectif interassociatif sur la santé (CISS) et Christine d’Autume, inspectrice générale des affaires sociales, apporteront leur pierre à ce bel édifice à construire dès l’an prochain autour de la présidence de Marina Carrère d’Encausse. On peut comprendre que la célèbre journaliste, médecin exerçant sur France 5, ait été appelée pour bien relayer une opération somme toute surtout médiatique. Car les élections de 2012 approchent. Reste à espérer que les associations de malades sauront utiliser cette formidable tribune pour rappeler qu’elles sont d’abord des acteurs dans notre système de soins. Et certainement pas de simples figurants. La « démocratie sanitaire » souhaitée par le CISS ne saurait se réduire à un jeu de rôle. Rendez vous fin janvier pour le colloque d’ouverture de « l’année des patients » !

Jean-Jacques Cristofari

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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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