Santé : les médecins libéraux sont impatients

Santé : les médecins libéraux sont impatients
juin 05 18:25 2017 Imprimer l'article

La nouvelle ministre de la Santé et des Affaires sociales a reçu récemment les représentants des médecins libéraux. Ces derniers ont de fortes demandes. Mais il leur faudra sans doute attendre la rentrée pour connaitre les pistes que pourra emprunter la ministre à l’aune du futur Projet loi de financement de la Sécu pour 2018. A la veille des législatives, les syndicats médicaux ont, par avance, présenté leurs cahiers de doléances. L’Assurance-maladie, de son côté, vient de dresser le tableau des problèmes auxquels les professionnels de santé devront faire face.

Les Français vieillissent et vivent de plus en plus longtemps avec leurs maladies chroniques. Ils sont désormais 26 millions dans ce cas à bénéficier de soins liés à des pathologies chroniques et de traitements médicamenteux spécifiques au long cours sur les 57 millions de bénéficiaires du régime général. En quatre ans, vient de faire savoir la Caisse nationale d’Assurance-maladie, le montant de la prise en charge de la population a augmenté de 10,2 milliards d’euros pour atteindre 133,6 milliards en 2015. Les hospitalisations augmentent également, confirmant les grandes tendances observées depuis 2012 et qui se renouvellent en 2015. Cette hausse du nombre des hospitalisations, qui s’explique par le vieillissement de la population, en fait le premier poste de dépenses (30,7 milliards d’euros), note la CNAMTS. Plus de 7 millions de personnes atteintes de troubles mentaux de tous ordres occasionnent des dépenses de l’ordre de 19,3 milliards d’euros, en hausse de +2,3 % en moyenne chaque année entre 2012 et 2015, et le nombre de personnes atteintes de maladies psychiatriques devrait augmenter de 11 % d’ici 2020 (soit 246 100 patients en plus). Les cancers coûtent de leur côté 14,1 milliards d’euros en 2015 pour une population de 2,5 millions de malades. Entre 2012 et 2015, ces dépenses ont augmenté en moyenne de 4 % par an, principalement en raison de nouveaux médicaments, précise l’étude de l’Assurance-maladie qui rembourse environ 11 400 euros par an et par patient. l’analyse assez fine établie par la CNAMTS fait surtout ressortir que d’ici à 2020, 548 000 personnes de plus qu’en 2015 devraient être atteintes d’au moins une pathologie chronique ou être concernées par un traitement au long cours. Le nombre de personnes traitées pour du diabète augmenterait de 12 % entre 2015 et 2020, date à laquelle plus de 4 millions de malades seraient touchés. « La tension persiste sur le système de santé », note dans ce registre le Pr Luc Barret, médecin conseil national de l’Assurance maladie. Reste que l’Objectif national de dépenses d’assurance-maladie, maintenu sous la barre des 2 % ne permet plus de faire face à ce qui s’annonce comme une nouvelle explosion des dépenses de santé.

« Mauvais signal »

Chargée de la mise en œuvre de la politique de santé « dans les domaines de la solidarité, de la cohésion sociale, de la santé publique et de l’organisation du système de santé », le Pr Agnès Buzyn a rencontré début juin les représentants des médecins libéraux. Dès sa nomination à la Santé, la principale organisation de praticiens, la CSMF, a donné le ton : « sans faire de procès d’intention », la centrale dirigée par le Dr Jean-Paul Ortiz, évoque la nomination d’Agnès Buzyn comme « un mauvais signal pour la médecine libérale ». Cette dernière « connaît peu les problématiques de la médecine de ville » estime son président. A la sortie de sa rencontre avec la ministre, le Dr Ortiz invite cette dernière à traduire le virage ambulatoire dans les faits :  » La détermination et la répartition du prochain ONDAM sera un indicateur fondamental de la volonté d’orienter le système de santé sur des soins de proximité et de qualité« , souligne ce dernier qui demande « des dispositions pour favoriser le regroupement des médecins, tant pour les généralistes que pour les spécialistes ». Il attend surtout que le nouveau gouvernement revoie la copie de la convention signée en août 2016 entre les caisses maladie et les syndicats médicaux, afin de « valoriser l’exercice de tous les médecins, quels que soient la spécialité et le secteur d’exercice, et donc de mettre fin aux iniquités actuelles. »

« Investir dans les soins primaires »

Un propos qui ne peut que satisfaire le président de MG France, le Dr Claude Leicher, qui a, dans un passé récent, fait de la recherche de l’équité tarifaire entre médecins des différentes spécialités sont cheval de bataille. « Le nouveau gouvernement et la nouvelle ministre de la santé sont au pied du mur », souligne le président du syndicat des généraliste qui estime que pour répondre au problème des déserts médicaux, « les décisions à prendre doivent intervenir dès le début du quinquennat ». « De la détermination du nouveau gouvernement dépendra l’amélioration de cette situation préoccupante pour la santé publique », note Claude Leicher qui invite le gouvernement à « investir rapidement et de façon importante dans la médecine générale et dans les soins primaires. » « L’exercice regroupé en équipe de soins primaires est plébiscité par les jeunes générations de médecins, note encore ce dernier. Mais ils doivent être assurés de la détermination du gouvernement à faire évoluer notre système de santé à partir des soins primaires. » Le leit motiv du syndicat des généralistes ne varient pas depuis plusieurs années. Pour rendre la médecine générale attractive aux yeux des jeunes générations qui ont à faire le choix de leur future spécialité, il faut mettre au pot. A commencer par octroyer aux médecins un « forfait structure », qui leur permette de disposer d’un secrétariat et d’un assistant médical. « Libérer du temps médical est le seul moyen existant pour répondre aux demandes des patients qui n’ont pas trouvé de médecin traitant « , martèle Claude Leicher qui souhaite également  la création de nouveaux modes de rémunération (NMR) liés aux territoires en vue d’accompagner le développement d’organisations territoriales, centrées sur les actions initiées par les acteurs de terrain. « Le chantier qui attend le ministère est immense, conclut le président de MG France qui « jugera de sa détermination lors du PLFSS qui devra créer un fonds d’investissement dédié aux soins primaires. » Un fonds qu’il a par avance estimé à quelque 5 milliards d’euros !

Reste que la ministre de la Santé n’a pas réellement les mains libres pour faire des chèques. Elle devra préparer la future la loi de financement de la sécurité sociale avec Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, qui est, selon sa feuille de route  » responsable de l’équilibre général des comptes sociaux et des mesures de financement de la protection sociale ». L’une – Agnès Buzyn – recevra donc les cahiers de doléances des acteurs de la santé et présentera la note. L’autre – Gérald Darmanin – ne manquera pas de lui expliquer qu’en l’état actuel des finances publiques, pour réaliser des miracles, il faudra des délais ! Les professionnels de santé seront-ils capables de présenter à nouveau un front uni comme cela a été le cas en mars 2015 ? Les convergences existent sur bien des points. Des divergences subsistent, notamment sur la question du tiers payant généralisé. Les résultats des législatives devraient rapidement nous éclairer sur la feuille de route des uns et des autres.

Jean-Jacques Cristofari
 

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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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