Congrès INSNAR-IMG : Ce que veulent les futurs généralistes

Congrès INSNAR-IMG : Ce que veulent les futurs généralistes
janvier 21 12:24 2013 Imprimer l'article

Le 14ème congrès national des internes de médecine générale (ISNAR-IMG) a réuni à Tours, les 18 et 19 janvier, plus de 700 participants venus de toute la France. Au menu de la rencontre :  » de l’homme au médecin, du médecin à l’homme ». Les futurs généralistes ont fait part de leurs attentes sur leurs conditions de travail d’aujourd’hui et de demain en présentant les résultats d’une enquête sur « les souhaits d’exercice des internes de médecine générale ».

Le congrès de Tours de l’ISNAR-IMG n’a pas été celui de la fondation, mais plutôt celui de la construction et de la projection. Placé sous le thème « de l’homme au médecin, du médecin à l’homme », il a été l’occasion d’entendre des témoignages d’internes qui ont su préserver leur vie privée, leurs passions et hobbies, malgré le temps qui leur est demandé pour mener de front études et formation. Pas d’animosité chez ceux qui avaient manifesté en 2007 pour préserver leur liberté d’installation : « La grève est un dernier recours, nous privilégions le dialogue ! », ont-ils fait savoir. Les organisateurs du congrès sont des étudiants qui préfèrent la discussion à la confrontation. « On est à l’âge où l’on pense à fonder une famille… » C’est pour cela aussi qu’ils ne transigent pas avec l’application du repos de sécurité. Ils ne se sont pas associés à la querelle sur les dépassements d’honoraires : « ce n’est pas de notre compétence », disent-ils sans faux-semblant. Ils sont prêts à s’engager contre la désertification médicale, mais : «  il ne faut pas créer de coquilles vides pour faire plaisir aux élus ».  Ils pensent que l’on connaît actuellement, après l’exode rural, un « exode urbain » qualifié par eux de « mouvement de génération »  pour privilégier une qualité de vie qui passe par l’existence de services comme la poste, une épicerie…Autant de services que l’Etat se doit de préserver pour maintenir une vie dans le monde rural et semi-rural pour les habitants et… les futurs médecins.

Prêts à s’installer en zone rurale

Les futurs généralistes réunis à Tours ont également fait le point sur leurs conditions de travail lors d’un atelier sous le thème « Encore étudiant et déjà professionnel », et réclament notamment l’application d’un texte de loi – insuffisamment appliqué – sur les repos de sécurité et qui stipule qu’après une garde de nuit (24 heures de travail d’affilée), l’interne doit être libéré de toute activité pendant 12 heures. Le temps de travail d’un interne est de l’ordre de 60 heures par semaine et il faut y rajouter le temps de formation. L’interne a pour particularité d’être encore étudiant et d’avoir à endosser des responsabilités médicales. La dernière grève des internes remonte à 2007 pour défendre la liberté d’installation, mais ils souhaitent désormais privilégier la concertation et le dialogue avec les institutions : « Le nouveau gouvernement  donne l’impression de vouloir travailler avec nous en proposant des mesures incitatives. » expliquent les organisatrices, Tiffany Bonnet (photo) présidente du GRACE-IMG, et Isabelle Ettori Ajessse (photo), trésorière.

Les internes veulent par ailleurs réaliser 100 % de stages ambulatoires en médecine générale. Ils soutiennent le certificat d’engagement au service public, qui permet à l’Etat (par le biais de l’Agence Régionale de Santé) de verser un salaire  (de l’ordre de 1200 euros par mois sur la durée des études) au médecin en formation, sous la condition qu’il s’engage ensuite à s’installer dans une zone médicale fragilisée pendant une durée égale à celle durant laquelle il a été subventionné (avec un minimum de 2 ans) .

Un guichet unique à l’installation

Selon l’enquête qu’a menée l’ISNAR-IMG auprès des étudiants (voir ci-après) : 80 % des internes sont prêts à s’installer en zone rurale ou semi-rurale, mais ils veulent que les services de proximité (école, poste, pharmacie… ) soient maintenus près de leur cabinet médical. « On assiste à une forme d’exode urbain, un véritable mouvement de génération à la recherche d’une qualité de vie loin des centres urbain ». Problème également soulevé par les internes : leurs études ne consacrent pas suffisamment de temps à l’apprentissage de la gestion d’un cabinet médical. Dans le prolongement, ils souhaitent l’instauration d’un guichet unique à l’installation pour faire face « à la montagne administrative » avant de s’installer. Enfin, les congressistes ont beaucoup échangé sur leurs difficultés de mener de front vie privée et vie professionnelle à l’âge où ils ont envie de fonder une famille.

Marisol Touraine (photo), ministre de la Santé, et ex-députée tourangelle

, a assisté à la conclusion des travaux assurant les internes de son écoute bienveillante sur des questions évoquées. Elle a annoncé que dans chaque ARS de l’Hexagone (26 au total) il y aurait, à compter du 1er février 2013, un interlocuteur unique, un « référent d’installation » pour présenter aux internes les dispositifs d’aide à l’installation. Elle s’est aussi engagée à faire respecter la loi sur le temps de travail des internes et notamment le repos de sécurité, précisant que le respect de ce repos devait s’imposer en ville comme à l’hôpital.

Patrick Le Bars (Tours)

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Enquête INSNAR-IMG : les futurs généralistes veulent préserver une vie de famille :

80 % déclarent vouloir exercer dans leur région d’internat.

Le 14ème congrès national des internes de médecine générale a évoqué les résultats d’une enquête sur « les souhaits d’exercice des internes de médecine générale », enquête qui a été une base de discussion pour la rencontre.

Près de 2000 internes ont répondu à l’enquête diligentée par l’ISNAR-IMG, présidé par Emmanuel Bagourd. 84 % des internes ont fait un choix positif pour la médecine générale. Ils sont donc motivés pour exercer leur futur métier et conscients des enjeux liés au problème de la démographie médicale. Seulement 12 % des internes déclarent ne pas vouloir exercer en zone déficitaire. Si  un soutien leur était proposé pour exercer dans ces zones fragilisées la majorité des internes (69,5 %) souhaiterait bénéficier d’une aide financière et logistique à la création d’une maison de santé pluridisciplinaire ou d’un cabinet de groupe. Et 86,6 % des jeunes internes en médecine générale estiment qu’un secrétariat doit absolument êtrer présent dans la structure où ils exerceront.

Ils veulent des services de proximité

Quant à leur mobilité près de 80 % d’entre eux déclarent vouloir exercer dans leur région d’internat. La proportion région par région ne semble pas mettre en évidence la dichotomie Nord / Sud : 90 % des inégalités de répartition des médecins généralistes libéraux s’observent entre les bassins de vie d’une même région et seulement 10 % des inégalités se situent entre les régions. Ce qui devrait inciter à traiter d’abord les zones à faible démographie médicale à l’échelle de chaque région.

Par ailleurs, 87,8% des internes ne seraient pas opposés à s’installer dans une zone déficitaire, mais pas à n’importe quel prix (notons que 95,2% des internes déclarent ne pas connaître les aides à l’installation qui existent dans leur région). Les internes attendent la présence de certains équipements et services de proximité : d’abord une école (70 %) puis une épicerie (61 % pour les femmes, 68,7 % pour les hommes) et dans l’ordre suivant une poste, une station service, une banque, des pompiers  et enfin la police (environ 30 %). Un certain nombre de structures sanitaires près de leur lieu d’exercice leur semblent indispensable  : un laboratoire d’analyses médicales, une pharmacie, des paramédicaux libéraux (kinés, IDE, Orthophoniste, etc.) et un cabinet de radiologie avec échographie (pour 89 % d’entre eux.)  Enfin, les internes ne réclament pas les 35 heures, bien au contraire : ils envisagent de travailler en moyenne  plus de 41 h pour les femmes et plus de 46 heures pour les hommes.

(1) Enquète disponible auprès de ISNAR-IMG – InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale – 286 rue Vendôme 69003 LYON

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1 commentaire

  1. moultipasss
    mars 20, 17:58 #1 moultipasss

    De sympathiques internes qui semblent ignorer que le prix de la consultation est inférieur au tarif du pédicure/podologue( 23 vs 26 euros) …
    Que le tarif de leur visite est inférieur au forfait de déplacement seul d’un artisan quel qu’il soit …
    Que la cotisation mensuelle de retraite vient d’augmenter de plus de 150 euros par mois cette année…

    Il serait temps de penser un peu à une rémunération décente des médecins généralistes ou bien les cabinets médicaux fermeront les uns après les autres et les urgences deviendront le premier médecin traitant de France (si ce n’est déjà le cas)!!!

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