Sanofi objet de toutes les attentions et faveurs

Sanofi objet de toutes les attentions et faveurs
juin 27 16:35 2020 Imprimer l'article

Le groupe français est cette semaine l’objet de polémiques dues à son annonce de se séparer de 1000 personnes en France, après avoir reçu à Lyon le président de la République, qui a promis 200 millions d’euros d’aides au champion français. En parallèle, Sanofi, en compétition avec Johnson&Johnson, mise sur une autorisation de mise sur le marche d’un candidat vaccin pour le 1er semestre.

Sanofi déclare cette semaine prévoir l’approbation potentielle d’un vaccin COVID-19, développé conjointement avec GlaxoSmithKline, pour le premier semestre de l’année prochaine. La course de vitesse est ainsi engagée avec J&J qui s’active sur le même sujet. Car au bout de cette route difficile se profilent les perspectives de fournir un marché de quelque milliards d’individus en attente de traitement. Sanofi se dit confiant dans sa capacité à fabriquer un milliard de dose par an, dont une partie a, par avance, été promise aux Etats-Unis. Paul Hudson, le dg du groupe, a suggéré, lors d’un point presse en amont d’une journée dédiée aux investisseurs, le 23 juin, que la probabilité de succès du vaccin de Sanofi est « plus élevée que quiconque« . « Nous sommes un peu plus lents [que les concurrents] mais nous sommes plus susceptibles de réussir« , a ajouté ce dernier.

Ses équipes travaillent pour l’heure au développement de deux vaccins pour lutter contre le Covid-19, attendus pour 2021. L’un, développé avec le britannique GSK, utilise la technologie dite de l’ADN recombinant, déjà utilisée pour un vaccin antigrippal. Il devrait faire l’objet d’essais cliniques en septembre et être disponible au premier semestre de 2021, soit six mois plus tôt qu’annoncé initialement. Sur ces concurrents, Hudson s’est montré incisif et mordant : « Nous sommes le seul vaccin dans la course qui offre une plateforme prouvée, qui fonctionne à grande échelle« .  » Il y a des entreprises qui évoluent plus rapidement, mais soyons clairs. La vitesse a trois inconvénients … elles utilisent le travail existant, dans de nombreux cas pour le SRAS; il est probable qu’il ne soit pas aussi efficace; et il n’y a aucune garantie sur l’approvisionnement en gros volumes« , ajoute le Dg. En d’autres termes, nous seront sur la ligne d’arrivée avant les autres !

En plus de ce 1er vaccin, dont la mise au point se fait en partenariat avec GlaxoSmithKline, Sanofi collabore également avec Translate Bio sur un autre vaccin à ARN messager contre le COVID-19. Le Français a déclaré qu’il prévoyait de démarrer une étude de phase I d’un vaccin candidat pour l’ARNm d’ici la fin de l’année, avec une approbation possible, en cas de données positives, au plus tôt au cours du second semestre 2021.

1 680 emplois supprimés en Europe

Reste que la même semaine, le groupe pharmaceutique français a annoncé son intention de supprimer jusqu’à 1 680 postes en Europe, « afin de réduire ses coûts et augmenter ses profits« , comme le note l’agence Reuters. Sanofi emploie plus de 100.000 personnes à travers le monde, et ces suppressions d’emplois s’étaleraient sur trois ans. 1 000 emplois seraient supprimés en France sur les 25 000 de la filiale française. L’annonce n’est pas une surprise : en décembre dernier, le nouveau patron du groupe, Paul Hudson, affichait son objectif de réduction de coûts de deux milliards d’euros d’ici 2022.

« Nous demandons à Sanofi de continuer à investir en France dans certains secteurs clés et dans le cadre de sa politique de relocalisation« , a confié Bercy à l’annonce de ces suppression de postes. « La France doit rester le navire amiral de Sanofi. » Si aucune usine de Sanofi n’est appelée à être fermée, l’activité de certains centres de recherche cessera, dont le site R&D de Vitry-Alfortville, Sanofi ayant décidé en 2019 de mettre fin à ses recherches sur le diabète et les maladies cardiovasculaires. Il y a tout juste un an, la filiale française du groupe présentait ainsi son projet d’organisation de ses activités de R&D en France, qui trouve sa concrétisation en cette veille de l’été. 124 employés travaillent dans le complexe de 31 000 m2 de Vitry-Alforville, en front de Seine. Cette fin de semaine, au terme de ces annonces, le titre a marqué un recul de 0,98 %.

Macron avance une aide de 200 millions d’euros

Mardi 16 juin, le président de la République s’est rendu dans la matinée sur le site de Sanofi Pasteur de Marcy-l’Étoile, près de Lyon, l’un des plus gros sites mondiaux de production de vaccins, qui travaille sur les deux candidats-vaccins contre le Covid-19. Le chef de l’État a été accueilli Paul Hudson, le président du groupe, Serge Weinberg, et Olivier Bogillot, président de Sanofi France. A cette occasion, Sanofi a annoncé investir 610 millions d’euros dans la recherche et la production de vaccins en France, dans une nouvelle usine de production de vaccins à Neuville-sur-Saône en région lyonnaise, auxquels viendront s’ajouter 120 millions d’euros pour créer un nouveau centre de R&D sur le site Sanofi Pasteur à Marcy-l’Etoile.

Relocaliser des productions pharmaceutiques

 » Cet investissement est pour moi un acte extrêmement fort et la preuve de l’importance de cette indépendance que la France doit recouvrer, a fait savoir Emmanuel Macron : indépendance technologique, industrielle et sanitaire. Soyons clairs, mesdames et messieurs. Il y aura dans les années à venir, dans les décennies à venir, d’autres crises sanitaires. Et on ne sait pas d’où elles viendront, mais le risque est là et continuera d’être présent ». Le chef de l’Etat a annoncé débloquer une première enveloppe de 200 millions d’euros pour financer des infrastructures de production comme de recherche et développement, enveloppe qui  » va nous permettre au-delà de ce cas précis d’aller accompagner d’autres projets pour les traitements et les vaccins en particulier contre le Covid-19 et au-delà. » Il a également fait connaitre sa volonté de « lancer une initiative de relocalisation de certaines productions critiques« . Le tout conçu comme une « stratégie française de reconquête de notre pleine souveraineté sanitaire et industrielle.  » Il faudra pour l’avenir, vérifier si les investissements d’aujourd’hui constituent bien les emplois de demain, selon la célèbre formule du Chancelier Allemand Helmut Schmidt

J-J Cristofari

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Jean Jacques Cristofari
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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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