Sanofi confirme son ancrage en France, mais lâche son centre de R&D toulousain

Sanofi confirme son ancrage en France, mais lâche son centre de R&D toulousain
décembre 10 16:40 2012 Imprimer l'article

Invité par les députés de l’Assemblée nationale à venir expliquer la stratégie du champion national du médicament, 4ème groupe mondial, Christian Lajoux, le président de Sanofi France a confirmé que des départs « volontaires » auront bien lieu en France dans les rangs de son laboratoire. Il a aussi précisé que Sanofi maintiendra un ancrage fort dans l’Hexagone, sans rassurer toutefois les parlementaires sur l’avenir de ses centres de recherche. « A travers ce cas, c’est l’avenir de la recherche en France qui est en jeu », a fait savoir la député de Haute-Garonne et présidente de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, Catherine Lemorton.

« Nous ne sommes pas dans l’urgence, il n’y a pas de précipitation. Nous anticipons simplement une organisation qui doit être effectuée en 2015 ». Face aux parlementaires de tous les bords politiques venus entendre ses explications, le patron de Sanofi France entend jouer la carte de l’apaisement. Certes, depuis quelques mois la fronde règne dans la centres de recherche du groupe, dont les salariés craignent que la stratégie d’alliances et d’externalisation de la R&D, prônée de longue date par le président du LEEM et du LEEM Recherche, et adoptée par un nombre croissant de big pharma, finisse par s’imposer réellement dans leurs propres murs. Aussi Christian Lajoux entend-il faire oeuvre de pédagogie pour ne pas provoquer ses salariés et tenter de rassurer les députés, en particulier ceux de la Haute-Garonne présents dans l’Hémicycle. « Les objectifs de notre plan d’adaptation sont triples, explique ce dernier : découvrir des produits d’innovation, faire face à la concurrence dans le secteur des vaccins et simplifier notre fonctionnement interne ». Car le contexte, à l’évidence, impose aux industriels du médicament de se préparer à affronter les pays à bas coûts que sont les pays dits émergents du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine (les BRIC). Soit ceux-là même dans lesquels les big pharma, dont Sanofi, se sont installés pour profiter des développements à venir de marchés qui leur font désormais cruellement défaut sur le Vieux Continent, où domine une seule règle : réguler autant que faire se peut les prix des produits nouveaux et favoriser autant que nécessaire les génériques ! « Il y a nécessité d’anticiper le changement pour que nos 26 sites français continuent à avoir de l’activité », poursuit le président de Sanofi France. Mais il y a plus : « Il faut aussi accompagner les adaptations afin que chacun de nos collaborateurs se retrouve en ligne avec nos valeurs », ajoute ce dernier.

Restaurer le taux de succès de la recherche

Aussi le plan « d’adaptation », qui n’est ni celui de la « restructuration » et pas davantage celui de la « sauvegarde des emplois » (qui dans un proche passé a permis à Sanofi de supprimer 4 000 emplois sans faire de vagues) sera cette fois basé sur le volontariat. « Cette adaptation est dans la continuité des activités du groupe et nous sommes aujourd’hui dans le même état d’esprit, avec un profond respect envers nos collaborateurs pour assurer la pérennité des emplois ». Il n’y aura donc ni délocalisation, ni réduction du nombre des sites industriels de la filiale française, qui en compte 26 à ce jour. A l’heure où le gouvernement bataille dans l’Est pour tenter de sauver les restes d’une sidérurgie mal en point, pas question d’en rajouter sur le chapitre du déclin industriel de la France. Mais les 9 sites de recherche que compte Sanofi en France sont cependant en nombre excessif. « Il faut restaurer le taux de succès de nos recherches », martèle Christian Lajoux qui rappelle à l’envie qu’aucun médicament significatif n’a été mis au point en 10 ans dans les centres de R&D de sa maison, en précisant même que sur les 10 produits en développement avancé chez Sanofi, seulement 3 sont sortis de la recherche interne. Les 7 autres résultent de la stratégie conduite par le directeur général, Chris Viehbacher, d’acquisition de produits ou de sociétés porteuses de ces produits, telle Genzyme et son traitement contre la sclérose en plaques, le Lemtrada qui aura vécu des hauts et des bas ces derniers mois. Autant dire que depuis l’échec de l’Acomplia les investissements se sont plutôt reportés sur des achats externes porteurs de valeurs que sur un soutien massif à la recherche interne et à ses personnels, accusés « d’improductivité » sans que l’on en connaisse réellement les causes.

Changement de modèle

« Notre organisation ne permet pas de transformer notre recherche en succès », insiste Christian Lajoux lors de la séance publique du 5 décembre. Un succès qui passe, selon lui, par un « changement de modèle ». Ce dernier suppose une recherche amont « plus ouverte et plus coopérative », tant avec les sociétés savantes qu’avec les PME des biotechnologies, accompagnée d’une spécialisation des centres de recherche, qui pour l’heure, feraient trop de redondances. « Cette spécialisation entraînera un recentrage des activités de recherche sur les sites de Paris, Lyon et Strasbourg », poursuit le président de Sanofi France. Montpellier sera appelé à devenir un centre stratégique mondial de développement des produits, suite à la fermeture des sites américains de Sanofi, à Bridgewater et Great Valley. Lyon devrait s’imposer comme pôle mondial des vaccins et des antibiotiques, aux côtés de Lyon Biopôle. La bataille autour des prix des vaccins, dont 97 % produits sur le sol national sont destinés à l’export, suppose « d’améliorer la compétitivité industrielle pour affronter les marchés à bas prix ». Quant au site de Toulouse, il semble désormais condamné à l’horizon 2015, même si le président de Sanofi France dit comprendre l’émotion des salariés qui y travaillent.

Savoir faire preuve de pédagogie

Au total, les départs des rangs du laboratoire français se feront sur la base du volontariat, « comme Sanofi l’a toujours fait », commente son président. 1300 salariés sont ainsi éligibles à un cessation de fin de carrière. Entre 300 et 400 autres participeront volontairement au processus de mobilité externe, c’est à dire quitteront l’entreprise. 500 salariés, toujours volontaires se déplaceront d’un site à l’autre (à Lyon, ou à Paris) et 300 autres d’une région à l’autre où Sanofi à des implantations. Cette mobilité interne concernera au total 800 personnes, pour lesquelles « des mesures incitatives sont prévues en fonction du niveau d’adhésion des salariés ». In fine, à l’horizon 2015, la filiale française aura perdu 914 emplois, confirme son président, qui martèle que « Sanofi reste fortement ancré en France, comme en témoigne l’importance des investissements en cours », soit 3,5 milliards sur les 5 dernières années.

« J’avoue avoir du mal à entendre l’argument du volontariat, car une perte d’emploi est rarement recherchée », a indiqué la député de Haute-Garonne, Catherine Lemorton (photo), par ailleurs présidente de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale qui a invité Christian Lajoux à s’expliquer. « A travers ce cas, l’avenir de la recherche en France est en jeu, poursuit la député. En effet, la suppression de postes concerne, pour beaucoup, ceux de recherche et développement. Outre la compétitivité scientifique et technologique de la France, qui est en jeu, c’est aussi, à terme, les répercussions sur les postes de production qui m’inquiètent. » Car comme le dit si bien la récente campagne de communication du LEEM  : « Recherche, développement, production… le médicament n’existerait pas sans une industrie qui le porte. » « Il faut faire preuve de pédagogie pour expliquer pourquoi il y a des suppressions d’emplois alors que vos entreprises réalisent des bénéfices », expliquait encore Catherine Lemorton en octobre dernier. Le message a été reçu 5 sur 5 par Christian Lajoux.

Jean-Jacques Cristofari

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Les salariés de Sanofi maintiennent la pression

Dans une pétition lancée l’été 2012, les « Sanofi « , comme ils se nomment, considèrent que « sous l’action de son directeur général Christopher Viehbacher et du conseil d’administration, Sanofi est passé d’une politique industrielle à une politique financière au profit de ses dirigeants et de ses actionnaires (L’Oréal, Total et différents fonds de pensions) ». Fustigeant le niveau de rémunération du directeur général (7 millions d’euros en 2011), ils rappellent que les bénéfices du groupe s’élèvent à 8,8 milliards d’euros en 2011 et à 40 milliards en cumul sur les cinq dernières années, que 35% des bénéfices sont reversés aux actionnaires, avec l’objectif d’augmenter cette part à 50 % d’ici 2015 (= 4,5 milliards d’euros). « Sanofi veut se désengager du site de Recherche de Toulouse (614 emplois) et supprimer la recherche (200 emplois) sur Montpellier, alors que 20% des effectifs recherche ont déjà été supprimés en France depuis 2 ans », indiquent encore les salariés de Sanofi pour qui  » cette stratégie met la recherche pharmaceutique française, européenne et la santé des patients en péril. » « L’histoire interne nous montre que les économies nécessaires à ce type de politique se sont toujours réalisées par la fermeture de centres (8) et des réductions d’emplois (chercheurs, visiteurs médicaux, production, soient 3758 postes supprimés dans le groupe en France sur les quatre dernières années). Ces chiffres ne prennent pas en compte les milliers d’emplois induits supprimés. »

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Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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