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Pfizer échoue à s’arrimer en Irlande avec Allergan

Par   /  7 avril 2016  /  0 Commentaires

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USACe qui devait s’annoncer comme le mariage du siècle et la plus importante opération d’inversion fiscale (sic) vient d’échouer sous la pression du Trésor américain, peu enclin à voir filer ses recettes fiscales en Europe. L’opération de 140 milliards d’euros devait consolider durablement le leader mondial du médicament à la première place du Top 10 de la pharma mondiale. Il n’en sera rien. La big pharma doit désormais revoir sa stratégie.

L’entreprise américaine ne délocalisera pas son siège social dans un pays à taux d’imposition plus bas en achetant Allergan, qui a fait fortune avec son produit vedette, le Botox et qui est une société basée en Irlande, pays de l’Union Européenne connu pour ses faibles taux d’imposition. Le taux marginal d’impôts sur les sociétés aux Etats-Unis est un des plus élevés au monde, à 39,1 %, contre 33,3 % en France et 12,5 % en Irlande. Pfizer espérait boucler la fusion au second semestre 2016 et réaliser ainsi des économies conséquentes, de l’ordre du milliard de dollars par an. Le Trésor américain a contrarié ce beau projet en modifiant les règles du jeu. Outre-Atlantique on ne badine pas avec le fisc. Pfizer devra désormais dédommager Allergan à hauteur de 150 millions de dollars.

Chez Pfizer, l’heure est non seulement à la reconfiguration du périmètre des activités, mais à une sérieuse révision de la stratégie après les échecs successifs de ses deux projets de méga-fusion, le premier avec AstraZeneca en 2014 et le plus récent avec Allergan. Annoncée en novembre 2015, l’opération d’un montant de 160 milliards de dollars (140 milliards d’euros) prévoyait la création d’un nouveau groupe conservant le nom de Pfizer, mais dont le siège social serait transféré en Irlande.

En 2015, Allergan avait déjà lui-même utilisé ce mécanisme d’« inversion fiscale » à travers sa fusion avec Actavis, dont le siège social était localisé en Irlande. Néanmoins, échaudé par la multiplication de ces opérations d’exil fiscal, le département américain du Trésor a édicté de nouvelles règles : modification des seuils et des modes de calcul de la valorisation de la société étrangère acheteuse, interdiction pour la filiale américaine de déduire les intérêts des prêts obtenus auprès de la maison-mère. Ces dernières, en lui faisant perdre toute possibilité d’avantage fiscal, ont eu raison du projet de mariage de Pfizer et d’Allergan.

Nouvelles réorganisations

Ce recul devrait amener Pfizer à reconsidérer sa stratégie et, peut-être, à réenvisager la scission de ses activités Produits innovants et Produits « établis ». Cette dernière division, qui inclut notamment les médicaments ayant perdu ou étant sur le point de perdre leurs brevets, les génériques injectables et les biosimilaires, est soumise à une forte érosion de ses ventes. Celles-ci ont reculé de 14 % en 2015, à 21,56 milliards de dollars (19,46 milliards d’euros). La division Produits innovants (vaccins, traitements des cancers, des maladies rares, des maladies auto-immunes, des maladies cardio-métaboliques…) est, quant à elle, dans une dynamique inverse, avec une progression de 11% en 2015, à 26,76 milliards de dollars (24,12 milliards d’euros). Une telle évolution pourrait d’ores et déjà supposer une nouvelle modification des réorganisations introduites en 2015, notamment après l’acquisition de son compatriote Hospira, dont les activités ont été essentiellement intégrées dans la division « Global Established Products ».

Une place de leader des biosimilaires

Cette opération a d’ores et déjà positionné Pfizer comme un acteur majeur sur le marché des produits de spécialités injectables et le place aussi en situation de remettre en cause la place de leader des biosimilaires qu’occupe depuis dix ans le Suisse Sandoz (groupe Novartis). Les deux groupes devraient non seulement faire jeu égal au niveau du nombre de biosimilaires sur le marché, mais aussi au niveau de leurs porte-feuilles de produits en phase avancée. Sandoz dispose de sept produits en phase 3 ou en cours d’enregistrement (adalimumab, infliximab, pegfilgrastim, rituximab, etanercept, epoetine alpha), tandis que l’apport d’Hospira permet à Pfizer de miser sur un portefeuille de sept produits (adalimumab, bevacizumab, erythropoietine, filgrastim et pegfilgrastim, rituximab et trastuzumab) auquel s’ajoute Retacrit®, biosimilaire d’Epogen®, en cours d’enregistement aux Etats-Unis.

Enfin, l’année dernière, le groupe Pfizer s’est aussi renforcé dans le domaine des vaccins, avec le rachat des vaccins contre les méningocoques Nimenrix® et Mencevax® de GSK, d’un vaccin contre les méningites et d’un vaccin contre les encéphalites à tiques à Baxter. Pfizer a aussi initié une politique de partenariat avec des sociétés en phase précoce, avec des premiers investissements réalisés dans les domaines du cancer, de la thérapie génique et des maladies neurodégénératives.

Ian-Read Pfizer-president« Pfizer a abordé cette opération en position de force et, au vu de la combinaison potentielle, comme un accélérateur des stratégies existantes », a déclaré Ian Read, président de Pfizer à l’annonce de l’arrêt des opérations avec Allergan. « Nous restons concentrés sur l’amélioration la valeur de nos entreprises innovantes », a-t-il ajouté. La nouvelle donne consécutive à l’échec de sa fusion impose à la big pharma de revoir sa copie. Car ses actionnaires, assez gâtés ces dernières années (1), n’entendent pas voir leurs revenus baisser.

Anne Lise Berthier et J-J Cristofari

(1) voir « La pharma mondiale soigne ses actionnaires » et  » N°1 : Pfizer à la recherche d’un second souffle »

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A propos de l'auteur

Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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