Où sera-t-on le mieux soigné en 2025 ?

Où sera-t-on le mieux soigné en 2025 ?
mai 08 17:54 2018 Imprimer l'article

Combien de médecins généralistes la France comptera-t-elle en 2025, voire au delà ? C’est ce que permet de définir l’outil statistique mis au point par la DREES, qui en fonction d’un certain nombre d’hypothèses, nous précise où les Français pourront le mieux se faire soigner dans la décennie à venir. Le président de l’ordre des médecins, le Dr Patrick Bouet, lance au même moment un sévère avertissement au gouvernement d’Edouard Philippe.

Ainsi, en 2025, la région parisienne comptera 16 814 médecins généralistes de toutes les formes d’exercice, en tenant compte d’un numérus clausus ouvert à 8 000 postulants aux études de médecine et d’un recours à 1 500 médecins étrangers pour assurer la réponse aux besoins sanitaires de la population. Mais elle ne comptera que 6 570 généralistes exerçant à titre libéral. Ainsi l’Ile de France disposera de 134,9 généralistes de toutes les formes d’exercice pour 100 000 habitants, chiffre qui tombera à 52,7 pour les généralistes exerçant exclusivement en libéral. Ce qui devrait être largement insuffisant pour délivrer des soins primaires aux habitants de la région. la Côte d’Azur disposera de son côté d’un total de 8 525 médecins généralistes (166,8 pour 100 000 habitants), dont 3957 généralistes libéraux (77,4 pour 100 000 habitants).

La région du Sud de la France sera donc bien mieux dotée que le Nord, avec une Picardie dotée de 122 médecins généralistes pour 100 000 habitants (chiffre qui tombe à 54,1 pour les seuls libéraux), ou la région Centre, qui avec 3013 généralistes (dont 1349 libéraux) aura la densité la plus faible (114,2 et 51,1).  »
À partir des médecins actifs recensés dans le Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS) au 1er janvier 2015, le modèle produit des effectifs projetés de médecins en activité au cours de chaque année de la période de projection, c’est-à-dire de 2016 à 2040″, explique la DREES qui a produit l’outil statistique qui permet les calculs dans le temps. Les projections sont présentées à partir de l’année 2018. Ces effectifs sont ventilés par spécialité, âge, sexe, région et mode d’exercice.
Elles délivrent au total et pour la première fois un tableau assez complet et pertinent des effectifs médicaux par spécialité et par région. « Le champ retenu est celui des médecins actifs, y compris les médecins remplaçants, ajoute la DREES. Les médecins ayant cessé temporairement leur activité ne sont pas comptabilisés parmi les médecins en activité. Au-delà de 70 ans, les médecins sont systématiquement considérés comme inactifs. »

Entre 2020 et 2025, la chute démographique attendue sera entre 15 et 17 % de généralistes en moins sur cette période (avec un numerus clausus à 8 000 à partir de 2015) et entre 14 et 15 % pour les spécialistes. Les temps à venir risquent ainsi de devenir compliqués à gérer pour les autorités de la santé et il n’est pas sûr que les efforts déployés sur la télémédecine suffisent à compenser le manque réel de praticiens que va connaitre le pays.

 

Grand flou de politique générale

En parallèle à ce constat, le président de l’Ordre des Médecins, le Dr Patrick Bouet (photo), lance un avertissement au gouvernement. « Si on ne fait rien, nous allons droit dans le mur », lance ce dernier dans un interview donnée au site Internet d’Egora. « On a le sentiment que la ministre de la Santé a une parfaite connaissance de la situation, semble avoir la volonté de mettre en œuvre un certain nombre de dispositions, mais on fait face à un grand flou politique générale où nous ne savons pas ce qui va être préparé ou mis en œuvre. On n’est plus dans le temps des effets d’annonce. Il faut prendre à bras le corps la problématique du système de santé. ». Pour le généraliste de Seine-Saint-Denis, l’hypothèse de contenir les dépenses et de réaliser de nouveaux efforts budgétaires ne saurait être la bonne. « Dans le cadre de l’Assurance maladie et du déficit des hôpitaux, il y a forcément d’autres moyens de parvenir à l’équité de l’accès aux soins sur le territoire que de parler en permanence de réduction budgétaire. Voilà, je le dis très clairement. »
Face à la tendance actuelle de privilégier le modèle des maisons de santé, le Dr Brouet est sans équivoque. Ce modèle ne peut pas être l’alfa et l’oméga des solutions à apporter à la crise démographique médicale actuelle. « Il ne faut pas enfermer le modèle des maisons de santé pluridisciplinaires dans un modèle de mini-établissement de santé et qu’il ne faut pas qu’en favorisant ce dispositif, on en fasse la réponse unique », souligne ainsi le patron de l’Ordre des Médecins. « Il ne faut pas créer des modèles et des systèmes hyper-administrés, mais au contraire, créer des systèmes fluants qui permettent à tout le monde de s’insérer et de ne pas vivre des contraintes administratives majeures pour obtenir un financement X ou Y. » Et d’en appeler à une « prise de conscience qui doit être faite au niveau du Premier ministre et du Président et de leurs équipes sur la gravité de la situation ».

Jean-Jacques Cristofari

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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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