Comment les généralistes ont-ils géré la crise pandéminque ?

Comment les généralistes ont-ils géré la crise pandéminque ?
mai 31 15:49 2020 Imprimer l'article

Les 3000 participants au 4e Panel d’observation des pratiques et des conditions d’exercice en médecine générale de la DREES ont été interrogés du 9 au 21 avril 2020 par internet. L’enquête révèle le comportement des généralistes pendant la pandémie.

Sur la période postérieure au démarrage du confinement, seulement 5 % des médecins n’ont pas travaillé. Pour 95 % des praticiens en exercice, le volume horaire déclaré a diminué, entraînant une baisse du temps de travail moyen estimée entre 13 % et 24 % par rapport à une semaine ordinaire, analyse la Drees (1). « Le nombre d’heures travaillées a été réduit de 10 heures ou plus pour la moitié d’entre eux, ce qui représente au moins un cinquième de leur volume d’activité ordinaire moyen, qui est de 54 heures« .

Face à la pandémie, les médecins généralistes se sont organisés de diverses manières : 8 médecins sur 10 ont mis en place des consultations de diagnostic de la Covid-19 par téléphone, 8 sur 10 en cabinet médical et 7 sur 10 par téléconsultation. Un médecin sur deux a déclaré réaliser ces diagnostics lors de visites à domicile et 1 sur 4 avoir orienté ses patients vers l’une de ces organisations spécifiques pour le diagnostic. Enfin, 4 sur 10 ont confié avoir participé à une organisation territoriale ou un centre dédié au Covid-19.

Un suivi des malades Covid-19 plutôt à distance

 » Pour la surveillance des patients ayant contracté le Covid-19, les médecins généralistes ont indiqué privilégier un suivi à distance (90 % assurent la surveillance par des consultations par téléphone et 70 % par téléconsultation), en cohérence avec les préconisations de distanciation sociale, souligne l’étude de la Drees. Néanmoins, plus de la moitié des généralistes réalisent cette surveillance lors de consultations en cabinet et près de 4 sur 10 lors de visites à domicile.« 

75 % des généralistes, toutes générations confondues ont utilisé la téléconsultation, pour le diagnostic ou pour la surveillance des patients concernés par la Covid-19. Comme on peut l’imaginer, cette pratique reste plus fréquente chez les médecins les plus jeunes (90 % des moins de 50 ans, 80 % des 50-59 ans et 60 % des 60 ans ou plus) ainsi que chez ceux qui exercent en groupe (85 % de ceux qui travaillent en groupe et moins de 60 % de ceux qui exercent seuls).  » En outre, toutes choses égales par ailleurs, les médecins qui exercent dans les départements les plus exposés, utilisent plus fréquemment la téléconsultation« , ajoute l’étude.

Alors même qu’ils pouvaient présenter des risques de contamination par leurs malades, 60 % des 50 à 59 ans et la même proportion des 60 ans ou plus, ont déclaré rendre visite à leurs patients concernés par la Covid-19, alors que ce n’est le cas que de 40 % des moins de 50 ans. Les hommes réalisent également plus souvent des visites dans le cadre de l’épidémie : 6 sur 10, contre 4 femmes sur 10, plus prudentes en la circonstance. Enfin,  » plus l’épidémie est intense, moins le recours aux visites est important : si 55 % des médecins des départements les moins touchés vont au domicile de leur patient, ils ne sont que 42 % dans les départements les plus touchés. »

Baisse des consultations des malades chroniques

La semaine précédant l’enquête, les consultations dont le sujet ou le motif principal était le coronavirus ont représenté moins d’un quart de leur activité pour 63 % des médecins. Pour 1 médecin sur 10 seulement, elles ont constitué le motif principal de plus de la moitié des consultations.

Comme cela a été largement constaté en France durant la pandémie, les autres motifs de consultation en médecine générale ont fortement diminué par rapport à la normale, à l’exception notable des demandes de soins pour stress, troubles anxieux ou dépressifs qui ont augmenté pour plus de la moitié des médecins généralistes, commente la Drees. Les consultations de suivi ou de renouvellement d’ordonnance de patients atteints de maladie chronique sont celles qui ont le plus diminué, avec un recul de plus de 50 % pour 6 médecins sur 10 et de moins de 50 % pour 3 sur 10. L’explication est à rechercher dans le basculement du renouvellement des ordonnances par les pharmaciens. la pédiatrie échappe à cette règle : la baisse de la fréquence des consultations de suivi pédiatrique concerne la quasi-totalité des médecins durant la période de confinement. De même, les consultations de suivi de grossesse, pour les médecins qui en réalisent dans leur pratique courante, ont également diminué.
Reste que les médecins généralistes ne sont pas restés inactifs face à leurs malades chroniques les plus à risque : la moitié d’entre eux ont fait la démarche active de les contacter par téléphone ou par un autre moyen de communication (eux-mêmes ou avec leurs collègues s’ils travaillent en groupe). 3 sur 10 précisent « s’être organisés pour être en mesure de les rencontrer« .

Pour l’avenir, ils sont prêts à travailler plus

« Dans la perspective d’un afflux de patients en sortie de confinement, près de 7 médecins généralistes sur 10 estiment pouvoir augmenter leur temps de travail dédié aux consultations par rapport à une semaine ordinaire« , ajoute encore la Drees. La moitié est prête à augmenter cette durée jusqu’à 5 heures par semaine pour pouvoir répondre à une hausse de la demande de soins à la fin du confinement, mais « pour un laps de temps donné« .

Jean-Jacques Cristofari

(1)  » Comment les médecins généralistes ont-ils exercé leur activité pendant
le confinement lié au Covid-19 ?
« , DREES, Etudes et Résultats, N°1150, Mai 2020. Cette enquête a été complétée d’une autre sur le thème : « Perception des risques et opinions des médecins généralistes pendant le confinement lié au Covid-19« . DREES, Etudes et Résultats, N°1151, Mai 2020

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Jean Jacques Cristofari
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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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