Allemagne : la pharma en croissance nulle en 2012

Allemagne : la pharma en croissance nulle en 2012
août 24 18:44 2013 Imprimer l'article

Le marché allemand du médicament n’a que très faiblement progressé en 2012, de +0,8 % à 32,45 milliards d’euros, en prix publics. Les dépenses remboursées par l’assurance-maladie obligatoire, qui s’élèvent à 26,68 milliards d’euros, ont de leur côté reculé de 0,2 % du fait des rabais et ristournes obligatoires imposés aux industriels du médicament et aux pharmaciens. La fédération allemande des producteurs de médicaments orientés à l’exportation, le VFA, vient de rendre public son Atlas 2013 sur le médicament.

Les prix des produits fabriqués par les industriels du médicament sont, outre-Rhin, soumis à une forte régulation. Ainsi en termes de doses journalières consommées, 58,2 % de tous les médicaments délivrés sont l’objet d’un contrat, signé entre un producteur et une caisse maladie, donnant lieu à un rabais octroyé par le fabricant. Mesurée selon les listes de prix publiées, la part des produits soumis à rabais est de 32 % et affecte un chiffre d’affaires de 10,4 milliards d’euros. Même les nouveaux produits n’échappent plus à la règle : un tiers des médicaments récents sont ainsi tombés sur ce marché du rabais en 2012. Au total, les économies générées par le système de rabais/ristournes obligatoires se sont élevées à 4,79 milliards d’euros, dont 37 % ont été concédés sur les génériques et les biosimilaires (66 % des volumes dispensés), 30 % sur les médicaments brevetés (13 % des volumes) et 32 % sur les spécialités de marque (21 % des volumes). L’effort consenti dans ce registre a été particulièrement marqué en 2012 par rapport à 2011, année au cours de laquelle le montant total des rabais s’élevait à 4,17 milliards d’euros.

Selon le ministère allemande de la Santé, le marché allemand du médicament remboursé par l’assurance-maladie obligatoire est pour 2012 estimé à 29,2 milliards d’euros. Le VFA, qui représente les fabricants, estime cependant ce même marché à 26,6 milliards d’euros, en baisse de 0,06 % en 2012 (1). La différence est à recherche dans les montants que les industriels ristournent annuellement aux caisses d’assurance-maladie. Ainsi depuis 2009, le montant des rabais consentis s’est élevé à quelque 8 milliards d’euros, selon l’Institut IGES mandaté par le VFA.

Plus largement, le montant des sommes consacrées par nos voisins pour leurs médicaments est à rapprocher de celui dépensé pour leurs soins médicaux (28,3 milliards d’euros). Le tableau ci-dessous retrace les principales composantes des dépenses de santé prises en charge par l’assurance-maladie outre-Rhin entre 2009 et 2012 :

[Source : Institut IGES, selon les données du ministère de la Santé]

Sur les sommes dépensées en Allemagne pour le médicament, soit 26,6 milliards d’euros, le VFA a fait calculer la structure de la croissance des dépenses en produits finis en 2012 : l’innovation a joué positivement à hauteur de 683 millions d’euros, juste derrière la consommation (728 millions). Les économies « techniques » (grands conditionnements, importations parallèles, nouveaux dosage et posologie des produits) ont fait baisser la note de 165 millions d’euros. Mais les principales économies sont venues outre-Rhin du générique, pour lesquels les producteurs ont consentis 826 millions de ristournes. Les prix ont joué également et permis de baisser la facture médicament de 459 millions d’euros. Au total, la balance entre surcoûts et économies a été estimée négativement, à 64 millions.

« Des dépenses stables, des livraisons améliorées. Telle est la situation dans le secteur du médicament », a commenté Birgit Fischer (photo), directrice générale du VFA (2). « L’extinction des brevets et les rabais individuels caractérisent la capacité de mouvement de l’assurance-maladie au plan financier, afin d’intégrer dans les remboursements de nouveaux médicament et, avec eux, de nouvelles options thérapeutiques pour les patients », a ajouté cette dernière. L’Allemagne doit rester un pays de référence pour la recherche, a encore plaidé la directrice, regrettant par ailleurs que la récente loi de restructuration du médicament (AMNOG), qui influe sur les prix, restreigne trop l’accès au marché des nouvelles innovations.

Jean-Jacques Cristofari

(1) « IGES Arzneimittel-Atlas 2013« , août 2013, une étude conduite par l’Institut IGES pour le compte du VFA.

(2) Le VFA est en Allemagne l’équivalent du LIR français. Il s’agit d’une association de laboratoires pharmaceutiques orientés recherche et développement pharmaceutique. Le VFA représente les intérêts de 45 sociétés de dimension internationale et de 100 filiales de big pharma qui, ensemble, emploient 85 000 salariés, dont 18 000 dans la R&D en Allemagne.

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Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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