Algérie/Tunisie : business pharma as usual

Algérie/Tunisie : business pharma as usual
février 23 12:34 2011 Imprimer l'article

Tandis que le Maghreb s’embrase et avec lui toute la région du Nord de l’Afrique, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, reçu à Alger par le président Abdelaziz Bouteflika, a fait connaître « la détermination de l’Algérie et de la France à faire de l’emploi la priorité de leurs économies ». En toile de fond du déplacement de cet « envoyé spécial » de la « Real politique » française, différents dossiers économiques et sociaux au nombre desquels la branche pharmaceutique occupe une bonne place.

Pendant la révolution les affaires continuent ! Elles reprennent déjà en Tunisie où la ministre de l’Economie et des Finances, Christine Lagarde s’est rendue cette semaine, accompagnée du secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Laurent Wauquiez, pour consolider les relations économiques entre la France et la Tunisie où sont implantées quelque 1.250 entreprises françaises, dont notre champion national, sanofi-aventis. La feuille de route délivrée au préalable par le chef de l’Etat à ses ministres a identifié « trois priorités » : accompagner la Tunisie pour « la mise en place de la démocratie, de l’Etat de droit et de la lutte contre la corruption », pour « la modernisation de l’économie et le développement de l’emploi » et pour « le renforcement des contacts entre les sociétés civiles ». Reçus par le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi (photo ci-dessous), les deux ministres ont, rapporte la presse à Tunis, évoqué un «Plan Marshall» pour la Tunisie, qualifiant d’ «impressionnant» ce que les Tunisiens sont parvenus à faire pour leur pays.

Dans cet objectif, Christine Lagarde, pour ce déplacement express, a pu réaffirmer l’engagement de la France pour que des moyens supplémentaires de financement soient accordés à la Tunisie dans le cadre des instruments et mécanismes européens. Son secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Laurent Wauquiez a de son côté souligné que la Banque européenne d’investissement dispose de capacités d’investissement conséquentes (80 milliards d’euros de financement) permettant d’accroître la présence de l’UE dans la région, en particulier au profit de la Tunisie, « sur la voie de la démocratie et de l’Etat de droit » selon les propos de Nicolas Sarkozy.

Le pays, dont la production de médicaments couvre à peine 50 % de sa consommation nationale (47 % précisément) dispose d’une industrie pharmaceutique qui rassemble à ce jour une trentaine d’unités de production dont trois de produits vétérinaires propres à satisfaire des besoins locaux. Quelque 110 laboratoires internationaux sont présents en Tunisie, dont 45 % sont français, loin devant les italiens (8 %), les suisses (8 %), les britanniques (6 %) ou encore les allemands (5 %). Mais l’objectif du pays, comme ailleurs dans le Maghreb, est de renforce sa production nationale (1), voir de la faire passer de 363 millions de dinars en 2008 (190 millions d’euros) à 730 millions de dinars en 2016 (381 millions d’euros) et en parallèle de quintupler les exportations des médicaments qui devraient atteindre 160 millions de dinars en 2016 (84 millions d’euros). Le pays de la révolution du jasmin entend aussi diversifier les destinations et l’offre export des médicaments tunisiens. On comprend dans ce contexte qu’il ne saurait être question pour le gouvernement de relâcher les liens économiques et commerciaux avec le pays de notre « ex-ami Ali ».

Créer 20 000 emplois en Algérie

Si la ministre de l’Economie est le premier membre du gouvernement français à se rendre sur le sol tunisien depuis la chute du président Zine Ben Ali le 14 janvier dernier, en Algérie c’est l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui vient d’être reçu pour la 2ème fois par le président Boutflika, en proie à une révolte sociale qui n’a pas (encore) débouché sur une révolution. Le sénateur français, qui joue les utilités de la Chine à l’Algérie avec des gouvernements qui ont une vision assez éloignée de la démocratie ou des « droits de l’homme », a ainsi été reçu la résidence d’Etat El Mufti, en présence de M. Mourad Medleci, ministre des Affaires étrangères, et de M. Mohamed Benmeradi, ministre de l’Industrie, de la PME et de l’Investissement. Au menu des entretiens, six projets de partenariat devaient être finalisés par Jean-Pierre Raffarin, représentant spécial de Nicolas Sarkozy, et le ministre algérien de l‘Industrie, de la PME et de la Promotion des investissements, Mohamed Benmeradi, dans le but de relancer et de suivre la coopération économique entre les deux pays. « Nous avons des perspectives de plus de 20.000 emplois et chaque dossier a sa spécificité », a souligné Jean-Pierre Raffarin. L’industrie du médicament est au nombre des dossier, avec le projet de construction d‘une deuxième usine de médicaments du français Sanofi Aventis et d‘un centre de stockage et de distribution de produits de santé sur une superficie de 6,3 hectares dans la ville nouvelle de Sidi Abdallah .

Sanofi-aventis renforce son assise productive

Car notre champion national, représenté sur place par Thierry Lefèvre, dg de sanofi-aventis Algérie, a signé, début février, avec l’Agence nationale de développement des investissements (ANDI) dirigée par Mansouri Abdelkrim, une convention portant sur la réalisation d’une usine de production de médicaments dans la wilaya de Tipasa. La convention porte également sur la réalisation d’un centre de stockage au pôle pharmaceutique et biotechnologique de la nouvelle ville Sidi Abdallah, près de Mahelma. La capacité de production annuelle prévue de l’usine est de 30 millions de boites de sachets, 40 millions de boites de blisters (comprimés et gélules), 12 millions de flacons sirops et suspensions et 500 000 de boites de sachets suspensions. Le projet vise à fournir en priorité le marché national en produits pharmaceutiques fabriqués localement par le groupe, à contribuer au transfert technologique et à conclure des contrats de partenariats avec des laboratoires algériens, souligne l’ANDI. Sanofi-aventis Algérie est déjà présent dans le pays depuis l’an 2000 avec deux usines de production de médicaments, qui emploient 650 personnes. « Avec Total, Lafarge et Sanofi, on est en train de répondre à l’aspiration sociale des Algériens », a commenté l’envoyé spécial Jean-Pierre Raffarin sur Europe 1 a son retour d’Algérie. Trois dossiers importants que les autorités algériennes confirment avoir débloqué, tout comme celui du métro ou encore du projet Renault d’augmenter ses productions locales de véhicules à 100 000 par an, avec un taux d’intégration de 50 % sur les cinq années à venir.

Plus largement, cette consolidation de la présence de sanofi-aventis en Algérie fait suite à la décision du gouvernement local de contraindre les laboratoires pharmaceutiques étrangers à investir sur place dans la production de médicaments et de renforcer par là même les productions locales au détriment des importations, qui ont atteint 1,8 milliards de dollars. La presse algérienne a ainsi rapporté le partenariat entre le groupe public algérien Saidal et le groupe français Sanofi-aventis a pu être réactivité fin janvier. Les deux groupes ont ainsi relancé leur filiale commune Winthrop Pharma Saidal (WPS), dont la direction a été confiée à Bernard Faude, avec comme objectif principal la production de médicaments génériques en Algérie. « « La filiale WPS existait déjà, mais elle n’a pas entamé ses activités, faute d’un accord entre les deux parties. Sanofi-aventis avait même supprimé le nom de Saidal de cette filiale qui était dénommée Winthrop Algérie », expliquait dans ce registre un proche du dossier, cité par TSA Algérie. L’obligation faite aux laboratoires étrangers d’investir dans la production en Algérie et la récente décision obligeant les sociétés importatrices étrangères de céder au moins 30% de leur capital à des compagnies algériennes ont ainsi entraîné Saidal et Sanofi-aventis à réactiver leur filiale générique. Ce redéploiement stratégique de la big pharma française en Algérie pourrait doit sans doute également être dynamisé par Elias Zerhouni (2), un Algéro-américain recruté en février dernier par Chris Viehbacher, dg de sanofi-aventis, pour rejoindre le comité exécutif et le comité de direction du groupe en remplacement de Marc Cluzel, vice-président exécutif pour la R&D jusqu’en janvier dernier. « Elias Zerhouni a su conseiller Sanofi Aventis de manière pertinente et a joué un rôle essentiel dans l’implémentation de ce qui est désormais un des modèles de R&D les plus prometteurs dans le monde de la santé”, soulignait à son arrivée le dg du groupe. « Les réseaux qu’a su tisser Elias Zerhouni tout au long de sa carrière pourrait être très utiles à la big pharma », indique le journal algérien La Tribune en décembre dernier.

Rendez-vous en mai au « grand forum des PME »

A l’issue de sa rencontre avec Abdelaziz Bouteflika, l’ancien premier ministre Raffarin a fait savoir que les deux parties avaient « passé attentivement au peigne fin chacun des dossiers » de la coopération bilatérale. Il a également rappelé qu’il est actuellement à mi-chemin de sa mission qui s’achèvera le 31 mai avec le « grand forum des PME », une rencontre qui verra la participation de plus de 700 entreprises des deux rives de la Méditerranée, dont 500 du côté algérien. Si rien jusqu’à cette date ne vient contrarier ses ambitions.

Jean-Jacques Cristofari

(1) selon WMC Actualités

(2)

Cet algéro-américain, de surcroit francophone, a occupé des postes de très haut niveau aux Etats-Unis où il a été élu membre de l’Institut de médecine de l’académie des sciences. Il a été nommé, en mars 2002 par George W. Bush, directeur général des Instituts de santé nationaux (NIH). Il démissionne de son poste en 2008 et rejoindre sanofi-aventis par la suite pour prendre en charge la recherche du groupe.

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Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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