Vaccinations : le torchon brûle entre la DGS et les généralistes

Vaccinations : le torchon brûle entre la DGS et les généralistes
mars 09 12:21 2021 Imprimer l'article

Une récente note de la Direction générale de la Santé (DGS) relative à la campagne de vaccination en pharmacie de ville contre la Covid 19 a mis le feu aux poudres entre cette officine du ministère de la Santé et l’ensemble de la communauté des généralistes, toutes structures confondues.

« Le décret n° 2021-248 du 4 mars 2021, pris après l’avis de la HAS du 1ermars 2021, élargit les compétences vaccinales des sages-femmes, des pharmaciens (d’officines, des pharmacies mutualistes et de secours minières) et des infirmiers », indique la directive DGS Urgent en date du 7 mars. Elle souligne ainsi que les pharmaciens sont désormais habilités à « prescrire les vaccins à ARNm et à vecteur viral » ainsi qu’à les « administrer » dans leurs officines et en centres de vaccination tout comme ils peuvent prescrire et administrer les vaccins à ARNm en centres de vaccination. Attendue de longue date par les officinaux, ce feu vert n’avait rien en soi de choquant. Sauf qu’il est assorti d’injonctions pour le moins contradictoires avec la récente intervention des médecins généralistes traitant sur le terrain de la même vaccination anti-Covid 19 !

Car l’ouverture annoncée par la DGS de permettre aux pharmaciens de passer commande à compter du 8 mars – pour livraison le 18 ou 19 mars – est associée à l’impossibilité pour les médecins de prendre leurs commandes auprès des mêmes officinaux « compte tenu du nombre de doses livrées par AstraZeneca (environ 28 000 flacons disponibles à la commande) ». En un mot, la DGS propose de déshabiller Pierre pour habiller Jacques ! le DGS Urgent est signé par Jérome Salomon, Directeur général de la DGS. Celui-là même qui s’est si bien distingué dans la première phase de la pandémie sur la question des masques.

Sortie de route

Pour les généralistes membres de la CSMF, la décision d’interdire aux médecins cette semaine les commandes du vaccin Astra-Zeneca pour permettre aux officines de vacciner, est qualifiée d’aberrante ! « De qui se moque-t-on ? » ajoute le syndicat. De son côté, la CSMF note l’exclusion des médecins de la vaccination, alors même qu’ils se sont massivement engagés dans cette dernière au plan national. « Les médecins libéraux sont révoltés par autant de désinvolture, et autant de mépris pour les efforts qu’ils développent depuis plusieurs semaines. »
A l’annonce de la décision du Pr Salomon, le syndicat des généralistes MG France va plus loin et réclame la démission du directeur. « Vendredi on nous demande de vacciner le week-end. Nous répondons « Présents » ! Le dimanche suivant, on nous prive de vaccins ! », clame MG France en parlant d’une « sortie de route de la DGS ».
« Les professionnels qui vaccinent déjà, médecins, infirmiers, avec l’aide logistique des pharmaciens, ont organisé des rendez-vous qu’il faut honorer », note de son côté la Fédération nationale des Communautés Professionnels territoriales de Santé (FNCPTS) qui réclame la fin des « incohérences » et se dit « ulcérée par cette gestion chaotique. « Le samedi on accélère et le dimanche soir, on freine violemment », ajoute la Fédération qui note la défaillance de l’organisation même de la vaccination. « Prévoir des rendez-vous avec 10 à 15 jours d’avance, cela se fait en fonction des stocks existants ou des livraisons certaines, en centre de proximité comme dans les lieux habituels de soins. » Et en la matière , elle perçoit l’ improvisation plus que la préparation !

Erreur logistique et éthique majeure 

« Comme l’ensemble de la profession, nous avons découvert avec stupéfaction la note DGS-Urgent du 7 mars 2021 qui, en ouvrant la possibilité de vacciner aux pharmaciens, demande à ceux-ci de ne pas commander de vaccins pour les médecins généralistes cette semaine », souligne le Collège de la Médecine Générale, en précisant que « cette directive illustre parfaitement, s’il en était encore besoin, que la montée en charge de cette campagne de vaccination ne dépend pas des vaccinateurs mais bien des stocks de vaccins disponibles. »

« A l’heure où de nombreux patients prioritaires attendent encore leur vaccin, cette décision ne peut que creuser les inégalités d’accès à la vaccination pour les patients les plus prioritaires », note encore le CMG qui évoque une « erreur logistique et éthique majeure ». « La population doit savoir qu’elle pourra toujours compter sur les médecins généralistes qui, en toute humilité, continueront malgré les obstacles à déployer tous leurs efforts pour sortir de cette crise sanitaire au plus vite ». Le Collège de la Médecine Générale demande à la DGS de revenir sur cette mesure aberrante qui pénalise les patients et risque de mettre un coup de frein à cette campagne de vaccination.

Gouvernance à la petite semaine

Ce mardi 9 mars, c’est d’une même voix que l’ensemble des syndicats de médecins crient leur indignation devant cette gestion purement médiatique des vaccinations COVID. « Il est irrespectueux d’épuiser les soignants déjà surmenés, et simultanément de leur reprocher de ne pas utiliser des stocks qui n’existent pas », font savoir la CSMF, MG France, la FMF et le SML réunis dans un même communiqué « Il est inacceptable que l’administration piétine les acteurs de terrain, faisant prendre des risques à la campagne vaccinale. »

« L’organisation de la vaccination (tri des patients éligibles, appel, rendez-vous, logistique) nécessite une grande visibilité et pas une gouvernance à la petite semaine, guidée par les seuls impératifs de la communication politique », conclut les auteurs de l’appel au gouvernement

Chaque jour qui passe donne l’impression à la population que l’improvisation domine dans la gestion gouvernementale de la pandémie. En particulier sur le terrain d’une vaccination qui devrait nous permettre de sortir de la crise sanitaire. Après les ratés sur masques, sur les tests, puis sur les stocks de vaccins, voici un nouveau dérapage sur la question essentielle du pilotage de la vaccination : par les médecins ou les pharmaciens ? Vouloir opposer les uns aux autres comme le fait la DGS et le ministre de la Santé n’est certainement pas la meilleure manière de gérer une crise sanitaire qui n’en finit pas de perdurer.

J-J Cristofari

Selon la DGS, depuis le début de la campagne de vaccination en France :
– 4 149 077 de personnes ont reçu au moins une injection (soit 6,2 % de la population totale et 7,9 % de la population majeure)
– et 2 045 353 de personnes ont reçu deux injections (soit 3,1 % de la population totale et 3,9 % de la population majeure) .

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Jean Jacques Cristofari
Jean Jacques Cristofari

Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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