Royaume-Uni : Un « Ambassadeur pour les industries des Sciences de la Vie »

novembre 30 00:25 2010 Imprimer l'article

chris-brinsmeadLa compétition promet d’être toujours plus rude pour les candidats européens à l’accueil des investissements des industries de santé… Après avoir été, en un temps guère éloigné, l’eldorado européen pour les usines de production biotechnologique et pharmaceutique, l’Irlande est aujourd’hui fortement malmenée. Son voisin britannique entend bien redonner un sérieux coup de fouet à son attractivité pour les industries des Sciences de la vie. Chris Brinsmead (photo), « le Monsieur Industries des Sciences de la Vie » qui vient d’être nommé par le chef du gouvernement de sa Gracieuse Majesté, David Cameron, devrait donner un nouvel élan à la démarche engagée par nos voisins d’outre-Manche pour attirer le fleuron des entreprises de la Biotech. L’intronisation confirme une nouvelle fois la dimension stratégique et prioritaire du secteur pour le Royaume-Uni, où la bioindustrie détient à elle seule quelque 20 % du portefeuille des produits biotech européens.

L’enjeu est de taille puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que de permettre au Royaume-Uni de conserver sa place de leader européen des industries des sciences de la vie… Et c’est ainsi que tout le Landernau des industriels britanniques des Sciences de la vie au travers de ses quatre associations professionnelles représentatives (1) se félicite à la fois de l’initiative et du candidat choisi.

Car Chris Brinsmead est un fin connaisseur des arcanes du secteur et un habitué des responsabilités et missions gouvernementales. Du côté de la pharma, il a dirigé AstraZeneca au Royaume-Uni, a été président de l’ABPI jusqu’au printemps dernier et siège au comité directeur de plusieurs biotech anglaises. Du côté de la sphère publique, c’est un familier des groupes de travail ministériels qui préside le Comité des Sciences de la vie de l’agence gouvernementale chargée de faciliter l’implantation d’industriels étrangers au Royaume-Uni, l’UKTI (UK Trade and Investment), et co-dirige un comité consultatif sur la R&D et la stratégie industrielle au ministère de la Santé. Dans sa nouvelle fonction d’ « ambassadeur des sciences de la vie », Chris Brinsmead aura pour mission de conseiller et d’aider le gouvernement britannique pour le développement d’un environnement le plus propice possible à ces industries, avec une ligne directrice claire : conjuguer la promotion de l’innovation et de la croissance du secteur et l’accès des patients aux traitements et aux technologies médicales les plus récents.

Un travail déjà bien entamé avec l’OLS

Bien que la bioindustrie britannique détienne à elle seule quelque 20 % du portefeuille des produits biotech européens parvenus au stade du développement clinique, les inquiétudes sur la compétitivité et l’attractivité nationales se sont en effet renforcées depuis plusieurs mois, relayées par les principales associations professionnelles des industries de santé (2). Très tôt, dès le printemps 2009, la BIA a exprimé ses craintes pour l’avenir de la biotech nationale. Dans un environnement où l’accès à des fonds d’amorçage s’avère déjà plus difficile qu’ailleurs, la mise en place d’un fonds d’investissement public, dédié au financement des jeunes sociétés en création, a été demandée. En septembre dernier, l’association s’est aussi prononcée pour une amélioration du cadre fiscal réservé aux investissements en sciences de la vie et pour une réduction de l’impôt sur les revenus des brevets déposés au Royaume-Uni, la patent box.

Alors que cette dernière mesure figure parmi la panoplie d’outils proposée par l’Office for Life Sciences (OLS) chargé début 2009 de travailler à la mise en place de la stratégie nationale pour les sciences de la vie, le rapport d’étape publié en janvier dernier prévoyait que la réduction de 28 % à 10 % du taux de cet impôt soit introduite dans la loi de finances pour 2011, pour une application à compter d’avril 2013 (3). Cette initiative, très controversée aujourd’hui sur fond de recherche de recettes fiscales, vient tout juste d’être reportée et ne sera finalement présentée que dans le projet de loi de finances pour 2012. Néanmoins, alors que les mesures développées dans le rapport de l’OLS incluent aussi des actions pour la formation scientifique et entrepreneuriale et un programme de soutien à la médecine régénérative, des avancées majeures viennent d’être enregistrées dans le domaine de la recherche translationnelle.

Un « super cluster » des sciences de la vie

Un des objectifs majeurs mis en avant dans le rapport de l’OLS, à savoir la transformation du Royaume-Uni en un « super cluster » des sciences de la vie, a franchi une première étape fin octobre avec le lancement des Therapeutic Capability Clusters. Avec ces initiatives centrées sur des aires thérapeutiques spécifiques, il s’agit de flécher les collaborations industrielles vers les meilleurs centres de recherche pour rassembler industriels, cliniciens et chercheurs académiques autour projets et d’études cliniques précoces sur de nouvelles méthodes de diagnostic et/ou de traitement. Les deux premières structures pilotes créées se consacreront respectivement aux maladies respiratoires inflammatoires telles que l’asthme et aux maladies inflammatoires articulaires telles que la polyarthrite rhumatoïde.

Une vision unifiée

Outre les sujets de la patent box et du « super cluster pour les sciences de la vie », on peut s’attendre à ce que le « Monsieur Industries des Sciences de la Vie » britannique explore tous les leviers susceptibles de contribuer non seulement à un meilleur financement du secteur, mais aussi à une efficacité maximale des partenariats public-privé. Les Innovation pass, expérimentations visant à faciliter l’accès des patients à des thérapies innovantes n’ayant pas encore été évaluées par le NICE (National Institute for Health and Clinical Excellence), devraient aussi retenir son attention. A l’occasion de ce mandat d’un an, Chris Brinsmead sera ainsi amené à travailler avec l’ensemble des acteurs du secteur, industriels, NHS et chercheurs académiques, l’ambition finale étant de proposer, au gouvernement de David Cameron, une vision globale et une approche intégrée des politiques de santé et de développement industriel à renforcer ou à mettre en oeuvre.

Anne-Lise Berthier, BioPharmAnalyses

(1) l’Association of British Healthcare Industries (ABHI), l’Association of the British Pharmaceutical Industry (ABPI), la BioIndustry Association (BIA) et la British In Vitro Diagnostic Association (BIVDA),

(2) « Beyond borders: Global biotechnology report 2010 ». Ernst&Young – Mai 2010. Les données fournies par l’étude annuelle d’Ernst&Young sur les biotechnologies précisent que 71% des programmes en cours de développement clinique sont en phase II ou au-delà.

(3) Intitulé Life Sciences Blueprint, le premier rapport publié par l’OLS en juillet 2009 développe une série de dix mesures destinées à stimuler le secteur. Un premier bilan de l’état d’avancement de la mise en œuvre de ces mesures a été publié en janvier dernier dans son rapport « Life Sciences 2010 : delivering the blueprint »

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