Recherche clinique : la France doit transformer les essais

Recherche clinique : la France doit transformer les essais
mai 21 08:57 2011 Imprimer l'article

La France resterait, selon le LEEM, un grand pays de recherche clinique, mais les industriels du médicament qui y sont installés progressent moins vite que dans certains pays concurrents. Les pays émergents d’Asie, Chine en tête, dament le pion à l’Hexagone comme à l’Europe. Année après année, le nombre d’essais cliniques est en baisse régulière. Explication donnée à cette chute tendancielle : la France a de plus en plus de mal à rester attractive et à recruter des patients.

« La France reste réputée pour son expertise dans les domaines de l’oncologie, des vaccins et du cardiovasculaire/métabolisme », note le LEEM, syndicat professionnel des entreprises du médicament, qui vient de rendre publique sa 5ème enquête « Essais cliniques », le jour même où le député Yves Jego remet son rapport au président de la République par lequel il formule 10 recommandations pour porter haut les couleurs de la « Marque France ». Une marque qui peine cependant à s’imposer dans le champ de la recherche clinique et des essais thérapeutiques instruits et conduits par les laboratoires pharmaceutiques opérant sur le sol national. L’enquête diligentée tous les deux ans par l’organisation faitière de la pharma en France a ainsi permis de recenser les études cliniques effectuées par quelque 29 laboratoires représentant 72,1 % du marché français : 415 études, dont 73 de Phases I et I/II, ont ainsi été réalisées par ce panel (contre 396 en 2008), soit près de la moitié de l’ensemble des études cliniques recensées par l’Afssaps sur l’année (1 000, le chiffre incluant les études réalisées par les structures publiques de recherche). Ces 415 études ont été effectuées sur 2 433 centres et ont inclus 22 095 patients. Sur le premier nombre, 328 études ont été menées, avec une participation de la France, sur un plan international, et ont permis d’inclure 250 000 patients.

Une position qui s’érode

Mesuré en nombre de patients recrutés pour un million d’habitants, la France se situe légèrement au dessus de la moyenne européenne, soit 291 patients contre 207 dans l’UE, mais sa performance demeure identique à 2008. La position de la France dans la compétition internationale s’érode, commente le LEEM, « car elle progresse moins vite que ses concurrents en termes de recrutement des patients et de productivité de sa recherche. Sur le premier critère, elle se positionne derrière les pays de l’Est, les Etats-Unis, l’Amérique Latine, mais aussi l’Allemagne qu’elle devançait en 2008. Ainsi depuis la dernière enquête de 2008, la France enregistre une baisse du nombre moyen de patients recrutés par étude (58 en 2010 contre 63 en 2008). « Des régions que l’on attendait pas aussi vite s’avèrent des redoutables concurrents, commente encore le LEEM : l’Asie et l’Amérique Latine confirment leur progression avec 22 % de patients inclus dans les essais cliniques mondiaux, contre 18 % en 2008 ». Quant aux études internationales de Phase II et III, avec participation de l’Europe, proposées et réalisées en France depuis 2006, leur nombre est également en net recul avec les années (28 % du total en 2010 contre 49 % en 2006) . Enfin en termes d’aires thérapeutiques, 30 % des études réalisées en France portent sur l’oncologie/l’onco-hématologie, 22 % sur le cardiovasculaire/métabolisme/diabète, 13 % sur la neurologie , 7 % sur l’inflammation/rhumatologie ou encore 7 % sur les anti-infectieux et la virologie.

Appel à la mobilisation

Pour contrebalancer ses pertes d’audience, notre pays a mis en place des structures, tel le CeNGEPS (centre national de gestion des essais de produits de santé), créé en 2007 en vue de « recruter plus, plus vite et mieux », et surtout pour favoriser une accélération de la mise en place des essais cliniques et une augmentation des recrutements. 10 millions d’euros ont ainsi été alloués par les industriels du médicament pour recruter des référents d’essais cliniques dédiés aux essais des laboratoires pharmaceutiques dans les hôpitaux, ou encore pour financer des personnels techniques de recherche (210 postés créés) afin de soutenir les médecins investigateurs dans leurs recrutements de patients. Le même CeNGEPS a également permis de fluidifier la mise en place des essais en permettant de réduire les délais de signature des contrats hospitaliers (passés de 140 à 112 jours entre 2006 et 2010). Car la réduction des délais administratifs pour ces signatures des contrats comme de celle des approbations de protocoles de recherche, participent au renforcement de l’ attractivité de la France, toute diminution de ces délais ayant un impact sur la vitesse de démarrage des essais cliniques réalisés dans l’Hexagone. Les pays concurrents plus souples et réactifs en la matière, et bien sûr aux coûts moins élevés que ceux pratiqués en France, ont au fil des années entraîné une migration des essais cliniques hors de l’Hexagone. Le leader mondial de la pharma, le laboratoire Pfizer, ne réalise ainsi plus d’essais cliniques en France. « Nous ne sommes plus tous seuls, mais en compétition de ressources avec plusieurs pays du monde » résume le Dr Patrick Zagamet (photo) président de la commission des Affaires scientifiques du LEEM et pdg de Novartis en France. « L’Asie représente une plateforme importante, des volumes économiques se déplacent vers ses pays où l’industrie du médicament investit et face auxquels en termes de compétition par les coûts, nous sommes inégaux ». Ainsi lentement mais sûrement, des pans de notre recherche pharmaceutique migrent vers l’Est et la lointaine Asie où s’installent massivement les big pharma qui y voient des relais de croissance importants pour demain. Une raison pour laquelle « il faut être les meilleurs au niveau mondial », souligne encore le représentant du LEEM, qui en appelle à « la mobilisation des forces publiques et privées et à la multiplication des partenariats pour que la France reste un pays attractif pour la recherche clinique internationale ». Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Le futur Conseil stratégique des industrie de santé (CSIS) de l’automne prochain aura fort à faire pour relancer la donne en la matière.

Jean-Jacques Cristofari

[pour lire le graphique, cliquer dessus]

L’étude complète du LEEM est téléchargeable ICI

Afficher plus d'articles

A propos de l'auteur

Jean Jacques Cristofari
Jean Jacques Cristofari

Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

Afficher Plus d'Articles
rédiger un commentaire

0 commentaire

Pas de commentaires pour l'instant.

Vous pouvez être celui/celle qui démarre une conversation.

Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser des commentaires.