Partenariats public/privé dans la recherche : un bon équilibre à trouver

Partenariats public/privé dans la recherche : un bon équilibre à trouver
octobre 08 17:08 2011 Imprimer l'article

Laurent Wauquiez, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, appelle de ses vœux les partenariats public/privé. Dans la pharma, où le business model de l’industrie a changé avec des collaborations que certains opérateurs estiment indispensables, ils ont déjà le vent en poupe. Mais des progrès restent à faire…

Avec un peu moins de 2,3 % de dépenses de R&D dans le PIB, la France, certes en progrès, reste encore loin de l’objectif de Lisbonne, fixé à 3 % pour… 2010. L’Allemagne, à 2.8 %, devance l’Hexagone et entend atteindre les 3 % en 2013. Pour Laurent Wauquiez (*), la différence résulte de la structure de l’investissement dans les deux pays : en France, les dépenses de recherche privée augmentent beaucoup moins vite que les dépenses de recherche publique. A ses yeux, « nous ne pourrons atteindre les 3 % investis dans le PIB que si le privé se mobilise ».

Si le CIR (Crédit d’impôt recherche) a permis de maintenir les dépenses de recherche dans un contexte économique difficile, il devra désormais se focaliser davantage sur les partenariats public/privé (PPP) et moins sur du privé pur. Certes, depuis trois ans, la montée en puissance des projets public/privé est réelle. Pour autant, ils ne sont pas encore suffisants et le ministre, s’il admet qu’un certain nombre de grands groupes font des efforts de recherche importants, déplorent leur caractère trop interne… Le PPP doit se développer.

La Pharma multiplie les partenariats

Dans ce contexte, la pharma apparaît comme une bonne élève. Le secteur est en effet friand de partenariats public/privé, en plein essor depuis quelques années. Chez Sanofi, comme l’explique Jacques Delort Vice-Président Prospective strategic initiatives, les partenariats sont récents : ils ont fait leur apparition il y a un peu plus de deux ans. Une véritable rupture dans la stratégie du géant français, impliquant des « changements culturels majeurs ». Le business model de l’industrie a changé et la collaboration est aujourd’hui, selon lui, indispensable pour répondre aux besoins médicaux qui restent colossaux. D’où la notion désormais répandue d’« innovation ouverte », un des éléments fondamentaux du changement de l’industrie pharmaceutique dans sa manière d’innover.

Plusieurs clés de succès

Pour Jacques Delort, un partenariat réussi doit répondre à plusieurs critères incontournables : entrer dans la stratégie du laboratoire, s’inscrire dans l’excellence scientifique, être progressif (il faut « bâtir sur le succès »), impliquer un engagement réciproque et de la confiance pour réussir dans la durée. Des compétences en management d’alliances et de projets, de gouvernance, sont également essentielles. Enfin, dernier point essentiel : ce type de démarche ne peut se faire qu’en fonction des ressources du groupe. Or, le contexte économique actuel est compliqué : le chiffre d’affaires diminue, les budgets alloués à l’innovation aussi… En outre, un partenariat externe implique moins de projets en interne, donc une diminution des ressources en interne, des réorganisations. Les choses ne sont donc pas simples. Elles le sont d’autant moins qu’en face, le monde académique, a aussi ses exigences et contraintes.

Zone de dialogue à redéfinir

Jean-Charles Soria, (photo)Professeur des universités à l’IGR (Institut Gustave Roussy), rappelle que « développer de nouvelles molécules, de nouveaux médicaments est un des objectifs majeurs de l’IGR. Cela passe par des interactions avec les industriels : le médicament est le plus au cœur de l’intersection des intérêts des industriels, du monde académique – hospitalier et universitaire – et du patient ». Le taux d’attrition des molécules diminuant (le taux de succès est d’environ 5 % pour les molécules en cancérologie) et les coûts augmentant, il est indispensable que la recherche académique rencontre les industriels pour mettre au point des biomarqueurs capables de prédire quelles molécules vont fonctionner, sur quels malades. L’objectif est connu : donner des médicaments parfois très onéreux aux bons patients.

Conséquence de cette évolution ? Le démembrement du cancer en maladies rares, avec des sous-segments de plus en plus rares… et donc la difficulté à recruter des patients répondant à des critères très précis : ces malades sont en effet très peu nombreux. Pour le Professeur Soria : « il faut qu’on arrive à être plus intelligent dans la façon dont nous interagissons avec le monde industriel. On ne peut pas être seulement des pourvoyeurs de malades moléculairement prédéfinis. J’ai besoin d’avoir des médicaments pour toutes les réalités moléculaires. Il y a une zone de dialogue à redéfinir avec les industriels ».

Rien d’impossible sans doute : comme le souligne Jacques Delort, si les objectifs de base de chacun sont différents, il existe en revanche tout un domaine d’interface, avec des connaissances, des compétences, des activités communes. Reste à trouver le bon équilibre.

VM

* Lors de la Conférence « Economie, recherche et innovation », organisée par les Echos début octobre 2011.

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1 commentaire

  1. Frederique dumont
    juillet 03, 16:23 #1 Frederique dumont

    Tres bon article, je reviendrais!

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