Enquête sur la Pharma : une réputation qui stagne

Enquête sur la Pharma : une réputation qui stagne
février 20 14:54 2014 Imprimer l'article

Au fil des années, l’image des laboratoires pharmaceutiques dans les rangs de la population demeure dégradée. Une récente étude, diligentée par PatientView auprès de 800 associations de patients issus de 43 pays, place ainsi la branche pharmaceutique au 7è rang en termes de réputation perçue par les mêmes patients, avec un score de 35,4 % d’opinions favorables, loin derrière les pharmaciens d’officine qui recueillent 61,9 % des suffrages. Si les représentants des patients jugent favorablement les capacités d’innovation et de production des laboratoires, la réputation de la pharma ne progresse cependant plus vraiment dans leurs rangs.

35,4 % des patients, soit un tiers des associations ou groupes de patients ayant répondu à l’enquête annuelle de PatientView, considèrent que les big pharma ont une « excellente » ou une « bonne » réputation en 2013. Cette dernière se définit par la mesure selon laquelle les sociétés pharmaceutiques répondent aux attentes des patients et de leurs associations. Le classement établi place ainsi la pharma – analysée à travers 33 sociétés de dimension internationale – au 7è rang des industries de santé, juste avant les compagnies d’assurance à but lucratif œuvrant dans la santé, mais loin derrière les pharmaciens d’officine qui recueillent près de 62 % des suffrages des patients. Cette 7è place est similaire à celle obtenue en 2012, mais le résultat est bien inférieur à celui enregistré en 2011, année pour laquelle les groupes de patients accordaient un score de 42 % à la pharma mondiale.

Un résultat moins bon qu’en 2011

Par ailleurs, sur l’ensemble des patients interrogés en 2013, 20 % pensent que la réputation des laboratoires s’est améliorée durant les 5 années écoulées. 40 % estiment par contre qu’elle s’est dégradée et 40 % notent que cette même réputation n’a pas bougé avec le temps. « Ce résultat, notent les rapporteurs de l’étude, est le même que celui enregistré en 2012, mais il est moins bon qu’en 2011, année au cours de laquelle 29 % des patients ont estimé que la réputation de la branche pharmaceutique s’était améliorée sur les 5 années écoulées. »

Le classement des industries de santé en 2013 en termes de réputation d’entreprise :
1. Pharmaciens d’officine, 61.9%
2. Fabricants de dispositifs médicaux, 54.9%
3. Services de santé (secteur privé), 51.1%
4. Assureurs santé (sans but lucratif), 42.8%
5. Fabricants de medicaments génériques, 41.5%
6. Sociétés de Biotechnologie, 40.6%
7. Sociétés pharmaceutiques multinationales, 35.4%
8. Assureurs santé (but lucratif), 26.7%

Des pratiques marketing critiquées

L’étude de PatientView a sondé plus précisément les patients sur « l’opinion » qu’ils ont de certaines activités déployées par les industriels la pharma : 45 % jugent positivement en 2013 les relations qu’entretiennent les labos avec les médias (contre 63 % en 2011), 26 % leur capacité à mener des pratiques marketing « éthiques » (34 % en 2011) et enfin seulement 25 % jugent favorablement la capacité des big pharma à agir avec intégrité. Il faut à cet égard noter que les groupes de patients ne font part que de leurs perceptions. « Des facteurs comme la transparence des laboratoires, ou leur intégrité, peuvent être interprétés différemment par les différents groupes de patients », note encore l’étude (3). Plus largement, l’étude sur la réputation d’entreprise utilise 6 indicateurs (4) appliqués aux 33 sociétés du panel retenu et chaque groupe de patients répondant est prié d’identifier les 3 sociétés pharmaceutiques les mieux placées pour chaque indicateur.

Comment les associations et groupes de patients jugent « bonnes » ou « mauvaises » les activités portées par les laboratoires pharmaceutiques en 2013 :

Commentaires : L’industrie du médicament conserve une « bonne » (et parfois une « excellente ») réputation pour ce qui concerne ses capacités d’innovation et la production de produits utiles, comme le confirment respectivement 66,2 et 65,1 % des groupes de patients. La pharma a également amélioré significativement sa gestion d’informations défavorables sur ses produits : 45 % des patients disent croire que la pharma est excellente ou bonne dans cette activité en 2013. Ils étaient 38 % seulement à le penser en 2011.
Mais l’industrie pharmaceutique a encore une longue route à accomplir pour retrouver ses positions de 2011 dans trois domaines d’activité : sa capacité à mettre en place des pratiques de marketing éthiques (26 % en 2013, contre 34 % en 2011), à agir avec intégrité (25 % en 2013, contre 31 % en 2011), et dans une moindre mesure à améliorer ses relations avec les médias (45 % en 2013, contre 63 % en 2011). En bas du tableau, seulement 13 % des patients considèrent que les industriels sont en mesure d’adopter une politique « juste » des prix de leurs produits. Le jugement sur la transparence des activités des laboratoires chute également dans le temps (de 23 % en 2011 à 19 % en 2013).

Prime aux sociétés innovantes

L’enquête de PatientView classe également les laboratoires pharmaceutiques selon différents critères, relatifs aux indicateurs retenus (4). Ainsi au regard de leur aptitude à développer des stratégies centrées « patients », les laboratoires ViiV (entièrement dédié au VIH), Gilead (biotech spécialisée dans les maladies virales, infectieuses et le cancer) et Abbvie (anciennement Abbott) tiennent les 3 premières places, devant le leader mondial de la pharma, Pfizer (6ème), Roche (7ème), ou encore Novartis (11ème), GSK (14ème), Sanofi (20ème) ou Biogen Idec (27ème). Servier, qui était au 21ème rang de ce classement en 2012, chute à la 30ème place en 2013. L’affaire Mediator est entre temps passée par là. Au regard de l‘indicateur relatif à la qualité de l’information dispensée aux patients, le classement est à peu près le même sur le haut du tableau (Gilead, ViiV, AbbVie, suivis de Pfizer et de Eli Lilly). Sanofi remonte ici à la 17ème place (25ème en 2012), devant le génériqueur Teva, et Servier chute au 26ème rang (21ème en 2012).
Au total, la prime revient incontestablement aux sociétés innovantes dans les secteurs du VIH et du cancer dans le classement général qui amalgame l’ensemble des indicateurs précités dans cette étude. « ViiV et Gilead sont en tête, Janssen et AbbVie sont galvanisés par un processus de réinvention, Menarini, Sanofi et Teva sont les étoiles montantes, Lundbeck et Novartis figurent au nombre des étoiles descendantes », commentent à cet égard les auteurs du rapport de synthèse.

 Des groupes de patients influencés

« Ces classements de la réputation d’entreprise ne reflètent pas nécessairement la prospérité actuelle de toute entreprise individuelle pharmaceutique, ses succès ou échecs sur le marché du médicament », modèrent les auteurs du rapport. Ces derniers estiment que chaque groupe de patients est influencée par cinq facteurs principaux. Ces derniers sont :
– un bon portefeuille de produits, qui apporte de l’espoir aux patients atteints de maladies connues pour le groupe de patients ;
– la couverture média assurée sur la firme pharmaceutique de l’entreprise (en particulier quand elle est négative), en plus de commentaires reçus par des pairs des groupes de patients ;
– un sentiment chez les patients que l’entreprise place vraiment ces derniers au cœur de son approche commerciale ;
– une perception, par les patients, d’un changement positif (ou négatif) d’une année sur l’autre dans les investissements réalisés par la société dans l’arène des patients ;
– un sentiment, chez le groupe de patients que la relation avec l’entreprise peut être évoquée plutôt sur le long terme qu’à court terme.

Réputation d’entreprise :
le top 15 du classement général des big pharma

Au total, l’étude de PatientView passe en revue les performances de chaque laboratoire au regard des 6 indicateurs retenus par la société. Elle indique notamment le nombre d’associations de patients avançant avoir des relations familières avec tel ou tel laboratoire, l’origine géographique de ces associations et leur taux de réponse. Ainsi, 228 groupes de patients (sur les 800 inclus dans l’étude) ont avancé bien connaitre Sanofi et 36 % ont déclaré avec des relations de travail avec ce groupe. En termes de réputation d’entreprise, ils ont classé Sanofi au 15ème rang en 2013 (23ème en 2012). Le champion français est au 10ème rang pour la « transparence » qu’il affiche en direction des parties prenantes extérieures au groupe. Mais il ne se situe qu’au 20ème rang pour sa « stratégie patients » et au 17ème pour « les informations de qualité » qu’il délivre aux patients. L’enquête de PatientView apporte ainsi une vision intéressante des jugements portés par les associations de patients sur une industrie régulièrement décriée (5) pour certaines dérives de son marketing.

Jean-Jacques Cristofari

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1) Corporate Reputation of Pharma – the Patient Perspective, February 2014. L’enquête donne des précisions sur l’opinion des associations de patients par laboratoire, déclinée par rapport à différents critères, et livre un tableau synthétique de la réputation de l’industrie du médicament à partir de données agrégées.

(2) Les sociétés concernées par l’étude sont :
AbbVie – Actavis – Allergan – Amgen – Astellas – AstraZeneca – Baxter International – Bayer – Biogen Idec – Boehringer Ingelheim – Bristol-Myers Squibb – Celgene – Eli Lilly (Lilly) – Gilead Sciences – GlaxoSmithKline (GSK) – Grũnenthal – Janssen – Lundbeck – Menarini – Merck & Co (USA) – Merck Group (Allemagne) – Novartis – Novo Nordisk – Pfizer – Roche – Sanofi – Servier – Shire – Stada Arzneimittel – Takeda – Teva – UCB – ViiV

(3) « Les groupes de patients sont influencés par 5 facteurs principaux quand ils équilibrent la réputation », ajoute l’étude de PatientView. Parmi ces facteurs figurent ainsi :
– un bon portefeuille de produits, qui apporte de l’espoir à la population souffrant de conditions médicales familières au groupe de patients ;
– la couverture média assurée sur la firme pharmaceutique ;
– un sentiment chez le groupe de patients que l’entreprise met vraiment les patients au cœur de son approche commerciale ;
– une perception au sein du groupe de patients d’un changement positif d’année en année sur les investissements réalisés par la compagnie dans l’arène du patient, en particulière s’il s’agit d’un soutien aux organisations de patients, pour leurs grandes campagnes ou pour des recherches centrées sur le patient ;
– enfin, un sentiment que la relation que l’entreprise entretient avec le groupe de patients peut être évoquée à long terme, plutôt qu’à court terme.

(4) Méthodologie de l’étude de PatientView : 6 indicateurs sont passés en revue
Indicateur 1 – En quoi la société a effectivement une stratégie centrée patients
Indicateur 2 – Qualité de l’information que la société dispense aux patients
Indicateur 3 – Le bilan de la société relativement à la sécurité des patients
Indicateur 4 – L’utilité pour les patients des produits de la société
Indicateur 5 – Le bilan de la société en termes de transparence avec les parties prenantes externes.
Indicateur 6 – la manière dont l’entreprise agit avec intégrité
Chaque groupe ou association de patients répondant doit identifier les 3 sociétés pharmaceutiques considérées comme les “meilleures” pour chacun de ces indicateurs. Les pourcentages donnés par le rapport sont calculés pour chaque société individuellement sur la base des opinions émises par chaque groupe de patients répondants et affirmant sa familiarité avec la compagnie pharmaceutique

(5) Dernier témoignage en date, celui du Dr Bernard Dalbergue, qui dans « Omerta dans les labos pharmaceutiques, confessions d’un médecin » (Flammarion, 300 p., 19 euros), dénonce les pratiques auxquelles se sont livrés les laboratoires Schering-Plough et Merck&Co, dont il fut salarié. Il y dénonce les « amitiés sur ordonnance » entre industriels et leaders d’opinion dans les grands hôpitaux, les pratiques de manipulations des « forces de vente » à travers la course au chiffre ou encore les conséquences des fusions entre big pharma sur la recherche pharmaceutique. Ses confessions sont complétées d’une analyse des récents scandales sanitaires (affaire du Viraferonpeg, du Victrelis, du Vioxx, du Gardasil..) par Anne-Laure Barret, en charge des questions de santé au Journal du Dimanche.

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Jean-Jacques Cristofari, journaliste spécialisé en économie de la santé, économiste et sociologue de formation En savoir plus ...

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