Les patients revalorisent la réputation de la Pharma

Les patients revalorisent la réputation de la Pharma
mai 09 12:55 2018 Imprimer l'article

La société anglaise d’études Patient View a publié son panorama de la réputation des firmes pharmaceutiques telle que l’analysent et l‘estiment les associations de patients de 95 pays. En 2017, la branche du médicament se classe au 3e rang pour la réputation d’entreprise parmi neuf secteurs de la santé. Elle regagne ainsi deux places et 5 % par rapport à 2016. En tête du classement des 46 sociétés ou groupes pharmaceutiques passés au crible se situe ViiV Healthcare, une joint venture créée par les laboratoires Pfizer et GSK en novembre 2009. Sanofi ne se place qu’au 15è rang.

 « La réputation est un préjugé vain et fallacieux: souvent gagnée sans mérite et perdue sans justice ! » William Shakespeare, Othello (1604)

Pas moins de 1 330 associations et groupes de patients se sont une fois encore penchés sur l’idée qu’ils se font de la réputation des groupes pharmaceutiques dans le monde de la santé. Sur ce nombre, 857 groupes (64%) qui ont répondu à l’enquête diligentée par Patient View (1) entre novembre 2017 et février 2018, disent travailler ou entretenir des relations partenariales avec au moins un laboratoire pharmaceutique. Au total, 46 entreprises du médicament (2) ont été analysées sur leurs performances relativement à 12 indicateurs clés (3) permettant d’évaluer leur réputation.

Pour l’année 2017, 43% des répondants ont estimé que l’industrie du médicament dans son ensemble a une « excellente » ou « bonne » réputation, contre 38%  en 2016. L’an passé, les mêmes groupes de patients ont classé la Pharma au 3e rang pour la réputation d’entreprise parmi neuf secteurs de la santé (cf. Tableau ci-dessous). Un an plus tôt, l’industrie pharmaceutique se situait au 5e  rang des neufs secteurs concernés. Les pharmacies d’officine (48,6%) tiennent comme chaque année le haut du pavé, suivies des sociétés de biotechnologie (43,4%). Ainsi, en 2017, la Pharma rejoint les performances d’un classement qui la situait à 42% en 2011, date du lancement de l’enquête PatientView. Mais elle ne renoue pas avec celle de l’année 2015, où elle se situait au plus haut, à 45%.

Une réputation qui se redresse

Au regard des 12 critères précités (3), l’enquête a demandé aux groupes de patients d’évaluer à quel point les industriels de la pharmacie étaient plus ou moins bons dans des activités spécifiques qui influencent toute la position de l’industrie auprès des patients. Il en ressort que 57% des groupes interrogés estiment (sur le critère « excellent » et « bon ») que la pharma fabrique des produits de haute qualité et utiles aux patients. Mais ce dernier critère est en recul par rapport aux années précédentes (cf. tableaux ci-dessous).
Un autre critère d’appréciation de la réputation d’entreprise est en recul en 2017. Il s’agit du jugement porté par les patients sur l’innovation : à leur yeux, en 2017, seulement 48% estiment que la branche est innovante. Ils étaient 59% à l’affirmer en 2016 et 69% en 2015 ! De même, si 45% affirment des groupes de patients analysent que la pharma garantit la sécurité des patients, ils étaient 52% à le penser un an plus tôt.

Reste enfin qu’un tiers des répondants (35%) avance que les laboratoires ont une « stratégie orientée patients » (contre 26% en 2016), 31% qu’ils agissent avec intégrité (28% en 2016). 38% affirment par ailleurs que la pharma dispense des informations de qualité aux patients et 27 % qu’elle assure des services « au-delà de la seule vente de médicament ».
Enfin, tout en bas de l’échelle, 13% des groupes interrogés estiment que les industriels jouent la transparence dans leur politique de prix des médicaments. Ce point figure désormais au nombre des pierres d’achoppement des laboratoires, dont les spécialités de niche sont présentées au marché avec des prix de plus en plus élevés et de plus en plus contestés.

Une amélioration de l’intégrité des entreprises

« Des problèmes structurels majeurs semblent nuire à la productivité de la R & D de l’industrie pharmaceutique, commente PatientView. Par exemple, les entreprises éprouvent de plus en plus de difficultés à différencier leurs produits de ceux de leurs concurrents, et elles ont aussi du mal à répondre aux besoins non satisfaits des patients et à innover. Même si, contrairement aux années précédentes, l’année 2017 n’a pas posé de problèmes de sécurité à grande échelle, cette dernière demeure une préoccupation constante pour la plupart des groupes de patients. C’est le cas des groupes de patients en santé mentale – qui représentent la plus grande proportion de répondants à l’enquête sur la réputation de l’entreprise (8% en 2017) – qui mettent particulièrement l’accent sur ce thème ».

Le fait que l’industrie pharmaceutique, dans son ensemble, ait connu une augmentation globale de sa réputation d’entreprise parmi les groupes de patients interrogés en 2017 est probablement dû aux efforts déployés par les sièges mondiaux des entreprises pour améliorer l’intégrité de l’entreprise, soulignent encore les auteurs de l’enquête. « L’intégrité est une facette de l’authenticité à l’échelle de l’entreprise et elle constitue l’un des neuf “attributs“ définis par PatientView comme étant essentiels au succès de l’entreprise centrée sur le patient ».

La relative bonne performance 2017 de la pharma au regard de sa réputation peut également être la conséquence des moindres fusions et acquisitions qui ont marqué l’année écoulée. Le calme dont ont pu bénéficier les industriels sur ce registre leur a sans doute permis de se recentrer davantage sur les patients et moins sur leur environnement concurrentiel.

Un Top 10 bousculé

Une fois encore, c’est ViiV Healthcare – une joint venture créée par les laboratoires Pfizer et GSK en novembre 2009, rejoints en 2012 par Shionogi – qui tient le haut du pavé du classement annuel de la réputation d’entreprise dans le secteur de la pharmacie (3). Centré sur les réponses thérapeutiques apportées au VIH, l’entreprise est placée en tête des 12 indicateurs de notoriété, à l’exception de l’indicateur qui concerne l’appréciation portée sur « la haute qualité de ses produits », où ViiV Healthcare se situe au 2e rang derrière Gilead. AbbVie – ex Abbott est placée au 2e rang pour sa réputation d’entreprise, ce pour 6 des 12 indicateurs précités. Ces deux leaders du classement 2017 conservent la même place que celle attribuée en 2016.

5e dans le classement 2016, le groupe Gilead Sciences, spécialisé dans le traitement de l’hépatite C, remonte en 2017 à la 3e place et a été reconnu comme n°1 pour la haute qualité de ses produits. Son engagement aux côtés des patients n’est sans doute pas étranger à la place obtenue par le laboratoire. Novartis, n ° 4 en 2017, pour 6 indicateurs sur 12, perd une place par rapport à 2016. Le groupe suisse est apprécié pour sa « stratégie orientée patient » où il est 3e, mais l’est moins pour les efforts déployés sur la question de la « sécurité des patients », où il est 6e, comme sur le thème de l’engagement des patients dans le développement de ses produits. Janssen, filiale du groupe Johnson&Johnson, 5e en 2017 remonte le classement de deux places. Il est suivi d’un autre Suisse, le laboratoire Roche, qui gagne également deux rangs de 2016 à 2017. Lundbeck, 7e au classement 2017, remonte également d’une place. Il est suivi de UCB, qui gagne deux rangs par rapport à 2016. Le top 10 de 2017 se termine avec Novo Nordisk, qui chute de la 4e place en 2016 au 9e rang l’an passé, et par le leader mondial de la pharma, l’Américain Pfizer, qui remonte du 12e rang en 2016 à la 10e place en 2017.

Parmi les groupes Français, Sanofi se situe au 15e rang du classement 2017 (cf . encadré) et gagne deux places par rapport à l’année précédente. Ipsen est à la 23e place, à l’identique avec 2016. Le groupe Laboratoire Pierre Fabre se situe de son côté à la 36e place. Il devance largement le laboratoire Servier, 43e en bas du classement. Enfin, il faut noter la présence du génériqueur Teva, qui se situe pour la première fois dans ce classement, au 34e rang. 

Jean-Jacques Cristofari

(1) Source : “The Corporate réputation of pharma in 2017, the patient perspective”, PatientView, avril 2017.
Le rapport sur la « Réputation des entreprises du secteur pharmaceutique en 2017 » se base sur les résultats d’un sondage de PatientView réalisé entre novembre 2017 et février 2018 qui explore la perception de 1 330 groupes de patients dans le monde. Le rapport émet des commentaires (du point de vue de ces groupes de patients) sur la réputation des entreprises de l’industrie pharmaceutique en 2017, y compris sur la performance de 46 entreprises pharmaceutiques selon 12 indicateurs clés qui ont une influence sur la réputation des entreprises.

(2) les 46 firmes pharmaceutiques inclues dans le rapport 2017 :

AbbVie  Acorda Therapeutics – Allergan  Almirall – Amgen  Astellas Pharma  AstraZeneca – Bayer – Bial – Biogen – Boehringer Ingelheim  Bristol-Myers Squibb – Celgene – Chiesi Farmaceutici – CSL Behring Daiichi Sankyo – Eisai – Eli Lilly (Lilly) – Ferring – Gedeon Richter – Gilead Sciences  Grifols – Grünenthal  GSK  Ipsen – Janssen (groupe Johnson & Johnson) – LEO Pharma  Lundbeck Menarini – Merck & Co  Merck KGaA – Novartis – Novo Nordisk – Octapharma  Otsuka – Pierre Fabre Laboratories – Pfizer – Roche  Sanofi – Servier – Shire – Takeda – Teva – UCB – Vertex Pharmaceuticals – ViiV Healthcare.

(3)  Les 12 indicateurs retenus pour évaluer la réputation des entreprises pharma

Question posée aux patients : « Quelle est la meilleure entreprise qui » :

  • a une stratégie efficace centrée sur le patient.
  • fournit des informations de qualité aux patients
  • garanti la sécurité des patients
  • fournit des produits utiles, de grande qualité aux patients
  • est transparente en ce qui concerne ses propres politiques de tarification
  • est transparente sur les résultats de ses études cliniques
  • est transparente sur le financement des intervenants externes (Professionnels de santé)
  • agit avec intégrité
  • qui travaille en partenariat avec les groupes de patients ou avec des patients familiers avec les groupes de patients.
  • qui fournit plus de services que de simples médicaments (services « au-delà du médicament »).
  • engage des patients dans sa recherche sur les produits
  • engage des patients dans le développement de ses produits (y compris les essais cliniques).

 

 

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Jean Jacques Cristofari
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Journaliste spécialisé en économie de la santé En savoir plus ...

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